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Patrice Brun, président de l'université Bordeaux 3 : "En cas de fusion, le risque pour notre université de SHS est plus que grand, il est mécanique"

Propos recueillis par Camille Stromboni
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Patrice Brun, président de l'université Bordeaux 3 : "En cas de fusion, le risque pour notre université de SHS est plus que grand, il est mécanique"
Au coeur de l'actualité en Aquitaine : le projet de fusion des universités bordelaises s'impose de plus en plus. Parmi les 4 universités, l’une a opposé une fin de non-recevoir à ce projet : Bordeaux 3 (arts, langues et sciences humaines). Patrice Brun , son président, s’explique sur EducPros.fr.

Quelle est votre position sur le projet de fusion des universités bordelaises ?

"Nous ne sommes absolument pas opposés au regroupement des universités ! Nous proposons un modèle fédéral, comme à Lyon"

Il ne s’agit pas seulement de ma position mais de celle de Bordeaux 3 : fin septembre 2010, les trois conseils de Bordeaux 3 ont voté contre ce projet. Nous ne sommes pas favorables à l’organisation institutionnelle prévue, c’est-à-dire au grand établissement.

Mais nous ne sommes absolument pas opposés au regroupement des universités ! Nous proposons un modèle fédéral, comme à Lyon, qui irait plus loin que le PRES actuel. Ce système permettrait une mise en commun plus forte des fonctions « support », de la recherche ou encore du service des relations internationales.

Lorsque Bordeaux 1 considère que le modèle fédéral est inenvisageable, l’idée est éliminée. Quand Bordeaux 3 estime que la fusion n’est pas viable : il ne se passe rien !

Pour quelles raisons êtes-vous contre cette fusion au sein d’un grand établissement ?

Tout d’abord je n’ai toujours pas de réponse à ma question initiale : « En quoi la gestion d’un grand établissement de 70.000 étudiants serait plus efficace que le système actuel ? ». L’expérience complexe de la fusion strasbourgeoise peut à ce titre inquiéter.

"Comme 90% des projets IDEX concernent Bordeaux 1 et 2, les universités de SHS ne peuvent servir que de pompes à postes aux filières de sciences dures"

Ensuite, le choix du statut de grand établissement, dérogatoire à la loi et donc à géométrie variable, me pose problème. Si l’on regarde les grands établissements existant dans le paysage universitaire : on trouve Paris Dauphine, et ce modèle ne convient pas à la définition que je me fais d’un établissement où le service public est essentiel.

Enfin, dernière raison : la mise en place de ce grand établissement va se faire en fonction des investissements d’avenirs. Des projets d’excellence où les universités s’engagent évidemment à mettre des moyens, notamment humains. Or, comme 90% des projets déposés dans l’IDEX concernent les laboratoires de Bordeaux 1 et Bordeaux 2 [en sciences dures donc répondant davantage aux critères des appels à projets du grand emprunt], les universités de "SHS" ne peuvent servir que de pompes à postes aux filières de sciences dures. En effet, lorsqu’il s’agira de calibrer les futurs postes d’enseignants-chercheurs par exemple, ce sera en fonction des projets d’excellence. Avec à terme bien sûr, un impact sur la carte des formations.

Le risque pour Bordeaux 3 est donc plus que grand, il est mécanique. Quelles que soient les garanties ajoutées, ce sera le conseil d’administration de cette structure qui pilotera.

N’est-ce pas un réflexe conservateur ?

"Nous avons toujours discuté d’un rapprochement. Il y a donc eu des réunions où a été envisagé ce grand établissement auxquelles je n'ai jamais été invité"

Tout d’abord je m’étais fait une religion de ne pas m’épancher dans les médias mais j’ai brisé cela devant les remarques de dénigrement très blessantes des universités voisines sur mon établissement. On tente de me faire passer pour un conservateur, mais tout démontre le contraire. Nous sommes passés de deux écoles doctorales à une seule, de onze UFR à trois avec une réforme interne. D’autres n’en ont jamais fait autant. L’immobilisme de Bordeaux 3, ça me fait vraiment sourire.

Pourquoi cette fusion est-elle plébiscitée par les autres universités bordelaises selon vous ?

Tout d’abord la fusion n’a jamais été évoquée jusqu’à la fin de l’été 2010. Par exemple lors des réunions du PRES, nous avons toujours discuté d’un rapprochement. Il y a donc eu des réunions où a été envisagé ce grand établissement auxquelles je n'ai jamais été invité.

"Ce qui rassemble les universités bordelaises est bien plus fort que ce qui nous divise"

Cette réflexion nouvelle provient de la volonté de deux universités, Bordeaux 1 et Bordeaux 2. A ce sujet, on confond deux choses : le pilotage des fonds liés aux investissements d’avenir et la gouvernance des établissements avec le devenir du PRES. Il faut rappeler qu’il n’y a aucune obligation de passer par une fusion pour obtenir les fonds du Grand Emprunt : il a toujours été dit que les investissements sont indépendants de la forme juridique choisie par les sites universitaires candidats. Le PRES bordelais a par exemple prévu un comité de pilotage de 7 personnes pour l’initiative d’excellence.

Sur ce point, nous sommes d'ailleurs tout à fait en accord, comme sur les dossiers essentiels. Ce qui rassemble les universités bordelaises est bien plus fort que ce qui nous divise.

SPECIAL Bordeaux : les acteurs de l'enseignement supérieur bordelais

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Propos recueillis par Camille Stromboni | Publié le

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