Sorbonne Nouvelle : faute de place sur son nouveau campus, la rentrée universitaire est reportée de deux semaines

Amélie Petitdemange
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Le nouveau campus de Sorbonne Nouvelle était censé accueillir 16.000 étudiants en septembre.
Le nouveau campus de Sorbonne Nouvelle était censé accueillir 16.000 étudiants en septembre. // ©  Amelie Petidemange
À peine installée dans son nouveau campus, l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 rencontre ses premières difficultés. Faute de salles pour accueillir tous les étudiants dans ses nouveaux quartiers à Nation, la Commission de la formation et de la vie universitaire a voté le report de la rentrée au 3 octobre pour la majorité des formations.

La rentrée s'annonce houleuse pour l'université Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Alors que ses plus de 16.000 étudiants devaient faire leur rentrée dans son nouveau campus, à Nation, dans le XIIe arrondissement parisien le 19 septembre, l'université a décidé de la reporter au 3 octobre faute de place. Cette décision a été validée par la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) vendredi 2 septembre.

Seules quelques formations préparant aux concours de l’enseignement et impliquant des entreprises, comme les licences professionnelles, conservent une date de rentrée inchangée.

Des locaux supplémentaires pour accueillir les étudiants temporairement

Les étudiants ont reçu un mail expliquant ce report pour "finaliser les emplois du temps toujours plus difficiles à réaliser quand les enseignements se déroulent sur plusieurs sites". Face au manque de places, l’université a dû trouver des locaux supplémentaires pour accueillir temporairement les étudiants. Ainsi, 14 salles réparties sur trois lieux accueilleront des étudiants à La Défense, à Porte de Vanves et à la Cité universitaire.

Une autre option, le passage de certaines UE (unités d’enseignements) à distance, avait été retoquée par la CFVU en juillet dernier. Certains cours pourront cependant être passés à distance, "sur la base du volontariat", précise Jamil Dakhlia, président de l'université. Le nombre de groupes pourra aussi être réduit afin "d’économiser des salles".

Enfin, l’université prévoit "d’assouplir le calendrier universitaire". Des ateliers pourront avoir lieu à l’inter-semestre ou démarrer plus tôt que prévu et les horaires matinaux (à partir de 8h) ou tardifs (jusqu’à 21h) seront davantage utilisés.

Quand le projet nous a été présenté en 2015 et 2016, nous avons tout de suite vu qu’il y aurait un problème au niveau de la place. (T. Fratti, Sgen Sorbone Nouvelle)

Le site de Censier, construit dans les années 60, était en effet "amianté et en délabrement", pointe Jamil Dakhlia, président de l’université.

Le nouveau campus de Sorbonne Nouvelle à Nation. // © Amelie Petidemange
Le nouveau campus de Sorbonne Nouvelle à Nation. // © Amelie Petidemange

Un manque de places anticipé par les syndicats

À ce jour, il manque 30 salles dans le nouveau bâtiment. Une situation anticipée par les syndicats, affirme Thierry Fratti, membre du Sgen Sorbonne Nouvelle (syndicat général de l'Éducation nationale). "En tant que membre du CHSCT, nous avons alerté la direction à plusieurs reprises. Quand le projet nous a été présenté en 2015 et 2016, nous avons tout de suite vu qu’il y aurait un problème au niveau de la place, que ce soit pour les bureaux des personnels et des enseignants ou pour les salles de cours", explique-t-il.

Nous avons encouragé les composantes à passer certains cours magistraux à distance. (J. Dakhlia, Sorbonne Nouvelle)

Selon lui, la présidence a pris conscience du problème de places il y a quelques mois alors qu'elle était alertée depuis des années. "La présidence n’était pas de notre avis. Elle disait qu’en élargissant les plages horaires de cours et en misant sur 95% de remplissage, ça rentrait. Or, l’expertise agréée disait bien qu’il n’était pas raisonnable de dépasser 75% du taux d’occupation…", affirme Thierry Fratti.

Deux amphithéâtres inutilisables

Des problèmes liées aux travaux ont ensuite aggravé cette situation. Deux grands amphithéâtres sur trois n’ont pas été livrés à cause d’un défaut de conception. Alors qu'ils étaient prévus pour la rentrée 2022, l’EPAURIF (établissement public d'aménagement universitaire de la région Île-de-France) prévoit la livraison de l’amphithéâtre de 120 places pour janvier 2023 et celui de 500 places pour septembre 2023. Un délai qui pourrait encore être allongé par le contentieux juridique.

"Nous avons réfléchi depuis longtemps à contourner ce problème. Nous avons donc encouragé les composantes à passer certains cours magistraux à distance", tempère Jamil Dakhlia.

Coup de grâce, des salles de TD (travaux dirigés) prévues pour 45 personnes ne pouvaient finalement en accueillir que 19, selon les normes de sécurité incendie. Un problème quasiment réglé, assure le président de la Sorbonne Nouvelle : "Il nous faut encore une confirmation de la préfecture mais la commission de sécurité a validé les effectifs de 45".

Normes d’accessibilité à revoir

Thierry Fratti, du Sgen, pointe d’autres dysfonctionnements : "La salle des serveurs informatiques n’est toujours pas réceptionnée et certains services n’ont pas le mobilier pour fonctionner". Selon la présidence, la salle "n'est pas encore réceptionnée officiellement mais elle est fonctionnelle. Elle sera utilisable sous une quinzaine de jours".

Enfin, les normes d’accessibilité ne seraient pas respectées. "Certaines salles ont du mobilier fixe où l’espace entre deux rangées ne permet pas de faire passer un fauteuil, l’accès au site se fait par des portes très lourdes, les badges pour ouvrir les ascenseurs et les bureaux sont placées trop haut, et il est très difficile de circuler dans les espaces extérieurs en fauteuil…", énumère Thierry Fratti.

"C’est faux. La commission de sécurité a statué sur l’accessibilité et validé l’ensemble des installations", réagit Jamil Dakhlia. Pourtant, 3.600 réserves avaient été émises par l'université et l'EPAURIF. "Cela parait faramineux mais pour un chantier de cette importance, c’est courant. Elles ont finalement toutes été levées", précise le président.

Création d’un groupe de travail

Au-delà des solutions de court terme, comment le problème de places sera-t-il réglé ? Pour l’instant, la location des salles hors de la Sorbonne Nouvelle est uniquement prévue pour le premier semestre. Un groupe de travail sera mis en place début septembre pour réfléchir à cette question. Il regroupera des représentants des différentes composantes, des services logistiques, de la direction des études, de la communication et des affaires internationales.

L’université cherche aussi à recruter un logisticien pour "travailler sur les procédures d’emploi du temps", ajoute le président. Il a également lancé des demandes pour réaliser un audit.

De son côté, l’intersyndicale CGT FERC (Fédération de l'éducation de la recherche et de la culture) Sup Paris3 organise, ce mardi, une assemblée générale afin de "faire le point sur la situation sidérante à laquelle personnels comme étudiants sont soumis".


Amélie Petitdemange | Publié le - Mis à jour le