Albert Marouani (président de l'université de Nice) : "Nice ne peut être satellisé par rapport à un centre marseillais"

Propos recueillis par Camille Stromboni
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Président de l'université de Nice Sophia Antipolis depuis 2004, Albert Marouani passe la main en avril 2012, après deux mandats. Le conseil d'administration se réunit le 19 avril pour élire son successeur : l'occasion de dresser le bilan des huit années du professeur de sciences économiques à la tête de l'établissement de près de 26.000 étudiants, entre autonomie et Grand emprunt.

Vous faîtes partie des présidents d'université qui sont restés le plus longtemps à la tête de leur établissement. Quelle est la réforme dont vous êtes le plus fier ?

Nous avons introduit de l'interdisciplinarité, grâce à la mise en place, en 2005, des collèges universitaires interdisciplinaires, sur le tourisme, la communication, la finance, les SHS et l'environnement/développement durable. Il s'agissait d'unifier et de rendre lisible une offre de formation dispersée.

Trois ont pris la forme structurée d'un service commun d'enseignement et de recherche : l'IMREDD (Institut méditerranéen du risque et de l’environnement durable), l'ISHSN (Institut des sciences humaines et sociales) et Ulysse (Haute école internationale du tourisme, hôtellerie, restauration et gastronomie)

Je suis également satisfait d'avoir assaini et décomplexé les relations entre universitaires et entreprises, avec à la création d'un comité d'orientation stratégique Entreprises (COSE ), qui compte 70 chefs d'entreprises de la région.

Avez-vous un regret ?

Je n'ai pas réussi à mettre en place un système de premier cycle différencié, adapté à la diversité des publics : les plus brillants et ceux en difficultés, avec une fluidité entre les parcours. Je n'ai pas convaincu mes collègues, j'ai été maladroit en expliquant que nous voulions créer des filières "sélectives", ce qui a été mal perçu.

"La construction d'un PRES avec Nice, les universités de Toulon et de Corse, ainsi que les écoles et organismes, sera incontournable"

J'aurais voulu notamment une licence qui tienne compte des compétences des bacheliers professionnels et technologiques. Notre système qui met tout le monde dans la même filière en première année constitue tout simplement une machine à sélectionner très brutale, qui mène beaucoup d'étudiants à l'échec.

Quel est le dossier sur lequel vous avez rencontrez le plus de difficultés ?

Le passage aux RCE (Responsabilités et compétences élargies), avec la restructuration de la gouvernance centrale, et son articulation avec les composantes, dans une université où l'esprit facultaire reste très fort.

Le dossier des heures complémentaires a été particulièrement pénible : nous avons essayé de les ramener à un volume raisonnable - ce qui ne s'est pas fait sans tension - en changeant les habitudes de fonctionnement des composantes. Il faudra encore y travailler, c'est un vrai casse-tête.

Dans votre bilan, il y a aussi l'absence de Nice dans un projet d'Idex...

On nous a fait comprendre que nous n'étions pas forcément les bienvenus dans un Idex régional, avec Aix-Marseille. Nous avons tout de même réalisé ensemble un IHU, et nous sommes associés dans une SATT.

J'ai bien sûr la crainte qu'Aix-Marseille université, structure lourde qui a eu un Idex , vienne drainer nos enseignants et nos chercheurs, marginalisant Nice comme une université de "proximité", avec un délitement de nos labos. Mais il faut tout faire pour éviter cela, Nice ne peut être satellisé par rapport à un centre marseillais. Il faut trouver une configuration du même ordre que celle entre Grenoble et Lyon.

Cette stratégie régionale sera le défi de votre successeur ?

Effectivement. Cette définition d'un mode de relation équilibrée entre l'Ouest (Aix-Marseille) et l'Est (Nice) est la question clé pour la région PACA.

La construction, en cours, d'un PRES [Pôle de recherche et d'enseignement supérieur] avec Nice, les universités de Toulon et de Corse, ainsi que les écoles et organismes, sera en ce sens incontournable. J'espère que mon successeur poursuivra ce chantier d'un PRES fédéral PACA-Est. Une fois qu'il sera créé, nous serons en position de trouver la bonne articulation avec Aix-Marseille.

Frédérique Vidal nouvelle présidente

Frédérique Vidal a été élue à la présidence de l'université de Nice Sophia Antipolis jeudi 19 avril 2012.

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