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Médecine : fronde des étudiants du PluriPass à l'université d'Angers

Virginie Bertereau
Publié le
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Le lancement officiel de PluriPASS à l'université d'Angers
Les 750 étudiants primo-entrants craignent d'être désavantagés par rapport aux 550 redoublants. Réponse en juin. // ©  Virginie Bertereau

Et si le parcours PluriPass, qui a remplacé la Paces à l'université d'Angers à la rentrée 2015, n’était pas l’alternative adéquate ? Un semestre après le lancement de la plus ambitieuse des expérimentations, la grogne monte chez les 1.300 étudiants de la première promotion.

Ils se disent une "génération sacrifiée". "Ils", ce sont des étudiants du parcours PluriPass de la faculté de médecine d'Angers. Depuis septembre 2015, ils essuient les plâtres d'une expérimentation ambitieuse qui remplace la Paces (première année commune aux études de santé). Si le numerus clausus (300 places toutes filières confondues) ne bouge pas, le redoublement et les concours disparaissent.

Pour faire remonter leurs plaintes, les étudiants ont créé des forums et des groupes Facebook : un est commun à 650 membres de la promotion, un autre est dédié aux "bizuts".

Un numerus clausus en deux temps

Désormais, 75% des admis en deuxième année de médecine, odontologie, pharmacie et sage-femme seront recrutés au bout d'un an. La moitié d'entre eux – les mieux classés sur la base des examens écrits étalés de septembre à mai – passeront "d'office". L'autre moitié sera sélectionnée en juin par des oraux qui évalueront la construction de leur projet professionnel, leurs capacités de communication, de raisonnement sur des données scientifiques et un problème complexe. "Ils compteront pour la moitié de la note, ce qui est totalement nouveau", pointe Isabelle Richard, la doyenne de la faculté de médecine d'Angers.

Les 25% restants du numerus clausus seront attribués à l'issue d'un troisième semestre "de repêchage". Les étudiants recalés en santé se réorienteront, eux, sans perdre de temps.

Les compteurs à zéro pour le repêchage

Sur le papier, le projet, souvent cité en exemple pour diminuer l'échec en Paces, est séduisant. Mais, aujourd'hui, de nombreux primants (c'est-à-dire non redoublants) crient à l'injustice. Léa*, 18 ans, est déçue par la réforme. "Les 750 primo-entrants sont désavantagés par rapport aux 550 redoublants. Ils ne pourront pas prétendre à un deuxième numerus clausus "entier" comme en Paces, puisque seulement un quart des places seront accordées à l'issue du troisième semestre, dont les contours sont encore très flous", déplore-t-elle.

L'administration a prévu une réunion le 22 février 2016 afin d'éclairer les étudiants sur ce troisième semestre. "Les compteurs seront alors remis à zéro. Les étudiants auront un bloc d'enseignements en biologie et le choix entre un bloc biologie renforcé, un bloc physique-chimie-maths ou un bloc sciences humaines, avec des épreuves correspondantes", révèle Isabelle Richard.

Un système "inéquitable"

Chez les étudiants, la possibilité de choisir des options (anglais, psychologie de l'enfant, imagerie médicale numérique, santé au travail, sport...) fait également débat. "Elles demandent des temps de travail inégaux et seront notées différemment", avance "Cam".

Les cours à distance, en vidéo, qui prennent plus de temps que prévu dans l'emploi du temps, les périodes de révisions et de vacances réduites (notamment pour pouvoir caser les enseignements dirigés en petits groupes) ou les QCM (questionnaires à choix multiple), jugés trop peu nombreux pour évaluer la masse de connaissances, sont également controversés.

Science politique et économie au menu

En PluriPass, le programme est en effet conséquent. Aux traditionnels cours de sciences (chimie organique, chimie générale, physique, biologie moléculaire et cellulaire...) et de sciences humaines ont été ajoutés des enseignements plus atypiques en faculté de médecine : science politique, économie, droit européen, psychologie, etc. Des bases indispensables – mais suffisantes ? – à délivrer aux étudiants qui se réorienteront au quatrième semestre en deuxième année d'une autre licence... S'ils décrochent une place.

Dans le camp des redoublants, on trouve donc également des mécontents. Ceux-ci estiment que le programme s'est trop étoffé et les modalités d'évaluation ont trop changé pour leur offrir une réelle "deuxième chance". "Pour calculer les chances relatives des primants et des doublants, il faudra vraiment attendre le mois de juin. De même pour connaître les profils d'étudiants qui réussiront le mieux", temporise Isabelle Richard.

Une expérimentation généralisée ?

Malgré ces problèmes de lancement, PluriPass pourrait être adopté par d'autres facultés de médecine. "Des universités se sont déjà positionnées pour l'expérimenter à la rentrée 2017", confie Isabelle Richard. Lors de la Grande conférence de la santé, le 11 février 2016, le Premier ministre Manuel Valls a en effet annoncé une deuxième vague d'expérimentations.

