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La communauté scientifique appelle à marcher pour les sciences le 22 avril

Catherine de Coppet  |  Publié le

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La Marche pour les sciences aura lieu le 22 avril, dans de nombreux endroits du monde.
La Marche pour les sciences aura lieu le 22 avril, dans de nombreux endroits du monde. // © Capture d'écran

Le 22 avril 2017, se tiendra partout dans le monde la Marche pour les sciences. La France ne fait pas exception. L'initiative, née en février dernier, a reçu le soutien de nombreux organismes de recherche et universités. Son objectif ? Défendre la place de la science dans le débat public.

Tout a démarré en février par la mobilisation d'une poignée de personnes, parmi lesquelles des chercheurs. Réagissant à l'appel lancé aux États-Unis par les scientifiques, après l'élection de Donald Trump, pour promouvoir la science comme "pilier de la liberté humaine", ce petit groupe a réussi un premier pari : organiser l'édition française de la Marche pour les sciences le 22 avril 2017, à l'unisson des autres marches décidées dans le monde, et fédérer la communauté scientifique et universitaire derrière ce projet.

Alors que 20 défilés sont prévus dans toute la France, le mouvement compte, à ce jour, parmi ses soutiens, 20 organismes de recherche, 40 établissements d'enseignement supérieur, une cinquantaine de laboratoires de recherche et une vingtaine d'associations de médiation scientifique, sans parler d'une trentaine de communautés savantes.

cONTRE LE SCEPTICISME À L'égard de la science

"La mobilisation a été assez progressive, note Emmanuelle Perez-Tisserant, historienne, maîtresse de conférences à l'université Toulouse-Jean-Jaurès, et l'une des initiatrices de la marche française. Mais, actuellement, nous recevons entre cinq et dix soutiens par jour."

Après la création d'un compte Twitter, d'une page Facebook et d'un site web, la publication d'une tribune dans le journal "Le Monde", le 15 février dernier, a accéléré les choses : cinq jours plus tard, le CNRS, l'Inserm, l'Inra, l'Inria,  le CEA et la CURIF faisaient paraître un communiqué commun.

"Par ce communiqué, nous souhaitions donner rapidement un signal clair, souligne Philippe Mauguin, PDG de l'Inra. Il fallait alerter sur le risque que représente le scepticisme à l'égard de l'information scientifique, sur le danger des 'fake news'." "Il s'agit de défendre des valeurs, celles de l'indépendance de la recherche et de la libre circulation des connaissances et des chercheurs, mais aussi de faire le distinguo entre une information scientifique et une opinion", ajoute Anne Peyroche, directrice générale déléguée à la science du CNRS.

À l'origine du mouvement, les décisions et déclarations du président américain et de son entourage au sujet du réchauffement climatique avaient ému la communauté scientifique des États-Unis. "Niant le consensus scientifique autour de l'impact des activités humaines sur le réchauffement de la planète et la nécessité d'y remédier par des stratégies d'adaptation globales et aiguillées par des résultats scientifiques sûrs, les nouveaux pouvoirs en place cherchent à asservir le travail des agences scientifiques aux intérêts à court terme des grandes firmes industrielles", écrivent ainsi les initiateurs de la marche française. 

La date du 22 avril a précisément été choisie par les Américains parce qu'elle coïncide avec le "jour de la Terre", célébré pour la première fois en 1970 et qui marque la création, aux États-Unis, de l'EPA (Agence de protection de l'environnement).

recherche et société

Au-delà du sujet environnemental, fer de lance du mouvement, la marche se donne pour but de défendre la connaissance scientifique en général, qu'elle relève des sciences exactes ou des sciences humaines, et sa place dans une société démocratique. "À côté de l'attitude de Donald Trump, très inquiétante, le mouvement est parti de l'impression qu'en France les scientifiques ne sont pas si écoutés que cela, explique Emmanuelle Perez-Tisserant. Il y a beaucoup de choses à faire sur le rapport entre science et société en France, il faut une meilleure reconnaissance de la médiation scientifique, valoriser le travail des chercheurs, etc."

C'est aussi l'occasion pour la communauté scientifique française de rappeler les difficultés actuelles de la recherche. "Si la France a augmenté les moyens attribués à la recherche, ceux-ci ont majoritairement profité à la recherche privée, souligne Philippe Mauguin. Il n'y a pas eu d'effet d'entraînement pour le budget de la recherche publique, alors qu'elle constitue le socle de la démarche de construction des connaissances. Le temps long de la recherche n'est pas celui, plus court-termiste, de la politique."

L'idée est de faire prendre conscience à tous les citoyens du patrimoine commun que constitue la science, qui est au cœur de notre pacte démocratique.
(P. Mauguin)

un mouvement citoyen et ouvert

Pour autant, organisateurs et soutiens de la Marche pour les sciences française préviennent : l'initiative n'est pas "un mouvement de chercheurs pour les chercheurs", bien au contraire. "L'idée est de faire prendre conscience à tous les citoyens du patrimoine commun que constitue la science, qui est au cœur de notre pacte démocratique", détaille Philippe Mauguin. "Il n'y a pas de science française ! S'il y a de la science faite en France, la recherche est par essence internationale, pointe Anne Peyroche. C'est précisément cela qu'il faut défendre !"

En conséquence, même si des prises de parole sont prévues, à l'arrivée du cortège parisien notamment, aucun dirigeant ni scientifique de renom ne sera mis en avant dans le cortège. Sur la page Facebook de la marche parisienne, un Google doc a été mis à disposition de ceux qui souhaitent s'exprimer pendant la marche. De même, un appel aux médiateurs scientifiques a été lancé, pour animer des ateliers grand public, avant ou pendant les défilés.

Un choix renforcé par la proximité de l'échéance électorale, qui donne une tonalité particulière au mouvement en France. "Nous ne voulions pas tomber dans l'écueil de la campagne présidentielle, sachant que certains scientifiques ont pris position politiquement", souligne Emmanuelle Perez-Tisserant. "La marche n'est pas une démarche partisane, mais elle se double malgré tout d'un message politique, souligne Philippe Mauguin. La France et l'Europe ne sont pas à l'abri du populisme, synonyme d'un certain obscurantisme scientifique."

Catherine de Coppet  |  Publié le

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