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Palmarès 2018 : les écoles d'ingénieurs en mouvement

Laura Makary  |  Publié le

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Palmarès 2018 : les écoles d'ingénieurs en mouvement
En 2016, les filles représentent 28,5 % des ingénieurs. // © Cyril Entzmann / Divergence pour l'Etudiant

Les évolutions technologiques et numériques obligent les écoles d'ingénieurs à adapter sans cesse leurs formations, tandis que les besoins croissants des entreprises les poussent à capter de nouveaux profils d'étudiants. Le tout dans un contexte de fusion et de regroupements pour gagner en visibilité. Le point à l'occasion de la sortie du palmarès des écoles d'ingénieurs de l'Etudiant.

Diversifier le recrutement, c'est l'un des objectifs des écoles d'ingénieurs. Alors que la classe préparatoire est toujours considérée par le grand public comme la voie royale pour intégrer ces établissements, seuls 40 % des élèves en sont issus aujourd'hui. Pour coller à cette nouvelle réalité, l'Etudiant a mis en place un nouveau critère dans son palmarès 2018 : l'ouverture à de nouveaux publics. L'idée ? Donner "un bon point" à toutes les écoles d'ingénieurs tendant la main des profils d'élèves variés.

Plusieurs leviers peuvent être actionnés, à commencer par celui de la présence d'élèves boursiers. Ainsi, en 2015-2016, 34 % des étudiants en école d'ingénieurs reçoivent une bourse sur critères sociaux, d'après une étude de la Cdefi (Conférence des directeurs d'écoles françaises d'ingénieurs). En 2010-2011, ils étaient 28 % en comparaison, soit une belle progression en seulement quelques années.

Autre point important : l'apprentissage. Quand, en 2004, 19 écoles proposaient leur diplôme d'ingénieur en alternance, elles sont dorénavant plus de 130 à le faire. Et près de 15 % des ingénieurs obtiennent leur diplôme en ayant un statut d'apprenti. Si les bacheliers S demeurent le principal bassin de recrutement des écoles d'ingénieurs, celles-ci s'intéressent également à d'autres filières, notamment les bacs technologiques, à l'instar du bac STI2D (sciences et technologies industrielles et du développement durable), qui fournit un quart des élèves du Cesi, par exemple. Plusieurs écoles spécialisées, comme l'École supérieure du bois, sont également attirées par ces profils.

Un petit tiers de filles

Autre public à attirer : les filles. En 2016, elles représentent 28,5 % des ingénieurs. Un chiffre qui peut sembler faible, mais qui n'a pourtant cessé d'augmenter dans les dernières décennies. D'après l'association IESF (Ingénieurs et scientifiques de France), en comparaison, il n'y avait que 20 % d'élèves ingénieures en 1996, 15 % en 1986 et seulement 4 % en 1966.

Mais derrière cette moyenne se cachent de fortes disparités. Dans les écoles d'ingénieurs d'agroalimentaire ou de chimie, les filles sont nombreuses. À l'ENSTBB ou AgroSup Dijon, elles représentent plus de 70 % des effectifs. Résultat : dans la vie professionnelle, 45 % des ingénieurs de l'industrie alimentaire sont des ingénieures, également très présentes dans les secteurs de l'agriculture et de l'industrie pharmaceutique.

À l'inverse, elles se font rares dans le secteur de l'informatique et ne représentent que 9 % des effectifs de 3IL Limoges ou l'Epita, deux écoles d'informatique. Et à l'Isat, établissement spécialisé dans la mécanique et l'automobile, leur part tombe à 5 %.

Le poids croissant de l'international... et des matières non scientifiques

Mais les transformations des écoles d'ingénieurs ne se limitent pas qu'aux enjeux de recrutement, loin de là. Leurs formations évoluent elles aussi, pour mieux s'adapter aux besoins des entreprises. Le numérique prend une place croissante dans la formation des futurs ingénieurs, quel que soit le secteur, tout comme la dimension internationale.

Les écoles sont nombreuses à proposer de nouvelles langues vivantes et à les rendre obligatoires. À l'EEIGM ou aux Mines de Nancy, impossible d'y couper : les LV1 et LV2 ne sont pas facultatives. Et dans les écoles centrales, l'obtention du diplôme est conditionnée à un score de 850 au test du TOEIC.