En attendant, la doyenne de la faculté d'Angers prévoit de légères améliorations sur certains cours pour 2016-2017, mais pas de gros changements, car "il faut stabiliser le système et tirer des conclusions de cette année de transition particulière". Elle devrait néanmoins ouvrir le recrutement aux étudiants venus d'autres filières ou d'autres régions pour diversifier les profils des élèves.

*Le prénom a été changé à la demande du témoin.


Virginie Bertereau | Publié le

Vos commentaires (4)

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souad achour.

bonjour, ma fille passe son bac français cette année, j'aimerais l'inscritre à anger en medecine, j'aimerais savoir si le programme des math et phy sont à la portée ou c'est un programme prévu dans les autres écoles, quelqu'un pourra avoir la gentillesse de m'indiquer ce qu'on enseigne en première année en mayh surtout et physique, merci

Nathanael.

Bonjour, le niveau de maths est nul (il n'y en a pas) mais celui de physique est élevé. S'il y a des difficultés dans cette matière il est fortement déconseillé de s'inscrire en médecine. Cordialement

therese.

Rien à y comprendre. Ce n'est que du bachotage dont le but est d'élliminer ceux qui n'ont pas l'endurance….et si c'est si important de tester la motivation du futur professionnel médical (en soi une excellente idée!!) alors pourquoi ne pas faire passer d'oraux à tous les admis? Comment peut-on concevoir de donner un poids identique à une année de bourrage de crâne, avec des contenus souvent inadéquats, à quelques minutes d'oraux? puisqu'il s'agira de la moyenne entre le résultat de 9 mois de cours et 10 minutes d'oraux et si 2 étudiants sont ex-aequo, la note orale primera.

biotteau.

ce que je comprends surtout c'est que dans un système qui se veux plus objectif quand à la vocation et motivation des candidats (oral) sur leur choix, il n'en sera rien car l' étude paru ces derniers jour réalisé par la fac d’Angers montre que 70 % des candidat souhaite faire médecine , et que certainement après le classement du dernier semestre les plutôt bon moyen se voyant fichu pour médecine revirerons leur choix afin de se classer au pire en pharmacie et prendrons la place des candidats classés 150 place derrière eux qui eux n’ont qu'un rêve c'est de faire pharmacie.Seul possibilité pour éviter se drame avoir des enseignants et un doyen capable de prendre l'initiative de classer ses étudiants selon un premier choix et pas les laisser se reclasser selon leur résultats. soit réaliser un classement par choix dans la limite d'une note moyenne qui s' appuierais sur les étudiants pouvant accéder a l'oral, au vu de l'article précédent les 450 premiers par exemple. soyez courageux et arrêté la sélection du bachotage et privilégier celle de la vocation car mieux vaux un étudiant motivé a 14 de moyenne qu'une tête bien pleine j'men foutiste a 16 . a mediter

Catherine.

UBU est vraiment roi dans notre beau pays : pour résoudre un problème réel, (un taux d'échec monstrueux à l'issue de la PACES), on met en place des solutions délirantes : ajouter aux enseignements scientifiques des matières qui n'ont rien à voir avec le domaine de la médecine : économie, droit, science politique, afin de favoriser les réorientations des 80 % d'étudiants qui ne passeront pas en 2ème année. On croit rêver !... Evidemment, il ne faut surtout pas remettre en cause le sacro-saint TABOU de la sélection à l'entrée de l'université...

Jean-Michel.

Attention toutefois, Pluripass, comme la PACES, ce n'est pas QUE médecine !!! C'est d'ailleurs peut-être là qu'il faut chercher l'erreur (ENORME) qui conduit à autant d'échec. Mais qui a eu cette idée absurde de grouper les premières années de médecine (y compris odontologie), pharmacie, maïeutique et même de les étendre aux entrées en école de kinésithérapie et ergothérapie. Le tout avec ce foutu numerus clausus totalement inadapté aux besoins du pays. Les étudiants se trompent, l'erreur ce n'est pas PLURIPASS, c'est le numerus clausus beaucoup trop réduit, la première année commune aux études de santé (PACES) et que dire de l'impossibilité d'une réorientation vers les études de santé d'un étudiant ou d'un salarié d'une autre branche même très proche...

Jean-Michel.

Je ne comprend pas votre remarque sur la sélection à l'entrée de l'Université... puisque justement dans le cas de PACES/pluripass il y a sélection. Vu le nombre de candidats dans cette filière (comme dans d'autres : STAPS, Psycho...) il n'y a pas vraiment le choix. En revanche le mode concours, n'est certainement pas le meilleur choix. Mais ce qui est absurde c'est d'autoriser la sélection en début d'étude de médecine et de ne pas autoriser de sélection dans d'autres filières qui en aurait besoin...

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