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Phlippe Watrelot : “Les universités doivent s’emparer de la question pédagogique”

Isabelle Dautresme
Publié le
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Philippe Watrelot
Philippe Watrelot est également professeur de sciences économiques au lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny-sur-Orge dans l'Essonne. // ©  Photo fournie par le témoin

Comment renforcer les liens entre enseignement secondaire et supérieur ? Pour Philippe Watrelot, ancien président du Crap-cahiers pédagogiques et formateur à l’Espé de Paris, tout passe par la pédagogie.

Taux d’échec important en licence, erreurs d’orientation… Le lycée prépare-t-il mal les élèves à la poursuite d’études supérieures ?

L’erreur à ne pas commettre serait de transformer le lycée en une propédeutique du supérieur. Certains en sont tentés, à travers notamment les programmes qu’ils souhaiteraient "plus proches" de ceux de l’enseignement supérieur.

Le lycée doit conserver sa spécificité et son autonomie. En revanche, je n’ai rien contre le fait qu’il y soit abordé, sous la forme d’initiation, des disciplines telles que le droit ou la psychologie. Ce sont des filières très demandées par les élèves après le bac, alors même qu’ils ne les connaissent pas.

Au-delà du contenu des enseignements, la question que nous, enseignants du secondaire, devons nous poser, c’est bien de savoir si nous préparons correctement nos élèves à la poursuite d’études supérieures. Les préparons-nous à travailler en autonomie, en groupe, à mener des travaux de recherche ? La réponse est non. Or, ce sont justement ces compétences qui leur permettront de réussir.

Partant du constat que le système éducatif est piloté par l’aval, autrement dit que c’est l’examen qui conditionne la formation, le bac doit-il évoluer, voire être abandonné ?

Puisque le bac est le premier grade universitaire, il doit évaluer les élèves sur leurs capacités à suivre un enseignement supérieur. Ce qui implique de revoir les modes d’évaluation. Il faudrait notamment accorder plus de place à l’oral et mesurer l’aptitude des élèves à mener des recherches et à argumenter.

On pourrait imaginer par exemple, des mini-soutenances, comme ce qui se fait en première avec les TPE. Ou bien encore que les élèves aient accès à Internet pendant les épreuves, à l’instar de ce qui se fait au Danemark. Je ne suis pas favorable à la suppression du bac. C’est un monument national. Mais il faut revoir en profondeur son architecture intérieure.

Comment alors améliorer la réussite en licence ?

Le point central, c’est la pédagogie. Il faut que les universités s’emparent de cette question. Certaines le font, mais elles sont minoritaires. Or, il y a urgence en la matière. Tant qu’un cours magistral sera mieux rémunéré qu’un TD, la pédagogie du "côte à côte" aura du mal à s’imposer face à la pédagogie frontale.

De la même manière, tant que la carrière d’un enseignant-chercheur sera déterminée par le nombre de publications et non par sa capacité à accompagner et faire réussir les étudiants, on ne parviendra pas à faire reculer l’échec en licence.

Dans l’acte de transmission, le prof est central. Il ne doit pas seulement transmettre un savoir, il doit aussi être à l’écoute de ses étudiants et s’assurer qu’ils suivent. Pour cela, il peut s’aider du numérique. Mais sans jamais perdre de vue que ce n’est qu’un outil, qui ne résoudra pas à lui tout seul la question de l’échec dans l’enseignement supérieur.

Par ailleurs, trop souvent encore, l’enseignant voit son métier uniquement sous l’angle du savoir académique. Cette tendance est renforcée par le fait que l’université est très cloisonnée alors même qu’elle aurait intérêt à davantage de transversalité et à encourager les échanges entre enseignants-chercheurs de différents départements.

Faut-il introduire une sélection à l’université, particulièrement pour les bacheliers professionnels ?

Si on part du principe que le bac est le premier grade universitaire, il n’y a aucune raison d’introduire une sélection à l’entrée à l’université. De toute façon, cette sélection existe déjà dans de nombreux cas. Quant aux bac pro, ils ont déjà leur filière : la STS. Mais pour que cette filière ne soit pas dévalorisée, il faudrait l’aligner sur la licence professionnelle en trois ans. Il faudrait également adapter la pédagogie à ce profil d’étudiants pour leur permettre de réussir.

