L'Université de Toulouse se construit pas à pas

De notre correspondant à Toulouse, Frédéric Dessort
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Les discussions sur la mise en place de l'Université de Toulouse permettent de mesurer le chemin parcouru depuis l'Idex : si les compétences qui lui seront déléguées ne sont pas encore définies, écoles d'ingénieurs et universités travaillent ensemble au sein d'un collegium d'ingénierie.

Le projet de création de l'Université de Toulouse aborde une nouvelle étape importante. Après en avoir validé son positionnement fédéral dans le cadre de la convention attributive de l'Idex, les acteurs du site doivent désormais définir les compétences qui seront déléguées à la future entité. Une étape nécessaire avant de préciser sa gouvernance.

Formation et recherche : l'université de Toulouse décisionnaire ?


“Pour l'heure, nous nous sommes entendus pour définir trois niveaux de délégation de compétences. Il s'agit de différencier ce qui sera décidé et mis en œuvre – en propre – par l'Université de Toulouse, ce qui y sera décidé mais réalisé par des membres et, enfin, une position d'animation de projets ou politiques interuniversitaires”, explique Marie-France Barthet, présidente de la communauté d'universités de Toulouse. Autre principe, posé dès à présent : “Devenir membre de l'Université de Toulouse, ce sera avant tout adhérer à un projet collectif. Autrement dit, il s'agira que ses fondateurs acceptent de partager un même noyau de compétences.”

L'un des points les plus délicats concerne les prérogatives de l'Université de Toulouse en matière de formation et de recherche : concevra-t-elle une stratégie globale pour le site ? Et surtout : la proposera-t-elle aux membres fédérés ou l'imposera-t-elle ? La question, sensible, est ouverte : “Nous sommes au début de ce débat”, confirme Marie-France Barthet.
Cette possibilité que l'Université de Toulouse décide de la politique de formation et de recherche des établissements est nouvelle. En effet, sa gouvernance prendrait alors un chemin plus proche de la fusion que de la fédération. Un choix qui sera précisé courant février ou mars 2014 par le groupe de travail “gouvernance”.

Devenir membre de l'Université de Toulouse, ce sera avant tout adhérer à un projet collectif (M.-F. Barthet)

écoles d'ingénieurs et université Toulouse 3 main dans la main ?


En attendant, force est de constater qu'un dialogue s'est instauré entre les établissements – au moins au niveau des décideurs. Le parcours jalonné d'embûches de l'Idex en aura été l'aiguillon.
Concrètement, des collegiums thématiques vont donner un cadre à des espaces de collaboration interuniversitaires, comme le prévoit la convention attributive de l'Idex. Objectif : analyser les besoins en matière de formation, de recrutement, de mobilité entrante et sortante des étudiants ou encore d'insertion professionnelle. Et initier des coopérations renforcées.

Le premier collegium, consacré à l'ingénierie, a été créé en septembre 2013 pour “travailler à la complémentarité des cursus de l'ensemble de ses acteurs, explique Bertrand Monthubert, président de l'université Toulouse 3 Paul-Sabatier. De notre côté, nous nous y inscrivons avec nos six masters en ingénierie et les trois cursus de notre école Upssitech”.
De fait, un rapprochement notable se produit actuellement entre les 11 écoles d'ingénieurs (environ 10.000 étudiants) et l'université (32.000 étudiants). Les écoles n'ont pas eu de volonté d'hégémonie, bien au contraire”, se félicite Bertrand Monthubert.
“L'expérience de notre PRES, qui a reconnu les écoles d'ingénieurs et le projet actuel d'une université fédérale, a contribué à un dialogue équilibré des écoles d'ingénieurs avec les universités, analyse Olivier Simonin, président de l'INP de Toulouse. Notre situation est ainsi plus claire qu'à Bordeaux ou Strasbourg, où les écoles se sont retrouvées à l'écart d'un noyau universitaire fusionné, soit via une association, soit en tant que composante.”

Un rapprochement notable se produit actuellement entre les 11 écoles d'ingénieurs (environ 10.000 étudiants) et l'université (32.000 étudiants)


Pour autant, les ingénieurs entendent conserver leur indépendance. Si le collegium compte un bureau des présidents et directeurs d'établissement, ainsi qu'un comité de responsables de formation, “il s'agit d'une structure informelle, insiste Olivier Simonin : ce n'est pas une instance de gouvernance mais d'animation”.
Une affirmation sous-tendue par une incertitude : la convention attributive évoque, en termes assez flous, la possibilité pour les collegiums de prendre une forme plus institutionnelle. “Il n'est pas question, en tout cas en ce qui me concerne, que ces collegiums, voire que l'université de Toulouse, viennent décider à notre place de nos politiques de formation”, prévient le président de l'INP.

La problématique règle des 75 %

Si les questions en matière de gouvernance ne sont pas encore débattues, un sujet préoccupe : les modalités de l'élection des membres du CA de la future Université de Toulouse. La convention attributive de l'Idex précisait que “la représentation au conseil d'administration respecte les grands secteurs disciplinaires”. Mais la loi a introduit une règle stipulant que les listes électorales doivent refléter au moins 75 % des établissements. “Cela signifie que certaines listes pourraient exclure des établissements, ce qui est très problématique”, souligne Marie-France Barthet.

Fin mars 2014, le comité de concertation de site proposera un modèle de statuts au CA de la communauté d'universités, le vote par les établissements étant prévu entre mai et juin. Pour une création officielle de l'Université d'ici à la fin 2014.


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