Newsletter

Arnaud Parienty : "Le capital culturel ne suffit plus à assurer la réussite des études"

Quentin Desrousseaux
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Arnaud Parienty, auteur de School Business
Arnaud Parienty décrypte la fuite de certains étudiants de l'université pour des formations privées, notamment dans le secteur de la santé. // ©  AP

Dans son livre "School Business" paru à la rentrée 2015, Arnaud Parienty, professeur de sciences économiques et sociales, démontre comment l'argent a pris le contrôle du système éducatif. Détonnant.

Dans votre livre, vous décrivez la fuite de certains étudiants de l'université vers d'autres formations, fuite que vous résumez en quatre mots : "tout sauf la fac". Pourquoi ?

Il y a plusieurs raisons : tout d'abord, l'université fait peur aux bacheliers. Les amphithéâtres anonymes, le manque d'encadrement, tout cela fait préférer aux nouveaux étudiants les bancs de formations plus encadrées, en écoles ou en IUT.

On assiste en parrallèle à la paupérisation des universités. En moyenne, 10.000 euros par an sont dépensés par étudiant mais ce chiffre cache de graves disparités entre cursus. Par exemple, un étudiant en droit coûte environ 2.500 euros par an à l'État, ce qui n'est rien ! En comparaison, un élève de classe préparatoire coûte 15.000 euros par an et un élève d'école d'ingénieur 21.000 euros par an. Quant au personnel administratif, il n'est pas assez nombreux.

Vous parlez également de l'envolée générale des frais de scolarité dans l'enseignement supérieur. Quelles sont les formations les plus touchées ?

On enregistre les plus fortes hausses parmi les formations qui mènent à des métier qualifiés et dans des secteurs porteurs. L'accès à l'emploi pour les jeunes est aujourd'hui si difficile que les parents disposant de moyens financiers conséquents sont prêts à payer pour que leurs enfants trouvent du travail. Cela se ressent en particulier dans le secteur de la santé, où l'on assiste à la multiplication des formations privées.

Prenons la Paces (Première année commune aux études de santé) dans les universités : avec l'arrivée des nouveaux programmes de lycée, en mathématiques notamment, il y a un fossé très important entre les exigences du lycée et celles de la première année de médecine, que les prépas compensent avec des stages de pré-rentrée. Ajoutez à cela le chahut dans les amphis organisé par les anciens qui ont déjà leurs notes de cours en et vous comprenez pourquoi 75% des étudiants en Paces ont aujourd'hui recours aux services de ces prépas.

Mais des écoles privées apparaissent aussi pour des métiers moins qualifiés, comme aide-soignante. Moyennant jusqu'à 2.000 euros par an, elles préparent à un concours qui fournit un accès certain à l'emploi. Quant aux écoles de kinésithérapie, leur prix a terriblement augmenté et dépasse parfois 10.000 euros par an. 

Les parents qui disposent de moyens financiers conséquents sont prêts à payer pour voir leurs enfants trouver du travail.

Qui sont les principales victimes des hausses des frais de scolarité ?

Les foyers les plus aisés peuvent payer de leur poche l'intégralité des études de leurs enfants. Les boursiers disposent d'aides de l'État et sont dispensés de certains frais, l'inscription aux concours des grandes écoles entre autres. C'est pour les classes moyennes que le choc des frais de scolarité est le plus fort.

Traditionnellement, les enfants dont les parents exerçaient des professions telles qu'enseignants ou journalistes, culturellement favorisés, réussissaient fort bien dans les études supérieures. Cependant, ces métiers n'étant pas très lucratifs, la hausse des frais de scolarité commence à éroder l'importance de cette avance. Dans son ouvrage Les Héritiers, Pierre Bourdieu mettait en avant l'importance du capital culturel dans la réussite scolaire. Aujourd'hui, sauf pour les plus brillants, ce capital ne suffit plus à assurer le succès, la composante financière jouant un rôle croissant.

"School Business", Arnaud Parienty, éditions La Découverte, 17 euros, septembre 2015.

Quentin Desrousseaux | Publié le

Vos commentaires (3)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
François.

"Quand les entreprises ont eu besoin de manger(s)" Lapsus significatif ? Le gourou de l'éducation française Pierre Bourdieu s'élevait contre le fait que le système éducatif formait "de la chair à patrons".

Marcopyr.

L'étudiant en classe préparatoire (Economique) aura son master en 5 ans et du travail dans la foulée. Il paiera pour passer les concours (1.500 euros) et paiera pour sa scolarité 10.000 euros pendant 3 ans (30.000) Quand les entreprises ont eu besoin de mangers fin 19°, les universités françaises ont dédaigné ces formations : de l'épicerie, vulgaire ! Le droit, la médecine et le latin, oui. D'où la structure aujourd'hui en France, à la différence des universités anglo-saxonnes moins méprisantes pour ces métiers (et en même temps beaucoup plus coûteuses : 30.000$ mais l'année, trois fois plus cher...)

parent de boursiers.

C'est la sélection par concours qui favorise cette surenchère financière,la sélection sur dossier puis tirage au sort limiterai cette dérive inégalitaire