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Quel bilan pour la Sorbonne à Abu Dhabi ?

Grégory Danel  |  Publié le

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Quel bilan pour la Sorbonne à Abu Dhabi ?

Deux ans après le lancement du projet Sorbonne-Abu Dhabi, Educpros fait le point sur la première exportation d’une université française à l’étranger. L’exemple de la Sorbonne semble faire aujourd’hui école puisque Lyon 2 et Paris-Dauphine projettent de créer des universités à Dubai et en Tunisie.

Deux rapports totalement déconnectés l’un de l’autre peuvent expliquer la philosophie et la réussite du projet d’implantation d’une antenne de la Sorbonne à Abu Dhabi, le plus grand état des Emirats arabes unis, inauguré en novembre 2006. Le premier rapport est « L’économie de l’immatériel » (2006) de Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet. Dans ce document, le PD-G de Publicis et l’actuel secrétaire d’Etat aux Affaires européennes encouragent l’université française à développer une politique de marque à l’international. Le second rapport est le fruit de récents travaux de la Banque mondiale. Ceux-ci dressent un constat catastrophique des systèmes éducatifs du monde arabe.  

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De ces analyses, de l’ambition « éducative et culturelle » des autorités émiraties, des milliards des pétro-dollards, des restrictions d’immigration post 11 septembre et de l’opportunisme du président de Paris 4, Jean-Robert Pitte, est née la « Sorbonne des sables ». 750 ans après que les premiers bâtiments de la Sorbonne aient été créés sur les pentes de la montagne Sainte-Geneviève, rive gauche à Paris.

Une bonne affaire

Aujourd’hui, deux ans après la signature de l’accord de coopération internationale entre Paris 4 et le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche des Émirats arabes unis, la Sorbonne-Abu Dhabi c’est avant tout une bonne affaire dont ne se cache pas absolument pas Daniel Balland, le directeur de l’antenne : « Abu Dhabi rapporte à la Sorbonne mais ne coûte rien ».  

La construction des bâtiments, leur entretien ne sont en effet pas à la charge de la vénérable institution. Si aujourd’hui l’université est toujours installée dans des locaux provisoires, la première tranche des bâtiments universitaires devrait être terminée à l’automne 2009. Viendront ensuite, les installations sportives, les résidences universitaires…  

Des droits d'inscription de 8 000 à 20 000 euros

Paris 4 prélève en revanche entre 10 et 20 % des droits d’inscriptions de ses étudiants du bout du monde. « Des sommes substantielles, surtout au vu du budget de Paris 4 », résume Daniel Balland. Et qui compensent très largement les heures supplémentaires des enseignants sorbonnards dont les cours en péninsule arabique n’entrent pas dans leurs obligations de service.  

Il est vrai que le montant des droits d’inscription à Abu Dhabi aurait le don de provoquer un arrêt cardiaque à n’importe quel syndicaliste étudiant français : 8 000 euros par an pour la remise à niveau en français, 12 000 euros pour un étudiant en Licence, 20 000 euros pour un master.  

Au vu de la manne financière, il n’est guère étonnant que l’antenne de la Sorbonne à Abu Dhabi n’ait pas été un sujet central des élections qui se sont achevées à Paris 4 le 19 février. Alors que l’accord de coopération avait provoqué quelques grincements de dents, aucune des deux listes « Excellences des Humanités » conduite Jean-Robert Pitte, ni « Avenir de la Sorbonne » menée par Georges Molinié ne remet en cause le projet. C’est tout juste si cette dernière souhaite « clarifier ses missions et son fonctionnement »…  

"Prestige de la langue française"

La Sorbonne jouit à Abu Dhabi d’une position originale sur le vaste marché de l’enseignement supérieur qu’est devenue la péninsule arabique. En concurrence avec les universités américaines, australiennes, anglaises et canadiennes, la Sorbonne a choisi de délivrer ses « humanités » en français. Un pari qui joue « sur le prestige de la langue française » et sur des matières qui ne servent pas à gagner (beaucoup) d’argent (1): « Les étudiants qui s’inscrivent chez nous sont issus des catégories supérieures de la société émiratie. Il y a chez eux le souci de se différencier de la masse des autres étudiants », affirme Daniel Balland. A la fin mars, la Sorbonne Abu-Dhabi accueillera entre 270 et 280 étudiants. 42 nationalités y sont d’ores et déjà représentées.

Mais si l’université devrait profiter du déclin de Beyrouth et de l’université Saint-Joseph pour incarner le symbole de l’enseignement francophone dans le monde arabe, elle n’est plus tout à fait seule sur la « niche » des humanités francophones. Lyon 2 s’installe, elle aussi, tout frais payés chez le voisin dubaïote. Une concurrence qui devrait saturer le marché universitaire de la francophilie dans cette partie du monde.  

(1) archéologie et histoire de l'art, droit et sciences politiques, géographie et aménagement, histoire, langues et affaires, lettres modernes, musique et musicologie, philosophie.

Grégory Danel  |  Publié le

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