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Ces grandes écoles qui réinventent la rentrée

Aurélie Djavadi
Publié le
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Dès la rentrée de première année, les étudiants d'Audencia sont invités à se projeter dans le monde du travail en explorant des sujets soumis par de grands groupes.
Dès la rentrée de première année, les étudiants d'Audencia sont invités à se projeter dans le monde du travail en explorant des sujets soumis par de grands groupes. // ©  Audencia BS
De plus en plus d'écoles d'ingénieurs et de commerce substituent à l’accueil en amphi et aux traditionnels discours de rentrée des challenges étudiants ou des rencontres avec les entreprises. Objectif : mieux impliquer les nouveaux inscrits dans leur cursus, pour faciliter le passage du lycée ou de la prépa à la grande école.

Quand ils rejoignent l’ESIEA après leur bac, les ingénieurs en herbe de cette école dédiée au numérique n’ont encore qu’une image floue de la robotique. Pourtant, dès leur rentrée, les voilà conviés à un concours de quatre jours dans ce domaine. À leur disposition : des pièces de Lego, un petit logiciel, des capteurs et un moteur. À chaque équipe de réaliser sa machine, puis de la guider dans un circuit parsemé d’obstacles. Un remake des épreuves d’admission ?

Pas vraiment. D’ailleurs, les participants peuvent compter sur l’aide des professeurs ou des élèves de deuxième année pour régler d’éventuels bugs ou peaufiner leur stratégie. Loin de chercher à les déstabiliser ou à les évaluer, l’école tend au contraire à les aider à prendre leurs marques. En mettant directement la main à la pâte, les nouveaux inscrits ont un aperçu de toutes les matières qui constitueront leur quotidien pendant cinq ans, de l’informatique à l’électronique et apprennent à se connaître.

"Ils réalisent qu’avec un peu d’intelligence et de savoir-être, ils obtiennent des résultats intéressants. La cohésion des groupes est d’ailleurs remarquable", se félicite Éric Konieczny, le coordinateur du concours. Bref, si l’ensemble demande un peu de logistique, cet accueil propulse les élèves dans le vif du sujet de manière conviviale et plus efficace qu’une classique présentation en amphi.

Un sas entre le secondaire et le supérieur

Comme l’ESIEA, de plus en plus d’écoles étoffent leurs dispositifs de rentrée par des challenges ou des rencontres avec des entreprises. Certaines visent un public de bacheliers, d’autres s’adressent à des anciens de classes préparatoires. Dans tous les cas, il s’agit de bien mesurer les enjeux d’un cursus professionnalisant.

"Il y a quelques années, les élèves commençaient les cours juste après le discours du directeur et l’exposé des programmes. Après en avoir parlé avec les délégués, nous avons réalisé que la transition du secondaire au supérieur était trop brusque. D’un côté, l’enseignement reste plutôt magistral. De l’autre, on demande aux jeunes de devenir acteurs de leur formation. Pour les préparer à cette autonomie, nous avons donc aménagé un sas qui prend la forme d’un séminaire de méthodologie", détaille Pascal Bied, directeur des programmes de Bachelor à l’Iéseg.

D’un côté, l’enseignement reste magistral. De l’autre, on demande aux jeunes de devenir acteurs de leur formation.
(P. Bied, Iéseg)

Depuis 2012, tous les nouveaux admis travaillent donc pendant un jour et demi sur une thématique d’actualité – réchauffement climatique, diversité ou encore, pour cette session 2016, le salaire des patrons.

Grâce à une série de documents, des indices délivrés par des élèves de deuxième année ou les conseils d’un "quartier général" d’enseignants, les élèves élaborent une série de propositions, "souvent originales", juge Pascal Bied. Et de noter une plus grande implication des étudiants dans la rédaction de leurs rapports de stage depuis qu’ils passent par cette expérience.

Un "projet professionnel" à affiner

Si les effets de ces rentrées se font sentir à long terme, c’est parce qu’en plus de méthodes, elles aident les étudiants à remettre leurs apprentissages en perspective, en les interpellant sur leurs projets personnels. À Centrale Nantes, dès les premiers jours, les nouveaux inscrits ont ainsi l’occasion de discuter avec des diplômés et des entreprises partenaires.

"Les grandes réunions d’information n’étaient passionnantes ni pour les élèves ni pour les enseignants qui les animaient, sourit Guillaume Moreau, directeur de la formation. Nous avons décidé de réorganiser la rentrée autour d’ateliers, centrés sur des questions essentielles : pourquoi venir étudier à Centrale Nantes ? En quoi le métier d’ingénieur consiste-t-il ? Quelles sont les évolutions possibles ?"

Nos ateliers sont centrés sur des questions essentielles : pourquoi venir étudier à Centrale Nantes ? En quoi le métier d’ingénieur consiste-t-il ?
(G. Moreau, Centrale Nantes)

À Audencia aussi, on invite les étudiants à se projeter dans le monde du travail en explorant des sujets soumis par des groupes comme L’Oréal, Auchan ou Orange. De quoi dépasser d’emblée leurs représentations de l’entreprise et s’interroger sur leurs motivations.

Une rentrée qui transforme le premier trimestre

Si les écoles interrogées se disent satisfaites de ces innovations, certaines ont décidé d’aller plus loin. À l’Iéseg, le séminaire de méthodologie a été prolongé par un cours à l’année pour que les élèves puissent approfondir leurs recherches. À l’Essec, tout le premier trimestre a été revu pour "redonner du sens aux parcours des étudiants, explique Anne-Claire Pache. Beaucoup avaient du mal à passer du monde de la prépa à des cours très pratiques de gestion."

Depuis 2015, ils sortent donc du cadre de la salle de classe traditionnelle pendant quelques semaines. Mises en situation avec Saint-Cyr, réflexion sur le lancement de start-up, accompagnement d’un manager pendant quelques jours ou stage ouvrier : les "expériences fortes", en prise avec le terrain, se succèdent jusqu’en décembre.

"Quand les élèves se plongent ensuite dans la comptabilité, ils en comprennent toute l’importance. Le programme n’a pas changé d’un iota, mais les cours sont concentrés de janvier à juin", poursuit Anne-Claire Pache. Et les premiers étudiants à expérimenter ce système auraient décroché de bien meilleures moyennes que les promotions précédentes. À suivre.


Aurélie Djavadi | Publié le

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