Yaële Aferiat (AFF) : "Le fundraising ? un petit plus dont on ne peut pas se passer..."

Propos recueillis par Cécile Peltier
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Yaele Aferiat - AFF // DR
Yaele Aferiat - AFF // DR
Directrice de l’AFF (Association française des fundraisers), Yaële Aferiat constate que la collecte de fonds progresse lentement dans le secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche. Alors qu'acquérir de nouvelles ressources est désormais une nécessité pour les établissements. Explications et perspectives.

"Environnement incertain, fusions, problèmes financiers...", vous dressez un portrait plutôt sombre de l'enseignement supérieur. Cette morosité rejaillit-elle sur le fundraising ?

La période n'est pas morose pour tout le monde. Ceux qui se sont donné les moyens financiers et humains en matière de fundraising enregistrent des résultats très satisfaisants. Ceux qui ne se sont pas structurés ou pour qui le simple fait d'avoir créé une fondation ou un outil de ­collecte suffit à faire affluer des fonds sont forcément déçus par les faibles résultats obtenus.

Qui sont ces "gagneurs" ?

Le "podium" n'a malheureusement presque pas bougé ces dernières années... On trouve dans le peloton de tête les grandes écoles qui ont commencé de longue date à collecter des fonds : ­Centrale Paris, Polytechnique, HEC, Supélec, l'IHES (Institut des hautes études scientifiques) et l'INSEAD – mais c'est un exemple un peu contre-productif dans la mesure où le fundraising fait partie de son ADN. Puis des fondations d'université comme ­Bordeaux, Strasbourg ou Cergy-Pontoise qui ­avancent bien : elles disposent d'équipes spécialisées, font preuve d'initiative... Les autres établissements ne constituent pas une masse homogène mais ont en commun un certain immobilisme. Le gros enjeu est l'implication des gouvernances d'établissement. Nous aimerions, à l'AFF, monter des initiatives ou des événements avec la Conférence des grandes écoles et la Conférence des présidents d'université mais elles ont tellement ­d'autres sujets à traiter que ce n'est pas leur priorité ; ils sont néanmoins partenaires de nos rencontres.

Les rapprochements entre établissements d'enseignement supérieur auront-ils un impact sur les politiques de fundraising ?

Le paysage est en plein bouleversement et difficile à décrypter. On espère que le fundraising va être impacté de manière positive par les rapprochements... En attendant, c'est la grande inconnue. Les fusions risquent de complexifier les choses. Que va-t-il, par exemple, advenir du gros travail ­initié par la fondation de Lyon 1 ? Le nouvel établissement va-t-il capitaliser sur cet acquis ?

Votre colloque avait cette année pour thème "le nouveau modèle économique de l'enseignement supérieur". Le fundraising serait-il le carburant de ce nouveau modèle ?

Un modèle économique, c'est un tout. Le fundraising ne va pas changer à lui seul le mode de financement de l'enseignement supérieur. Les fonds collectés ne vont pas faire tourner les universités ou les écoles, mais c'est un moyen d'améliorer l'accueil des étudiants à travers le financement de bourses, l'attrac­tivité de nos établissements à l'étranger... C'est un petit plus dont on ne peut pas se passer car ce modèle est déjà présent chez nos concurrents étrangers qui se donnent les moyens d'avoir des campus performants.

Notons aussi que le fundraising a des ­retombées très larges. Le président de l'université de Cergy-Pontoise a bien expliqué, lors de notre conférence en février, comment la réflexion menée par la fondation avait débouché sur la diversification actuelle de l'offre de formation. Même constat à Fondation Bordeaux Université où la casquette de l'innovation a été confiée au directeur de la Fondation.

HEC vient de recruter une responsable des legs. Cette pratique va-t-elle s'étendre ?

C'est souhaitable car les legs représentent un potentiel énorme et je ne vois pas pourquoi seule HEC aurait les moyens d'en profiter. Il ne s'agit pas forcément de recruter immédiatement (la fondation HEC a réfléchi un certain temps avant de se lancer) mais d'intégrer la problématique dans les messages de communication en direction des anciens. Les gens ne décident pas de léguer du jour au lendemain sans qu'il y ait un grand attachement. Les relations avec les alumni restent sous-exploitées en France. Beaucoup d'universités hésitent à s'y ­mettre, effrayées par le travail de reconstitution et de gestion de fichiers que cela représente. Mais il faut l'accepter ; c'est un travail de longue haleine.

L'AFF en chiffres
L'Association française des fundraisers comptait, en 2013, près de 700 adhérents. Ces professionnels du mécénat et de la collecte de fonds sont issus de secteurs aussi variés que la solidarité, la culture, la santé ou la recherche... En 2013, un quart d'entre eux venait de l'enseignement supérieur.
L'association revendique un taux de croissance de 20 % par an. Parmi les nouveaux adhérents, beaucoup de fundraisers venus des collectivités. Peu de nouvelles recrues, toutefois, dans l'enseignement supérieur : "Après une grosse croissance ces dernières années, les inscriptions ont tendance à se tasser", remarqueYaële Aferiat.
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Propos recueillis par Cécile Peltier | Publié le

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prof.

Qui sont ces "gagneurs" ? En français, on a le mot gagnant...

benghanem Saida.

je suis étudiante en 2 année doctorat (LMD) en génie des procédés pharmaceutique à l'université de Sétif, Algérie,j'ai besoin de faire un stage à langue durée (bourse) pour compléter mes études, et merci