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Quand l’université de Corse, Areva et le CEA collaborent à l’énergie de demain

Guillaume Mollaret, à Ajaccio
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Vue de la plate-forme Myrte, au bord de la baie d'Ajaccio // DR
Vue de la plate-forme Myrte, au bord de la baie d'Ajaccio // DR

Inaugurée il y a deux ans, la plate-forme de recherche Myrte (Mission hydrogène renouvelable pour l’intégration au réseau électrique), dédiée aux énergies renouvelables, lie de façon inédite l’université de Corse à des acteurs de la recherche et de l’entreprise. Le point avec Interface.

Avec une vue imprenable sur la baie d'Ajaccio, la plate-forme Myrte est un lieu de coopération université-­entreprise comme il en existe peu en France. Surplombée de panneaux solaires, l'installation produit de l'électricité, puis la stocke dans des piles à hydrogène, avant d'alimenter le réseau électrique corse qui n'est pas relié au continent.

"La configuration du réseau électrique corse présente des limites à l'intégration d'énergies renouvelables qui sont intermittentes. Le stockage d'électricité, qui est peu répandu car très coûteux, est envisagé comme une alternative d'avenir", explique Jean-Philippe Lamarcade, adjoint au directeur d'EDF de l'île de Beauté, pour expliquer la finalité d'une telle installation.

Le projet a vu le jour il y a neuf ans. Areva cherchait à développer un site de démonstration. L'université de Corse avait essuyé un échec avec un premier projet scientifique autour du développement des énergies renouvelables en 2004. "Notre premier projet a été retoqué car il n'était pas assez mature, se souvient Philippe Poggi, directeur du groupement d'intérêt scientifique de la plate-forme Myrte. Nous avons donc continué à travailler. La création du pôle de compétitivité Capénergies nous a permis de rencontrer des industriels. L'État et la collectivité territoriale de Corse ont alors soutenu le projet. C'est là que nous avons pris contact avec Areva [dont la filiale stockage ­d'énergie a son siège à Aix-en-Provence]."

Le projet répondant à un problème d'isolement énergétique de l'île a été financé par ­l'Union européenne à hauteur de 8 millions d'euros sur un montant initial de 21 millions. L'université de Corse a mis deux millions ­d'euros – somme colossale à son échelle – dans la construction de Myrte, dont le coût de fonctionnement est, lui, évalué à 0,8 million ­d'euros par an.

Pour Areva, les avantages étaient nombreux : "L'université nous a ­d'abord apporté un site pour ce qui constitue notre plus importante installation du genre, détaille Jérôme Gosset, directeur général ­d'Areva stockage d'énergie. Elle nous a aussi introduits auprès des acteurs locaux [Areva n'était jusque-là pas présent en Corse]."

Myrte n'étant pas une installation commerciale, les exigences de réglementations industrielles étaient plus souples. La plate-forme a pu ainsi éviter les recours administratifs émis par un voisi­nage soupçonneux ou inquiet, comme c'est régulièrement le cas lors de la création d'un site industriel. L'université a aussi apporté son expérience dans le couplage de systèmes énergétiques à sources renouvelables et le stockage d'énergie et dans le développement d'outils de simulation et d'optimisation de ces systèmes. Une aide précieuse pour l'industriel.

Pour un doctorant, un moyen idéal de valoriser sa recherche

Pour l'université, la plate-forme, qui mobilise 10 personnes (six universitaires, deux salariés ­d'Areva et deux du CEA) et se prépare à accueillir de nouveaux doctorants, est un moyen idéal pour valoriser sa recherche. Les équipes de ­Philippe Poggi ont réalisé sept publications internationales et treize communications dans des congrès internationaux associant le CEA, autre partenaire de Myrte, et Areva.

"Un brevet ­co-signé université de Corse-CNRS-Areva au sujet du contrôle commande de la centrale est en cours de dépôt", révèle-t-il. La répartition des royalties est en cours de négociation. "Ce partenariat est très intéressant pour nous puisqu'il nous permet de nous confronter à la ­réalité indus­trielle du secteur et nous apporte une vision à trente ans sur le sujet", ajoute le chercheur.

Côté formation, la plate-forme contribue au rayonnement – au travers de stages en entre­prises – de trois masters délivrés par l'Université Pasquale-Paoli, dans le domaine des énergies ­renouvelables, du risque hydrogène et de l'ingénierie écologique, et par l'école d'ingénieurs Paoli Tech, dédiée aux énergies renouvelables.

Paoli Tech, une école d'ingénieurs au sein de l'université
En quelques années, l'université de Corse a fait des énergies renouvelables l'une de ses spécialités. Depuis 2011, elle est même habilitée par la CTI (Commission des titres d'ingénieur) à délivrer le titre d'ingénieur avec la spécialité "Énergétique" dans le cadre de Paoli Tech. C'est la bonne insertion professionnelle de ses étudiants en master SEER (systèmes énergétiques et énergies renouvelables) et master Ingeco (ingénierie de l'écologie) qui a poussé l'université de Corse à créer cette école d'ingénieurs interne. En deuxième année, les étudiants ont le choix entre les options énergies renouvelables (ER) et génie de l'habitat et qualité environnementale (GHQE).
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