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L’université debout face aux attentats


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L’université debout face aux attentats
Le hashtag #universitédebout se transforme en outil de rassemblement pour la minute de silence du 16 novembre.

Sur le site de "The Conversation France", Christian Delporte, professeur d'histoire contemporaine à l'université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, analyse l'irruption et la diffusion virale du mot-dièse #universitédebout sur Twitter au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris.

"Nous sommes unis. Nous sommes debout. Paris X". Dans la journée du 16 novembre, jour d'hommage aux victimes des attentats de Paris, un twittos – sans doute étudiant si l'on en juge par son profil –, poste un message qui fait écho aux milliers d'autres ponctués par le hashtag #universitédebout.

Fait inédit, l'initiative de ce mot-dièse ne revient pas à des utilisateurs ordinaires de Twitter, ni même à des étudiants bouleversés par la tragédie et en quête de mobilisation, mais à la très officielle Conférence des présidents d'universités (CPU) et, plus précisément encore, à son président, Jean-Loup Salzmann.

Le 14 novembre au matin, il signe un tweet avec ces quelques mots : "Paris Attentats. Université debout". Il y ajoute le hashtag #universitédebout et l'adresse du compte de l'établissement qu'il dirige, Paris 13. Très vite, le tweet est repris par le service de communication de l'université, le président de Cergy-Pontoise, François Germinet, puis de nombreux responsables et enseignants-chercheurs d'autres universités.

Le phénomène viral est en route, s'amplifiant le 15 novembre, atteignant son sommet le lendemain, jour de la minute de silence, où il touche de nombreux étudiants.

Amplifier le message

Le vendredi 13 novembre au soir, les universités franciliennes avaient déjà utilisé les réseaux sociaux pour informer les étudiants de la fermeture des établissements le lendemain, conformément à la mise en place de l'état d'urgence.

Mais l'initiative de Jean-Loup Salzmann est d'une autre nature. Il s'agit de "faire quelque chose", de répondre à l'immense émotion qui saisit la communauté universitaire, et, en quelque sorte, d'amplifier le message délivré, en janvier, après l'attentat contre "Charlie-Hebdo".

À l'époque, Alain Beretz, président de l'université de Strasbourg, déclarait : "Nous sommes concernés comme citoyens, mais aussi comme universitaires. Sans liberté, il n'y a pas d'université. L'université se caractérise par la liberté de penser, de chercher, d'enseigner, de publier. C'est aussi cela qu'on a voulu tuer à Charlie Hebdo." Alain Beretz est précisément l'un des premiers à relayer le hashtag #universitédebout.

On a tellement dit sur l'université, tellement glosé sur sa "crise" et son échec, tellement ironisé sur une armée de paresseux encadrés par des incapables !

Jeunesse fauchée

Mais, cette fois, c'est la jeunesse qui a été fauchée par le terrorisme. Contrairement à ce qui s'était passé dix mois plus tôt, ce n'est plus seulement l'opposition entre la connaissance et l'ignorance, la liberté de penser et l'obscurantisme, la démocratie et la violence barbare qui construit l'imaginaire commun, mais l'idée qu'on s'est attaqué à une façon d'être et à une manière de vivre, propres à la jeunesse, et singulièrement la jeunesse estudiantine.

"Génération Bataclan", titre "Libération", le 15 novembre.Dès le 14 novembre, les réseaux sociaux se sont mobilisés pour aider les parents et amis sans nouvelle de leurs proches. Diffusant le portrait des disparus, Twitter s'est transformé en chaîne de solidarité pour réunir des renseignements. Et puis, un à un, les appels ont cédé la place aux avis de décès.

Parmi les victimes se sont égrainés les visages et les noms d'étudiants et de professeurs assassinés par les terroristes, auxquels toute la communauté universitaire pouvait s'identifier. S'est allongée la longue liste des établissements en deuil : Paris 1, Paris 3, Paris 4, Marne-la-Vallée, l'Inalco, Montpellier, Bordeaux...

Réponse

Le 15 novembre, François Germinet poste : "Étudiants, vous êtes la réponse à ces atrocités". Au-delà de l'émotion, c'est désormais cette réponse qui doit se manifester par un élan collectif de la communauté universitaire.

On a tellement dit sur l'université, tellement glosé sur sa "crise" et son échec, tellement ironisé sur une armée de paresseux encadrés par des incapables ! Et combien d'articles sur ces jeunes désorientés, ne croyant en rien, ne pensant qu'à eux-mêmes !

La mobilisation du 16 janvier est une réponse, certes aux attentats et à la défense d'une certaine idée de l'humanité, mais aussi à l'image détestable qui colle au modèle universitaire jugé déliquescent.

Simple expression de l'émotion, le hashtag #universitédebout se transforme en outil de rassemblement : un à un, les établissements donnent rendez-vous pour la minute de silence du 16 novembre. Dès midi, de toutes les universités de France, sont postés des photos et des vidéos qui témoignent de mobilisations plus fortes qu'en janvier.

Fierté

En de nombreux lieux a retenti la Marseillaise. Le mot qui revient, alors, dans les messages écrits par les étudiants, est "fierté" : "On était plus de 3.000 étudiants réunis pour la minute de silence. Fière de ma fac" ; "Fière de ma fac ! Fière d'être française" ; "Fier de mon université, et fier de mon pays"... L'Université relève la tête.

Lire la suite sur "The Conversation"


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