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Martial Foucault, professeur adjoint à l'université de Montréal: "Au Québec, les universités ne veulent pas du professeur qui se contente d’enseigner"

De notre envoyée spéciale au Québec, Sandrine Chesnel
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Martial Foucault, professeur adjoint à l'université de Montréal: "Au Québec, les universités ne veulent pas du professeur qui se contente d’enseigner"
Martial Foucault, 36 ans, a quitté la France en 2006 pour occuper un poste de professeur adjoint au département de science politique de l’université de Montréal . Suite de notre série sur l'enseignement supérieur québecois de notre envoyée spéciale à Montréal.

Pourquoi être parti enseigner à Montréal ?
Ma première motivation n’était pas de partir m’installer à l’étranger. Je souhaitais accéder à une position de professeur or je savais que mon profil serait difficile à caser en France, et je redoutais d’avoir à traverser une période d’inactivité si je restais là-bas. J’aurais peut-être pu être recruté comme maître de conférence, mais je risquais de le rester toute ma vie. J’ai des collègues qui sont dans cette situation et je ne les envie pas. J’ai eu vent de l’ouverture de ce poste alors que j’étais post –doctorant à Florence, et même si je ne connaissais pas Montréal, j’ai décidé de tenter ma chance.

Comment s’est passé votre recrutement par l’université de Montréal ?
Nous étions une quarantaine de candidats pour le poste, seulement quatre d’entre eux ont été auditionnés par les responsables du département pour une journée d’entrevue. Pendant cette journée marathon particulièrement épuisante, j’ai assuré un cours devant des étudiants qui ont ensuite évalué ma présentation,  j’ai eu une réunion avec le responsable du département de science politique et mes futurs collègues, suivi d’un déjeuner. L’après-midi j’ai assuré deux heures de permanences pendant lesquelles les autres professeurs sont venus me poser des questions sur l’objet de mes recherches, et pour finir j’ai assuré une présentation scientifique de mon travail. Un mois plus tard, j’ai reçu une proposition d’embauche, et là ont commencé les négociations : salaire d’embauche, charge d’enseignement, moyens de recherche, tout a été discuté.

Dans les universités québécoises, les professeurs sont évalués tous les semestres par leurs étudiants. Comment cela se passe-t-il ?
J’avoue que j’étais très fébrile lors de ma première évaluation. Mais cela s’est bien passé : l’évaluation n’est pas un défouloir pour les étudiants, même si elle est anonyme. Les étudiants  doivent répondre à 15 questions qui portent sur le respect du plan de cours, l’intérêt des lectures proposées, etc. Une place est prévue pour les commentaires libres, et bien évidemment les professeurs ont accès à ces évaluations. Avec le recul, je trouve que c’est un exercice très stimulant, qui conduit à être très rigoureux.

Quelles sont les grandes différences entre votre façon d’enseigner ici et en France ?
Ici nous travaillons dans de bonnes conditions : pour mes recherches, je dispose d’un budget de 350 000 dollars canadiens sur 3 ans. Quand on est français, il est difficile d’imaginer qu’on puisse avoir autant de moyens pour financer la recherche ! Du coup, j’ai découvert un nouveau métier, celui d’employeur : j’ai des assistants de recherche que j’ai embauchés sur mon budget et qui travaillent avec moi sur mes projets de recherche, soit durant toute l’année, soit durant l’été. Par ailleurs, puisque j’ai plus de 35 élèves, je ne corrige pas moi-même mes copies : ce sont des correcteurs que j’ai recrutés qui le font à partir d’une grille de correction précise, au ½ point près.
Autre différence, il existe ici une certaine émulation entre les professeurs. Il y a une forme de « prime au jeune », mais ensuite tout se joue dans les dix premières années de carrière. Au Québec, les professeurs d’université sont d’abord professeur adjoint, puis professeur agrégé, et enfin professeur titulaire. Quand on est professeur agrégé, on a l’équivalent d’un CDI. Mais il faut être agrégé avant 40 ans sans quoi on est n’est plus vraiment intégré à la communauté et on se retrouve dans une logique très descendante – je compte justement demander mon agrégation cette année. Ensuite, il faut comprendre que l’agrégation est vue comme une consécration, qui impose de publier de manière soutenue : ici on aime voir que les collègues publient au moins deux à trois articles par an, un livre tous les cinq ans… On ne veut pas du professeur qui se contente d’enseigner.

 Propos recueillis par Sandrine Chesnel

A consulter, sur le blog de Martial Foucault , les articles qu’il a écrit pour Le Monde, Libération,  La Vie des idées, etc.


De notre envoyée spéciale au Québec, Sandrine Chesnel | Publié le

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blaise.

en combien d annee peut on passer professeur agregee