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Lancement d’un partenariat d’innovation pour expérimenter l’intelligence artificielle en classe

Marie-Caroline Missir
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Ce partenariat d'innovation propose de financer la phase de recherche et développement. Une façon de diminuer la prise de risque, pour les entreprises et start-up. // ©  JASON HENRY/The New York Times-REDUX-REA
Apprendre les mathématiques et le français grâce à l'intelligence artificielle. C'est l'objet d'un partenariat d'innovation lancé en juillet 2017 par le ministère de l'Éducation et la Caisse des dépôts. Le projet, qui s'adresse aux entreprises et start-up EdTech, doit permettre de faire émerger six solutions innovantes.

Le ministère de l'Éducation nationale cherche à expérimenter une solution pour apprendre les mathématiques et le français aux élèves de primaire... Mais cette solution n'existe pas." C'est en ces termes que Laurent Michel, directeur adjoint du programme "Économie numérique" au CGI (Commissariat général à l'investissement), a présenté en juillet 2017 le "partenariat d'innovation" lancé par le ministère de l'Éducation nationale avec la Caisse des dépôts, devant un parterre d'industriels et d'entrepreneurs du numérique éducatif.

L'objectif de cette initiative, financée à hauteur de 6 à 8 millions d'euros dans le cadre des Investissements d'avenir, est d'encourager le développement de solutions s'appuyant sur les techniques d'intelligence artificielle, pour faire évoluer l'apprentissage du français et des maths à l'école primaire (CP, CE1, CE2). Avec en ligne de mire, la possibilité donnée aux enseignants de personnaliser leur enseignement.

Un financement de la phase de R&D

Cette initiative entend répondre à deux principales difficultés rencontrées par les entreprises et les start-up EdTech dans leurs relations avec les pouvoirs publics : la capacité à toucher à grande échelle les enseignants et leurs classes ainsi que la prise de risque que représente le temps investi dans une procédure de marché public traditionnelle.

Il s'agit d'une démarche nouvelle, qui permet de construire un pont entre la recherche, l'innovation et l'acquisition par les pouvoirs publics.
(N. Turcat)

Par rapport à un appel d'offres classique, le partenariat d'innovation propose en effet de financer la phase de recherche et développement destinée à concevoir la solution la plus pertinente pour répondre aux besoins du ministère. S'ensuivra une phase de pré-industrialisation à travers une expérimentation dans certaines classes, avant l'acquisition de la solution par le ministère permettant un déploiement généralisé.

La ou les sociétés retenues dans le cadre de cette procédure conserveront, à terme, la propriété industrielle de leur solution. "Il s'agit d'une démarche nouvelle, qui permet de construire un pont entre la recherche, l'innovation et l'acquisition par les pouvoirs publics", insiste Nicolas Turcat, chef de service développement des usages numériques à la Caisse des dépôts.

Six projets sélectionnés

Quant aux critères privilégiés dans le choix de la solution, ils reposeront sur la qualité du consortium mobilisé (pédagogues, UX designer, chercheurs), les fondements scientifiques de la démarche ainsi que l'exigence éthique dans la protection des données des élèves et des enseignants. En revanche, le chiffre d'affaires de l'entreprise ne fait pas partie des critères étudiés. Les candidats retenus pour la phase de négociation et ayant obtenu une note satisfaisante seront indemnisés à hauteur de 12.000 euros.

L'avis d'appel public à la concurrence a été diffusé fin juillet 2017 et le dépôt des candidatures s'échelonnera d'octobre à décembre 2017. Au final, six projets seront retenus, trois en mathématiques et trois en français. De janvier à décembre 2018, trois phases d'expérimentation seront organisées dans les salles de classe pour les projets sélectionnés.

En janvier 2019, si ces expérimentations font leurs preuves, démarrera alors la pré-industrialisation des solutions, avant leur acquisition par le ministère pour quatre ans... et 2,5 millions d'élèves.


Marie-Caroline Missir | Publié le

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Don Quichotte.

Un peu perplexe toutefois... Il y a tant de besoins qui peuvent être comblés par des solutions peu coûteuses et l'imagination des enseignants. Pour peu qu'on les encourage dans leurs expérimentations, au lieu de les chapeauter et de leur apporter une solution toute faite venant du sommet de la pyramide. Donnons leur une bonne caisse à outils pédagogiques, souvent à base de logiciels et d'OS libres. Et les petits africains sans électricité, les populations nomades en France, les prisonniers... on pense à eux ou non ?

Eldove.

Que c'est triste de voir tous ces commentaires affligés alors que la France prend le bon wagon... Les partisans de l'immobilisme sont toujours les premiers à pleurer lorsque les classements européens font état de la régression linéaire de notre enseignement.

Judicaël Courant.

Si je comprends bien, l'État va financer à hauteur de plusieurs millions l'investissement R & D d'entreprises privées, sans en obtenir la propriété du résultat : à l'État les dépenses, à l'entreprise les recettes. Et que vont devenir les données d'apprentissage, fournies par les élèves et les profs ? Ces données valent de l'or. Vont-elles être simplement données à ces entreprises qui pourront ensuite revendre au prix fort ce qu'il en auront tirés, grâce à l'investissement du contribuable ? La recherche financée par les fonds publics devrait avoir des résultats publics. Par ailleurs, ce projet fait fortement penser à de l'enfumage : cette annonce ne va-t-elle pas faire oublier la question de la formation et de la rémunération des enseignants (indigne d'un pays développé). D'ailleurs, avant de rêver aux nouvelles technologies, l'Éducation Nationale devrait faire ce qu'il faut pour que toutes les écoles, les collèges et les lycées aient des salles informatique dignes de ce nom. Je ne parle pas là des moyens matériels mais des moyens humains (techniciens, ingénieurs systèmes). Un citoyen.

Luc Comeau-Montasse.

"En janvier 2019, si ces expérimentations font leurs preuves, démarrera alors la pré-industrialisation des solutions, avant leur acquisition par le ministère pour quatre ans... et 2,5 millions d'élèves." Et la fabrique de dyslexiques en masse sera en marche ! On voit déjà les résultats d'une uniformisation des pratiques qui n'a pas encore été informatisée. La matière vivante ne s'industrialise pas facilement. Croire qu'une intelligence artificielle pourra faire le travail fin d'un humain dans la relation d'apprentissage est bien un délire d'industriel connecté à des projets de premiers de la classe ayant toujours eu des bonnes notes et réussi aux concours. Rendez-vous en 2019. [il serait intéressant, pour ceux qui pilotent ce projet, de faire le bilan du projet Icub Ce robot enfant auquel l'équipe de Giorgio Metta ambitionnait il y a 10 ans de donner les capacités d'apprentissage d'un enfant de 2 ans (ramené depuis à 10 mois) Equipe qui n'est pas parvenu à ce jour à donner à sa mécanique les capacités d'apprentissage d'une mouche.]

Dillenbourg.

Alain, Dans les années 90, l'IA n'avait pas la puissance que les big data lui ont apportée. Aujourd'hui, les tuteurs intelligents (par ex. du CMU) qui ont démarré fin '90 produisent des résultats convaincants. Pas de miracle, mais des effets significatifs. .... Cent fois sur le métier, remettons notre votre ouvrage ! Un sceptique enthousiaste.

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