Manuel Majada (président de l’ANSTIA) : “80 % des enseignants ont déposé leurs documents de cours sur une plateforme, mais ils ne sont pas conçus pour une pédagogie à distance”

Propos recueillis par Fabienne Guimont
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Manuel Majada
Manuel Majada
Manuel Majada a pris la tête de l’ANSTIA (Association nationale des services TICE et audiovisuel de l’enseignement supérieur et de la recherche) . Rencontre avec cet enseignant-chercheur multicarte : outre l’unité de l’innovation qui travaille sur le transfert méthodologique de e-learning à l’UTC, il dirige sa cellule d’appui pédagogique (ex-cellule TICE). Il est aussi chef de projet de l’UNR picarde.

Comment évoluent les services TICE à l’intérieur des universités ?

Alors que les services TICE (technologies de l’information et de la communication appliquées à l’enseignement) étaient jusqu’alors composés de militants du numérique et du e-learning, la LRU a changé la donne. On est passé de pratiques innovantes et isolées à des problématiques d’appui aux enseignants et aux universités. On réfléchit à l’aide à la réussite des étudiants et à l’efficacité des outils numériques dans la lutte contre l’échec. La génération Y demande notamment du sens dès le 1er cycle avant de faire un effort. Cela implique de mieux informer, mieux valoriser les parcours et de répondre, en partie, à leur demande de modernité et d’immédiateté. Attendre pour avoir ses notes n’a plus de sens pour les étudiants. Mais l’université n’a pas pour mission de ne répondre qu’à ce besoin d’immédiateté, car on forme les étudiants pour maintenant et pour dans 20 ans. Ces derniers sont très demandeurs de ressources pédagogiques comme des podcasts, surtout pour se réassurer. Mais ces ressources sont pour beaucoup sans valeur pédagogique, car seuls 10 à 15 % des étudiants sont réellement des autodidactes sans besoin d’accompagnement pour apprendre. Dans les universités, cet appui à l’enseignement initial est encore récent et on travaille chemin faisant.

Les enseignants-chercheurs vous font-ils davantage confiance ?

Nos services sont beaucoup plus en contact qu’avant avec les enseignants-chercheurs notamment à travers les plateformes de mise en ligne des cours. Ils viennent aussi nous voir pour trouver des solutions lorsqu’ils ont moins d’heures de cours et veulent faire passer leur savoir différemment ou qu’ils réclament plus d’interactions avec l’amphi. Cependant, on bute toujours sur le fait que les jeunes maîtres de conférences ont comme priorité la recherche, encore plus depuis le classement de Shanghai, et non la pédagogie. Or les démarches pédagogiques centrées sur l’apprenant demandent plus de temps. Du coup, la possibilité de rémunérer des cours à distance n’a eu aucun impact.

Les UNR et les UNT sont-elles utilisées par les étudiants ?

Les universités numériques en région [UNR] ont accompli leur première mission en faisant travailler ensemble les établissements essentiellement sur les fonctions de scolarité (notes, messagerie…). Elles sont dans une phase de latence pour savoir comment elles se repositionnent par rapport aux PRES, dont certains sont interrégionaux et dans quelle mesure elles font de l’appui à la formation. Certaines UNR comme en Île-de-France ont décliné leurs données sur mobiles. Cela peut être pertinent à Paris, mais pas forcément partout.

Pour les universités numériques thématiques [UNT], fondées sur une offre de formation numérique disciplinaire, le problème reste, pour leurs usages, leur dépendance d’une prescription des enseignants aux étudiants. À part Unisciel , qui essaie de faire un mapping entre ressources proposées et unités d’enseignement des formations, la plupart des environnements numériques de travail s’adressent à un public d’enseignants. Et les modèles payants d’UNT évoluent vers le gratuit.

Où en est-on de la promesse de Valérie Pécresse de rendre 100 % des documents de cours disponibles pour 100 % des étudiants ?

Si 80 % des enseignants ont déposé leurs cours sur une plateforme, ces documents sont pour la plupart conçus pour les cours en présentiel. Le problème est le coût de l’intégration de leur usage pédagogique : comment filmer le tableau dans l’amphi, chapitrer le cours… En finançant le Wi-Fi et les podcasts, le ministère a forcé les établissements à se positionner en homogénéisant les installations entre eux. Il faut aussi penser ensuite à installer des prises électriques pour les ordinateurs portables des étudiants… et penser les usages. On sait depuis la pandémie de grippe A q span style="FONT-FAMILY: Arial; COLOR: navy; FONT-SIZE: 10pt">u’on ne peut pas faire de l’enseignement à distance du jour au lendemain, mais on peut maintenir un lien pédagogique, pas seulement en présentiel.


Propos recueillis par Fabienne Guimont | Publié le