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Samuel Rufat (université Cergy-Pontoise) : "Le jeu vidéo est une référence culturelle parmi d'autres"

Florian Reynaud
Publié le
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Apprendre avec le jeu vidéo paraît de moins en moins saugrenu. De nombreux enseignants utilisent les loisirs vidéoludiques à des fins pédagogiques. Retour d’expérience avec Samuel Rufat, maître de conférences en géographie à l’université de Cergy-Pontoise. Il utilise régulièrement les "city-builders", ces jeux de gestion urbaine, dans le cadre de ses cours.

Samuel Rufat - Université Cergy-Pontoise - DR Pourquoi avez-vous recours aux jeux vidéo dans vos cours ?

Je ne propose pas aux étudiants de jouer en cours. J'utilise le jeu pour expliquer un certain nombre de modèles. L'avantage de Sim City - et d'autres « city builders » comme City Life de Montecristo -,  c'est qu'il a été codé à partir de modèles de géographie économique et de sociologie urbaine bien précis. Ces modèles se comportent bien mieux dans le jeu que dans la réalité, et c'est très utile pour les expliquer ou les critiquer. Par exemple, Sim City s'appuie sur une conception marchande de la ville, je peux utiliser le jeu pour expliquer la critique marxiste de cette logique.

Quel bilan dressez-vous de cette utilisation ?

Ce qui est frappant c'est que les étudiants sont beaucoup moins enthousiastes que l'on ne l'aurait imaginé. Ils ont des difficultés à faire la différence entre le jeu d'un côté, son scénario, ses objectifs, et de l'autre côté l'objectivation que le professeur peut en faire. En revanche, ils retiennent mieux certaines notions. Par exemple, quand on analyse certains modèles en urbanisme et en géographie, on réfléchit en termes de temporalité, celle-ci est plus facilement compréhensible par les étudiants qui ont travaillé avec un city builder. 

Est-il possible d'appliquer cette expérience à d'autres enseignements ? Avec d'autres jeux ?

Il n'y a pas vraiment de règles en la matière. Mais il vaut mieux ne pas centrer un cours autour du jeu. Le jeu vidéo est une référence culturelle parmi d'autres sur lesquelles l'enseignant peut appuyer sa pédagogie. Je conseille une utilisation ponctuelle et répétée de ces références plutôt que de passer une demi-journée dessus. Il faut préciser aux étudiants que jouer ne les rend pas intelligent, mais qu'ils ont tout intérêt à réfléchir quand ils jouent. Enfin, n'essayez pas de choisir le jeu idéal. Que l'enseignant prenne un jeu avec lequel il est à l'aise, c'est de celui-ci qu'il tirera le meilleur intérêt pédagogique. 


Florian Reynaud | Publié le

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