Les universités pourront-elles faire face à la crise énergétique ?

Amélie Petitdemange
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Les universités pourront-elles faire face à la crise énergétique ?
L'université de Rouen constate un surcoût de 3 millions d'euros lié à la fracture d'énergétique. // ©  Come SITTLER/REA
Dans un contexte de guerre en Ukraine, les universités enregistrent une hausse de leurs factures d’énergie. Le surcoût pourrait atteindre 400 à 500 millions d’euros en 2023. Le ministère de l’Enseignement supérieur a publié une circulaire pour décliner le plan de sobriété énergétique dans les établissements mais ne prévoit que des aides "au cas par cas".

Les universités vont subir un surcoût d’au moins 80 millions d’euros en raison de la hausse des prix de l’énergie en 2022 et jusqu'à 400 à 500 millions en 2023, selon des estimations du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Le surcoût lié à la crise énergétique se chiffre en millions

Le syndicat SNESUP-FSU fait état de "remontées inquiétantes des établissements". "Les universités font face à des factures en augmentation de 2 à 7 millions d’euros, ce qui représente 30 à 70 postes annuels. L’université de Rouen enregistre par exemple une hausse de 3 millions d’euros et l’université Gustave Eiffel de 5 millions d’euros", pointe Anne Roger, secrétaire générale du SNESUP-FSU.

Les universités font face à des factures en augmentation de 2 à 7 millions d’euros, ce qui représente 30 à 70 postes annuels. (A. Roger, SNESUP-FSU)

Quelles solutions pour éviter de fermer les locaux aux étudiants ?

Les établissements tentent par conséquent de trouver des solutions. L’université de Rouen songe par exemple à envoyer les étudiants en stage l’hiver plutôt qu’au printemps afin d’avoir moins d’étudiants dans les locaux.

De son côté, l'université de Strasbourg a annoncé la fermeture des bâtiments universitaires deux semaines de plus cet hiver. L’université de La Rochelle songe à harmoniser les emplois du temps pour ne plus donner cours le samedi et ainsi ne pas chauffer les locaux le week-end.

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Economiser sur les gros centres de consommation d'énergie

L’université de Bordeaux liste quant à elle les locaux consommant le plus, grâce à des compteurs d’énergie électrique installés dans quasiment tous les bâtiments. Une dizaine de bâtiments ont ainsi été identifiés.

L’université envisage de baisser la tension de l’alimentation dans les laboratoires, si les outils peuvent ainsi continuer à fonctionner. Certaines expériences énergivores pourraient également être reportées hors des pics de consommation. Objectif : éviter à tout prix de passer à 100% à distance. "D’un point de vue académique, mais aussi car cela pourrait finalement multiplier la consommation d’énergie en étant chacun chez soi", pointe Dean Lewis, le président de l’université.

L’université Gustave Eiffel est en train de réaliser le même travail de repérage des bâtiments énergivores. "Nous évaluons les coûts avec les composantes pour déterminer les lieux où il y a un intérêt de réduire la consommation, puis nous prendrons des mesures", précise le président de l’université, Gilles Roussel.

Certains locaux pourraient par ailleurs fermer le samedi, en regroupant tous les cours dans le même bâtiment. L’université songe aussi à décaler la rentrée du semestre 2, mais cette option n’est pas privilégiée. "Pour l’instant, nous étudions les scénarios possibles. Cela dépendra de la criticité de la situation au niveau des prix", explique Gilles Roussel.

Pas de cours à distance

Tout comme à Bordeaux, le passage des cours à distance n’est pas envisagé. "C’est trop compliqué en termes de logistique et cela reporte le coût sur les étudiants, pour un gain minime", affirme le président. "L’impact des équipements scientifiques est plus fort que celui des personnels ou des étudiants", ajoute-t-il. L’accent sera donc mis sur ce levier : arrêter les ordinateurs pendant la nuit plutôt que de les laisser en veille, regrouper les expériences qui tournent en permanence…

Selon Gilles Roussel, il faut "jouer sur tous les paramètres", comme encourager l’utilisation des escaliers plutôt que des ascenseurs. Il attend également des propositions des composantes de l’université. Les mesures seront ensuite présentées et débattues avec les représentants syndicaux. Cela dit, ces mesures ne pourront pas compenser la totalité du coût supplémentaire. "Nous attendons un soutien de l’Etat. On ne peut pas nous demander de maintenir le même service sans nous aider à maintenir notre activité", plaide Gilles Roussel.