Autre tendance à souligner : la présence de matières hors scientifiques, qui représentent souvent un tiers des cours. Et nombreuses sont les écoles d'ingénieurs proposant un double diplôme avec un établissement non scientifique, notamment celui d'ingénieur-manager. L'étudiant suit alors un double cursus, grâce à un partenariat avec une école de commerce. Et, à l'issue de quatre années d'études dans les deux établissements, il se voit remettre les diplômes d'ingénieur et du programme grande école de la business school partenaire.

C'est le cas à l'ENSGSI, école de Nancy spécialisée en génie des systèmes, qui propose un double diplôme avec l'ICN, école de commerce voisine. "Ce double diplôme permet de valoriser les deux compétences. Pour les entreprises, c'est un gros plus, l'insertion professionnelle est immédiate, avec des salaires d'embauche tournant autour de 50.000 euros annuels, contre 35.000 euros en moyenne", détaille Valérie Rault, enseignant-chercheur de l'école.

Ce double diplôme permet de valoriser les deux compétences. Pour les entreprises, c'est un gros plus.
(V. Rault)

Les élèves ingénieurs sont de plus en plus initiés à l'entrepreneuriat

À l'issue du cycle ingénieur, les nouveaux diplômés ont plusieurs choix : poursuivre leurs études, trouver un emploi ou créer leur entreprise. Cette dernière option les séduit de plus en plus. La preuve en chiffres : d'après la CGE (Conférence des grandes écoles), en 2016, 2,3 % des ingénieurs diplômés ont créé leur société. En comparaison, en 2013, ils n'étaient que 0,6 %.

Les écoles ont flairé cette appétence des élèves et agissent en conséquence, développant incubateurs et accélérateurs, afin d'aider étudiants et diplômés à se lancer dans de bonnes conditions. De plus en plus, les élèves ingénieurs sont initiés à l'entrepreneuriat dès le début de leur cursus dans la plupart des écoles. À l'Estia, dans le Pays basque, le taux de création d'entreprise après l'obtention du diplôme est de 5 %, un score élevé.

"Nous disposons d'un incubateur et de trois pépinières. Mais surtout, nous sensibilisons les étudiants dès la première année. Des modules et des ateliers thématiques leur sont aussi proposés par la suite", déclare Hélène Marty, responsable du service entrepreneuriat de l'Estia. Selon elle, cette tendance devrait se confirmer : "L'intérêt pour l'entrepreneuriat va continuer à croître. Aujourd'hui, la concrétisation reste faible. Nous plantons des graines, qui ne germent pas forcément tout de suite." Les jeunes ingénieurs n'ont donc pas fini d'innover.

Des fusions d'écoles pour gagner en visibilité

Au-delà de la formation, le paysage des écoles d'ingénieurs évolue. Les fusions et regroupements se sont accélérés ces dernières années. Avec un objectif : gagner en taille et en visibilité, en France et à l'international. Plusieurs fusions se sont achevées tout récemment : CentraleSupélec (Centrale Paris et Supélec), SIGMA Clermont (IFMA et ENSCCF), l'ENSIL-ENSCI à Limoges, IMT Atlantique (Mines Nantes et Télécom Bretagne), ou encore IMT Lille-Douai (Mines Douai et Télécom Lille).

De nouveaux projets ont été lancés plus récemment, comme la fusion de l'Efrei et de l'Egisetel, devenant l'Efrei Paris. "Les deux années de prépa intégrée, puis la première année de cycle ingénieur, seront communes à tous les élèves, qui se spécialiseront ensuite sur les deux années de master. Ils auront le choix entre 12 majeures, qui reprendront les thématiques des deux écoles", détaille Philippe Volle, directeur de l'enseignement du nouvel établissement, situé aux portes de Paris.

Autre rapprochement, celui de trois écoles lilloises, HEI, l'ISA et l'ISEN Lille, désormais gérées par une seule association, Yncréa Hauts-de-France. Explications de Jean-Marc Idoux, directeur général de cette structure : "Nous conservons les marques et spécificités des trois établissements. Mais pour les étudiants, ce rapprochement permet de démultiplier les parcours possibles et de privilégier le projet de chaque étudiant." Les écoles d'ingénieurs sont décidément sur tous les fronts.

Laura Makary  |  Publié le

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