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Fundraising dans l'enseignement supérieur : chacun sa carte à jouer

Martin Rhodes
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Le campus de LaSalle Beauvais ©Nathalie Baetens
L'école d'ingénieurs LaSalle Beauvais a réussi à collecter près de 5 millions d'euros en six ans.
La levée de fonds n'est pas uniquement l'affaire des institutions les plus prestigieuses comme HEC ou Polytechnique. Les fondations d'établissements de moins grande renommée peuvent aussi tirer leur épingle du jeu mais se heurtent souvent à un manque de moyens. Tour d'horizon en amont de la conférence EducPros du 20 mai sur le sujet.

En 2013, cinq établissements (dont HEC, Polytechnique et Centrale Paris) ont réuni 75 % du montant global des fonds récoltés par les grandes écoles, selon une enquête de la CGE portant sur 36 établissements. Soit 40 millions d'euros sur 53,8 millions d'euros au total. Des chiffres qui en disent long sur l'hétérogénéité des fondations dans l'enseignement supérieur.

Les petites fondations n'essaient pas de copier les grandes structures collectrices de l'enseignement supérieur comme la Fondation HEC ou la Fondation École Centrale Paris. Leur environnement, leurs enjeux et leurs alumni sont différents.

Viser local

Ainsi à l'école d'ingénieurs LaSalle Beauvais, la première campagne majeure se clôturera en août prochain. Elle a permis de collecter près de 5 millions d'euros en six ans. Un bilan très satisfaisant pour un établissement spécialisé (agriculture et agronomie) de taille modeste (1.500 élèves). Les objectifs ont été fixés en fonction de deux critères : les projets à financer (bourses étudiantes, chaire d'enseignement et de recherche, réhabilitation d'un bâtiment) ainsi que le "potentiel de l'école" (taille et notoriété de LaSalle Beauvais, poste et salaire des alumni). La fondation de l'école LaSalle Beauvais cotoie moins les grands groupes du CAC40 que les PME locales. Elle s'adresse à des alumni qui sont plus souvent cadres supérieurs que cadres dirigeants.

La Fondation Toulouse Business School lance quant à elle des campagnes sur mesure qui ciblent une communauté de diplômés bien précise. "Notre taille nous oblige à être plus humains dans notre stratégie, à écouter attentivement nos diplômés", explique Vincent Belhassen, responsable développement mécénat à TBS, avant d'ajouter : "Certaines communautés géographiques s'intéressent à des thématiques précises, par exemple la finance à Londres ou le numérique à Lyon."

Une question de moyens

Si le prestige de l'établissement et le sentiment d'appartenance des alumni entrent en ligne de compte, les professionnels du mécénat assurent que chaque établissement d'enseignement supérieur a une carte à jouer. Pour Xavier Michel, ancien directeur de Polytechnique, la clé du succès est moins la force de la marque que les moyens mis à disposition de la fondation.

Quand on y va à moitié, le fundraising coûte souvent plus cher qu'il ne rapporte.

"Se lancer demande une équipe de professionnels, une mobilisation de tout l'établissement, des investissements financiers et des projets pertinents", énumère-t-il avant de préciser : "Quand on y va à moitié, le fundraising coûte souvent plus cher qu'il ne rapporte."

Dans les universités, des fundraisers déplorent le manque de ressources accordées à leur activité. Marie-Blandine Prieur, directrice du développement et des partenariats à la Fondation Université Paris-Descartes, est de ceux-là. Elle regrette le manque d'implication, l'absence de toute base de données des alumni, mais aussi et surtout l'insuffisance de moyens humains avec un équivalent temps plein (ETP) et demi. À titre de comparaison, la Fondation Université de Strasbourg – qui a collecté 22,5 millions d'euros entre 2010 et 2014 – compte sept ETP.

La Fondation Université Paris-Descartes a reçu un peu moins de 5 millions d'euros depuis 2009. "On pourrait faire beaucoup mieux. La recherche médicale de notre université est très réputée et la santé est l'une des causes pour lesquelles les Français donnent le plus. On est assis sur un tas d'or", soupire Marie-Blandine Prieur.

Ne pas miser que sur l'aspect financier

"Les fondations font des déçus parce que les attentes portent uniquement sur l'aspect financier, explique Véronique Raoult-Sévérac, la directrice générale de la Fondation de l'université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Le fundraising permet de renforcer le rôle de l'école sur le territoire, de créer du lien avec les étudiants et leurs parents."

Il offre également l'opportunité de reprendre contact avec les alumni, d'accroître la visibilité et la notoriété de l'établissement auprès des entreprises. Les projets de recherche et autres partenariats hors mécénat nés dans le cadre d'une collecte ne sont pas rares. Un véritable cercle vertueux à enclencher.

Conférence EducPros le 20 mai 2016
La Conférence EducPros du 20 mai 2016 aura pour thème le fundraising. Avec une question centrale : "Comment mobiliser autour de vos projets ?".

Martin Rhodes | Publié le

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