Des budgets rectificatifs négatifs des universités en 2022

Pour l’instant, le ministère de l’Enseignement supérieur n’a promis aucune aide nationale. "Nous sommes en lien avec tous les établissements. Nous allons regarder au cas par cas, étudier les budgets, pour voir ceux qui ont besoin d’être aidés. Le message est clair : ne sacrifiez pas les postes ni des investissements importants pour vous chauffer", a affirmé Sylvie Retailleau, lors de son audition à l’Assemblée nationale le 21 septembre.

Nous attendons un soutien de l’Etat. On ne peut pas nous demander de maintenir le même service sans nous aider à maintenir notre activité. (G. Roussel, Université Marne-la-Vallée)

La ministre a ajouté que le passage des cours à distance n’était pas souhaitable et que le gouvernement assumerait un budget rectificatif 2022 négatif des universités. Quant à l’année 2023, elle a encouragé les établissements à "être solidaires" et à puiser dans leurs fonds de roulement pour ceux qui le peuvent.

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Un besoin d'aide chiffré à plus de 2 millions d'euros par université

"Ce ne sont pas des réponses valables", déplore Anne Roger, secrétaire générale du syndicat SNESUP-FSU. France Universités a en effet chiffré le besoin de 2 à 2,5 millions d’euros d’aide par université pour compenser le cout de l’énergie en 2022. Des discussions sont en cours avec le ministère pour obtenir une aide.

Les mesures de la circulaire sur la sobriété énergétique

Afin d’accompagner les établissements, le ministère leur a transmis une circulaire pour mettre en œuvre le plan de sobriété énergétique. Elle comprend des mesures de court terme, pour réduire de 10% la consommation d’énergie d’ici 2024, et des mesures de long terme afin de sortir la France des énergies fossiles d'ici 2050.

Concernant le parc immobilier, cette circulaire encourage les établissements à réaliser des bilans énergétiques pour chacun de leurs bâtiments, à réfléchir à leur production d'énergie, avec par exemple des panneaux photovoltaïques, et à rationaliser l’utilisation de leurs locaux.

Le chauffage devra par ailleurs être limité à 19 degrés et la climatisation à 26 degrés en période d'occupation. Quand les locaux seront inoccupés, la température sera davantage baissée et tous les éclairages et écrans devront être éteints.

Un point critiqué par le syndicat étudiant Unef. "Les enseignants feront cours en couverture de survie, et les étudiants grelotteront de froid. On ne peut pas réussir ses études dans de telles conditions", a déclaré la présidente de l'organisation Imane Ouelhadj, lors de sa conférence de presse de rentrée.

Mobilité douce et circuits courts

La mobilité des étudiants et des personnels devra aussi être revue afin de limiter la consommation de carburants – en forte pénurie actuellement – grâce aux modes de transports alternatifs et à une mobilité internationale hybride.

La stratégie d’achats ne devra par ailleurs plus de contenter "de la seule base du critère prix", elle devra prendre en compte le coût environnemental. Cela concerne par exemple la restauration universitaire, qui devra favoriser les circuits courts.

La circulaire souligne enfin le cas "emblématique" des grandes infrastructures de recherche, particulièrement énergivores. "Une analyse au cas par cas devra être engagée, pour déterminer les pistes d'économies tout en maintenant le niveau de la recherche", pointe le ministère, qui demande aux établissements d’étudier plusieurs scénarii de programmation de leur activité.

Les établissements devront rédiger un plan de sobriété d’ici la fin de l’année 2022.


Amélie Petitdemange | Publié le