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À quoi sert l’école si Google nous dit tout ?


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Etudiante - Ordinateur Portable
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Sur le site de "The Conversation France", Ibrar Bhatt, chercheur associé de l'université de Lancaster (Grande-Bretagne), estime que l'utilisation d'Internet par les étudiants leur donne de nouvelles compétences et fait émerger des contenus nouveaux grâce à la curation.

"Vous ne vous rappelez pas le nom des deux éléments que Marie Curie a découvert ? Ou qui a remporté les élections au Royaume-Uni en 1945 ? Ou encore à combien d’années-lumière le soleil se trouve de la terre ? C’est simple, demandez-le à Google.

Il suffit aujourd’hui de faire un clic sur sa souris ou de tapoter sur son smartphone pour avoir un accès permanent aux informations de toutes sortes. Cela a radicalement changé nos rapports avec les autres, mais aussi notre façon de nous informer ou même d'organiser notre vie.

Si tout se trouve en ligne, quel est donc l’intérêt à passer des années à apprendre à l’école et à l’université ?
Bientôt, peut-être, une fois que les enfants auront appris les rudiments de la lecture et de l’écriture, on peut imaginer qu’ils iront faire leur éducation sur Internet, avec des moteurs de recherche comme Google, à chaque fois qu’ils veulent savoir quelque chose.

Certains théoriciens de l’éducation britanniques ont fait valoir qu’on pourrait supprimer les enseignants, les salles de classe, les manuels scolaires et autres conférences et laisser simplement les étudiants chercher eux-mêmes leurs informations sur internet. Des idées qui remettent en question le système éducatif traditionnel, basé sur la transmission du savoir entre enseignant et élève. Bien sûr d’autres mettent en garde contre les dangers de cette nouvelle approche, en soulignant l’importance de l’enseignement et du contact humain.

Ce débat sur la place à donner à la recherche en ligne dans l’éducation n’est pas nouveau. Mais alors que l’on pense trop souvent aux façons de prévenir le plagiat ou la tricherie des étudiants quand ils s’en remettent aux tablettes ou smartphones, avec l’obsession de "l’authenticité" du cursus universitaire ou scolaire, nous omettons un élément déterminant.

Curateurs de contenu numérique

Dans la recherche que j’ai récemment conduite, en regardant notamment la façon dont les étudiants rédigent leurs travaux et devoirs, j’ai découvert en effet qu’il s’agissait souvent d’écrits empruntés à l’Internet, mais que cela n’est pas aussi négatif que nous pourrions le penser.

En réalité, grâce à l’utilisation prolifique du Web, les étudiants ont recours à un certain nombre de pratiques sophistiquées, pour à la fois rechercher, modifier et évaluer de façon critique les contenus qu’ils dénichent ainsi. Grâce à un examen attentif, minute par minute, de ces pratiques, j’ai pu conclure qu’ils produisent en fait de nouveaux contenus. Ceux-ci doivent être mieux compris puis intégrés dans de nouvelles formes d’enseignement et d’évaluation.

Ces nouvelles pratiques en ligne permettent notamment de rassembler une multitude d’informations à partir d’une multitude de sources, comme Google et les autres moteurs de recherche, dans ce que j’appelle une forme de 'curation du contenu numérique'.

Curation dans ce sens-là signifie que les étudiants utilisent un contenu déjà existant sur le web afin de produire de nouveaux contenus qui sont le produit d’une réflexion intellectuelle sur un thème ou un autre, créant ainsi une nouvelle expérience pour ceux qui lisent leurs travaux."

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The Conversation
The Conversation vient de lancer son site en français. Ce nouveau média veut "éclairer l'actualité" grâce à "une collaboration étroite" entre journalistes, universitaires et chercheurs. Il vit grâce aux financements d’institutions universitaires, de dons et de subventions. Ses membres fondateurs : la CPU, l’Institut universitaire de France, PSL, l'université Paris-Saclay,  l'université de Lorraine et  Sorbonne Paris Cité.

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Antoine Maréchal.

L'idée de la simplicité est tentante si l'on veux baisser le niveau général et au final manipuler les masses en leur retirant leur capacité de réfléchir par soi-même. En effet, Google et les autres sites internet proposent du contenu. La question est de savoir comment traiter ce contenu et aussi dans les cas où finalement le contenu n'y est pas, comment chercher alors? Je pense que se baser sur Google et consort, c'est renoncer à la curiosité, l'innovation et l'excellence ou en tout cas l'envie d'aller plus loin, ailleurs, différemment sans oublier le chemin parcouru. C'est peut-être au final risquer d'oublier le passer.

Olivier Ridoux.

"Vous ne vous rappelez pas le nom des deux éléments que Marie Curie a découvert ? Ou qui a remporté les élections au Royaume-Uni en 1945 ? Ou encore à combien d’années-lumière le soleil se trouve de la terre ? C'est vraiment ridicule de réduire l'éducation à un empilement de faits ! Google évidemment renforce cette tentation, mais que des éducateurs le confirment est franchement inquiétant. Mais ce qui est dramatique est que d'une certaine façon ils ont raison car certains ont déjà renoncé à l'éducation pour préférer l'empilement des faits, même présentés de façon absurde. Deux exemples : 1- Dans la doxa scientiste Jenner invente le principe de la vaccination, innoculation avant l'infection d'une version affaiblie d'un germe pour que le corps engendre des anti-corps, et l'applique à la variole, puis Pasteur l'applique à la rage. C'est super, nous avons là deux héros de la sciences, et les éducateurs sont contents. Mais là, ça se gâte, car on apprend vite que le vaccin de la rage s'applique après l'infection, ce qui a l'air de contredire l'idée de vaccination, et l'élève attentif ou curieux, ou celui qui s'aperçoit finalement qu'il pense trop, demande à son éducateur pourquoi cette contradiction, est-ce qu'il y a une explication ? Et l'éducateur selon mon expérience personnelle peut répondre qu'il ne sait pas, *qu'il n'y a jamais pensé !*, ou même renvoyer le curieux dans ses buts. Alors évidemment, dans ces conditions un boulevard s'ouvre pour Google, mais qui va dire aux élèves qu'il y a là une question à se poser ? Pas de question, pas de réponse, et Google ne sert à rien ! 2- Même scénario en histoire ! On parle de royaumes et d'empires, et la distinction semble tellement universelle qu'elle s'applique à toute la planète, empire de Chine, empire romain, royaume du Bénin, empire du Mali, royaume français, empire austro-hongrois, … Mais alors c'est quoi la définition d'un royaume, d'un empire ? Interrogation similaire, question similaire. Alors oui dans ces conditions, Google peut remplacer les éducateurs, mais qui va éduquer à poser des questions ?

FAURE GC.

d'accord avec votre conclusion, comment apprendre à (se) poser les bonnes questions!