L'adhocratie pédagogique, les nouvelles voies de la connaissance


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Le Techlab de Mines-Nancy pourrait s’enrichir d’une salle dédiée au travail en mode "projet", ainsi d’un espace de brainstorming/créativité.
L'Ecole des mines Nancy développe depuis cinq ans le concept de "Techlab", un espace dédié à la pédagogie par projet. // ©  Philippe Bohlinger
Appliquer au bon moment le bon outil pédagogique en fonction de l'exigence d'apprentissage. Marie Reine Boudarel, professeure, directrice des études de Mines Nancy, emprunte à la sociologie des organisations la notion d'adhocratie pour la dédier à la pédagogie.

Marie Reine BoudarelLa question de la transmission de la connaissance et de sa transformation en compétences est revisitée à l'aune des outils pédagogiques à disposition des enseignants et fait l'objet de nombreux articles.
Il convient, pour nous, de s'interroger sur l'adéquation du mode de transmission avec le besoin de l'étudiant en termes de niveau d'entrée et de connaissance/compétences attendu au niveau de sortie que cela soit pour une formation courte ou pour l'ensemble d'un cursus.

L'adhocratie pédagogique sur le modèle de l'adhocratie managériale

La construction pédagogique par briques successives d'apport de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être repose sur une alchimie de pratiques que nous nommons l'adhocratie pédagogique. De la même façon qu'Henry Mintzberg qualifie d'adhocratie managériale le modèle des entreprises en émergence nécessitant une adaptation permanente et souple, nous empruntons cette notion pour la dédier à la pédagogie en montrant la nécessité d'appliquer au bon moment le bon outil pédagogique en fonction de l'exigence d'apprentissage.

Enseigner repose sur la construction de scénarios, mais s'appuie également sur l'ajustement mutuel nécessairement évolutif. Il s'agit donc de combiner les outils, les moments pédagogiques, les évolutions des contenus et de les personnaliser en fonction du besoin de l'étudiant.

Les outils pédagogiques à la disposition des enseignants et des apprenants se sont multipliés avec l'avènement des technologies web. "Tout est en ligne" et cela pose inévitablement la question du rôle de l'enseignant qui se meut en chef d'orchestre de l'acquisition des savoirs et en coach de leur transformation en connaissance/compétences.

Il s'agit de combiner les outils, les moments pédagogiques, les évolutions des contenus et de les personnaliser en fonction du besoin de l'étudiant.

Par ailleurs les modalités diverses de la pédagogie active : pédagogie par le cas, pédagogie par projet, pédagogie par problème, pédagogie inversée, sont autant d'occasions d'appliquer les apports transmissifs à des situations concrètes de plus en plus proches de la pratique professionnelle. La réflexion sur le projet personnel et professionnel rend nécessaire enfin une proposition de parcours individualisés mobilisant outils et méthodes diversifiés.

L'adhocratie pédagogique s'appuie de ce fait sur une réflexion et une ingénierie pédagogique qui dépassent les modes et qui replacent réellement la question du processus d'apprentissage, qui consiste à franchir toutes les étapes depuis la découverte jusqu'à la maîtrise et donc à la distanciation. Et il semble opportun de s'interroger sur le bien-fondé des outils et des méthodes pour pouvoir les articuler au service des acquisitions des étudiants, en construisant des scénarios pédagogiques pertinents et adaptés.

Engager l'apprenant dans une dynamique d'autonomie

Transmettre la connaissance, c'est pour nous engager l'apprenant dans une dynamique d'autonomie qui lui permettra de compléter et de continuer à apprendre à l'issue d'une formation. Cette dynamique repose sur une combinaison d'outils en liaison étroite avec le niveau attendu. Les technologies sont en appui de cette pédagogie et non en substitution. La question n'est pas, par exemple, de supprimer ou non les amphis, mais de savoir quand il est opportun d'utiliser des moments de pédagogie transmissive. Quelle est la valeur ajoutée du partage de savoirs collectifs et de mise en distanciation grâce à l'enseignant, là est la vraie question.

La notion d'adhocratie prend tout son sens dans la nécessité […] d'adaptation à un public désireux de lieux de convivialité, d'espaces de liberté, mais tout aussi sensible et friand d'un cours "standard".

Dans les processus formatifs actuels, une place est donnée également à l'autoformation, à la formation par les pairs et à l'auto-évaluation qui sont des composantes de l'acquisition de maturité à la fois par rapport aux autres et par rapport à soi-même. L'étudiant fonctionne dans un monde ouvert, en dehors des cours il apprend de ses expériences associatives et de ses stages, et de la vie. Il introduit de la variété dans un cours et contribue ainsi à l'enrichir.

Enseigner, c'est partager des intelligences et les mettre en résonance, la notion d'adhocratie prend tout son sens dans la nécessité de souplesse et d'adaptation à un public désireux de lieux de convivialité, d'espaces de liberté, mais tout aussi sensible et friand d'un cours "standard" à condition qu'il soit attractif, porteur de sens et de passion. La combinaison des médias est une formidable occasion d'inventer de nouvelles modalités en prenant garde simplement à ne pas technologiser l'enseignement. L'échange interindividuel, parce qu'il est gage de coconstruction et de co-apprentissage, est le garant d'un enseignement "humain", c'est-à-dire permettant la discussion, la confrontation, la mise en distance et la créativité, et donnant la possibilité aux intelligences de coopérer.


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