Quant à l’idée du Cneser de mettre en place un conseil d’orientation pour ceux qui souhaitent poursuivre à l’université, elle me semble intéressante.


Isabelle Dautresme | Publié le

Vos commentaires (4)

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ylm.

Si on faisait exactement l'inverse de ce que propose M. Watrelot, on ne devrait pas être bien loin de ce qu'il faut faire.

Universitaire dépitée.

Cet auteur me semble avoir tout faux sur les remèdes à l'échec en licence : la capacité à travailler en groupe, à faire des recherches ? Mais ce n'est pas là le problème ! Etant enseignante en premier cycle du supérieur, je peux témoigner que c'est en grande partie la faiblesse des connaissances de base qui cause une bonne partie de l'échec. Nos étudiants sont extrêmement nombreux à arriver chez nous avec un niveau pitoyable en orthographe (il est habituel de trouver des formules comme "les chose paraisses clair" et pas que chez des dyslexiques ou alors 50% des étudiants le sont), en mathématiques (ils ne savent pas faire une règle de trois, pour calculer des taux de croissance par exemple), ils n'ont aucune méthodologie de la dissertation, lisent très peu et très lentement... Alors plutôt que de privilégier des pédagogies prétendument innovantes, il faudrait remettre les choses à plat et ne pas distribuer le bac comme des petits pains chauds à des étudiants qui iront inévitablement à l'échec (à la fac mais pas que...). Si le bac est le premier diplôme du supérieur, il ne devrait pas fonctionner comme une passoire et laisser penser que tout le monde peut faire des études supérieures (cf. les pourcentages de mentions pour la cuvée 2015, à croire que tous ces petits bacheliers sont des génies en puissance). Alors que parallèlement, il y a des métiers nécessaires, utiles, et qui recrutent, et pour lesquels un bac+3 est superflu...

Universitaire pédagogue.

Beaucoup de bons sentiments, mais aussi une méconnaissance profonde de l'université ! J'enseigne dans une fac où il n'y a aucun cours magistral. Tous les cours ont lieu en petits effectifs et sont interactifs, comme dans le secondaire. Notre taux d'échec est tout aussi élevé qu'ailleurs, car une partie importante de nos étudiants de première année ne voulaient pas être à l'université. Il s'agit de bacs pro et techno qui n'ont pas eu de place dans la filière de leurs choix. Ils ne sont pas préparés à l'université et ne sont pas motivés...car ils ne font pas ce qu'ils voulaient faire. Par ailleurs, le taux d'échec s'explique aussi par le grand nombre de faux étudiants qui ne sont là que pour la bourse. Le taux d'échec de l'université est donc structurel et n'a rien à voir avec la pédagogie !

Sirius.

Petit relevé des "perles" et contradictions de l'auteur. "L’erreur à ne pas commettre serait de transformer le lycée en une propédeutique du supérieur". Effectivement, il serait absurde de considérer que le lycée doit préparer à l'enseignement supérieur dans un pays où 88% des bacheliers poursuivent leurs études dans le supérieur… Cette remarque est suivie de "Puisque le bac est le premier grade universitaire, il doit évaluer les élèves sur leurs capacités à suivre un enseignement supérieur." Comprenne qui pourra la contradiction avec l'affirmation précédente. "Si on part du principe que le bac est le premier grade universitaire, il n’y a aucune raison d’introduire une sélection à l’entrée à l’université". Si on part d'un "principe", qui n'est qu'une tradition figée dans le droit, il y peu de chance de faire bouger les choses. "Tant qu’un cours magistral sera mieux rémunéré qu’un TD, la pédagogie du "côte à côte" aura du mal à s’imposer face à la pédagogie frontale." Là, c'est la méconnaissance de l'enseignement supérieur qui est à l'oeuvre. La proposition est absurde, tant au niveau individuel (le travail est incommensurable), qu'au niveau budgétaire (généraliser l'enseignement sous la forme de "TD" "côte à côte" serait multiplier par 5 à 10 le coût des enseignements universitaires). Le "Yaka" a toujours des partisans.