Rapport Tambourin-Beylat : faut-il aller plus loin ?


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Quelques semaines après la publication du rapport Tambourin-Beylat "L’innovation. Un enjeu majeur pour la France", le cabinet de conseil en stratégie CMI revient, dans une tribune exclusive pour EducPros, sur quelques recommandations particulièrement importantes pour le développement de l’innovation et de la croissance en France.

"A partir d'un constat précis de l'état de la performance actuelle de la France, le rapport Tambourin-Beylat a soumis une série de propositions pour orienter le soutien au développement de l'innovation en France. Certaines d'entre elles nous semblent particulièrement décisives, au regard des enjeux que nous traitons dans le cadre de nos interventions dans l'enseignement supérieur, la recherche et, plus largement, les territoires.

Mettre en place un programme de grande ampleur pour l'apprentissage de l'entreprenariat dans l'enseignement supérieur

L'université et les écoles ont vocation à devenir des incubateurs à entrepreneurs en mettant en place des programmes formation adaptés.

Cet effort doit être, selon nous, porté conjointement avec les acteurs du monde socio-économique, les organismes de recherche et les structures de valorisation. Si les stages, contrats CIFRE, etc. sont pour les étudiants un point d'entrée privilégié vers le monde de l'entreprise, leur sensibilisation aux processus d'innovation, à la valorisation de la recherche et au transfert, doit débuter dès les études supérieures : formation à l'entreprenariat, projets d'innovation entreprises-étudiants, concours d'entreprenariat, chaires d'enseignement,...

Ces mesures doivent en effet permettre d'établir une véritable culture de l'entrepreunariat et de l'innovation en France, où la création de start up est vue comme une exception, alors qu'aux Etats-Unis c'est un débouché naturel d'un parcours universitaire. La Silicon Valley est née de l'entreprenariat autour de Stanford.

Focaliser les SATT sur la maturation

Cette recommandation encourage les SATT à centrer leur activité sur la maturation, impliquant en amont la sensibilisation des chercheurs à la culture du transfert et de l'innovation, la détection de projets présentant un fort potentiel de valorisation, un accompagnement professionnalisé jusqu'à leur transfert effectif.

Cet effort doit, selon nous, s'accompagner en aval d'un effort marqué sur le licensing, parent pauvre de la valorisation de la recherche en France, tant en termes de volumes de licences concédés que de revenus qui en sont issus : le ratio revenus issus des licences sur dépenses de R&D stagne entre 1 et 2% en France alors qu'il s'établit à plus de 3% au sein des établissements américains.

L'état des lieux de la valorisation en France appelle à une meilleure exploitation des résultats de la recherche, via les licences (exclusives et non exclusives) mais également via la création d'entreprises innovantes et de spin-offs.

Dans cette perspective, la question du recrutement des compétences adaptées du meilleur niveau (chargés de valorisation, « business développeurs »...), souvent acquises dans le cadre de doubles parcours public-privés reste critique, aussi bien en France qu'à l'étranger.

La sensibilisation [des jeunes] aux processus d'innovation, à la valorisation de la recherche et au transfert, doit débuter dès les études supérieures


Inciter les grands groupes et les grands établissements publics à s'impliquer dans l'émergence et la croissance des entreprises innovantes, en intégrant de nouvelles dimensions dans leur obligation de publication de RSE

Capitaliser sur la richesse française liée à la présence de grands groupes sur le territoire pour soutenir les PME constitue un objectif récurrent de politique publique. Si les pôles de compétitivité et l'impératif RSE(Responsabilité sociale de l'entreprise) sont en mesure de jouer un rôle pertinent, il restera marginal tant qu'une réelle dynamique de collaboration à l'échelle d'un territoire, au-delà des relations classiques de sous-traitance, n'est pas amorcée.

La présence de PME fortes et innovantes est une condition du maintien des grands groupes industriels sur un territoire. Le renforcement des PME par de nouveaux modes de mutualisation et de collaboration - entre elles et avec les grands groupes - (partage de ressources humaines à forte valeur ajoutée, investissements conjoints dans le champs de l'innovation, accès à des fonds de capital développement publics-privés fléchés, partenariats entre grand groupes et un collectif de PME pour développer de nouveaux espaces de marché par la relocalisation ou l'externalisation de certaines activités des grands groupes...), leur permet d'accéder à des espaces de marchés qui peuvent être estimés à 100 millions d'euros de chiffre d'affaires, marchés qui restent à l'heure actuelle sous-exploités en France, à la fois par les PME, souvent trop petites pour les appréhender, et par les Grands Groupes, peu focalisés sur cette échelle de marchés.

Aujourd'hui, 80% de l'innovation se fait dans 10% des endroits du monde, le plus souvent organisés géographiquement autour d'un nœud central.


Reconnaitre le rôle des écosystèmes d'innovation métropolitains comme points d'appui des stratégies régionales et la stratégie nationale d'innovation

Les métropoles disposent d'outils pour renforcer les stratégies d'innovation et les coopérations entre acteurs (maîtrise du foncier, capacité d'expérimentation, lieux collaboratifs d'innovation et de créativité, ...). La proximité géographique, si elle est « organisée », peut devenir un ferment puissant du bouillonnement des idées, de l'innovation ouverte, sans oublier le rôle des métropoles comme catalyseur de talents. Cela explique en partie le succès des plus grands clusters mondiaux. Aujourd'hui, 80% de l'innovation se fait dans 10% des endroits du monde, le plus souvent organisés géographiquement autour d'un nœud central. 20 écosystèmes territoriaux innovants produisent ainsi la majorité des idées qui seront ensuite mises sur le marché.

Par ailleurs, la gouvernance des écosystèmes territoriaux d'innovation et de croissance doit être repensée autour d'une véritable stratégie partagée entre collectivités territoriales et acteurs centraux de ces écosystèmes (acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche, entreprises, clusters et pôles de compétitivité, ...). Dans cette perspective, il nous semble impératif d'articuler les visions et dispositifs des différents niveaux institutionnels (Etat, Région, Département, Métropole) et de mettre en synergie les dynamiques de développement et d'innovation à l'œuvre. Par ailleurs, ces écosystèmes ne peuvent vivre sans une réelle dynamique bottom-up, un tissu social et entrepreneurial dense, une forte culture de l'innovation et de la collaboration et des volontés individuelles et collectives des acteurs à contribuer à leur développement. L'implication du monde économique dans la gouvernance de ces écosystèmes- tant sur le plan stratégique que financier - est donc clé."

Julie Koeltz, Directrice associée au sein du cabinet CMI en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche

CMI - Cabinet de conseil en stratégie

CMI est un cabinet de conseil en stratégie qui accompagne des décideurs du secteur privé et du secteur public. Au sein du secteur public, CMI intervient tout particulièrement dans les champs du développement économique, de la recherche, de l'enseignement supérieur et de l'innovation. Le cabinet a développé une expérience de plus de 30 ans sur les enjeux d'évolution, d'organisation et d'évaluation des politiques publiques à tous les niveaux institutionnels.

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