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Saclay : la Cour des comptes pointe "l'absence de stratégie d'ensemble"

Laura Makary
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Saclay - le plateau du Moulon © Philippe Guignard
L'État participe aux projets d'enseignement supérieur et de recherche de Paris-Saclay pour un montant total estimé à 684 millions d'euros. // ©  Philippe Guignard
Dans son rapport annuel, publié le 8 février 2017, la Cour des comptes craint que "le projet Saclay ne se dilue et ne se résume finalement qu'à un rapprochement géographique". Le tout alors que les moyens engagés dépassent les 5 milliards d'euros.

"Déterminer rapidement un mode d'organisation permettant d'atteindre l'objectif de création d'une université de rang mondial." C'est la principale recommandation énoncée par la Cour des comptes, dans un rapport sur l'Université Paris-Saclay, rendu public le 8 février 2017. 

La juridiction de la rue Cambon adresse deux conseils à l'État : "désigner un responsable interministériel du projet Paris-Saclay" et "établir une programmation prévisionnelle des financements correspondant aux besoins identifiés, afin d'en vérifier régulièrement la soutenabilité".  Pour la Cour, "l'État s'est lancé dans le projet très ambitieux de Paris-Saclay sans avoir au préalable défini clairement les moyens permettant de le réaliser".

un "chiffrage incertain" malgré "un afflux de fonds publics"

Dans une partie titrée "Des financements massifs, des besoins mal évalués", la Cour des comptes revient ainsi sur "l'afflux de fonds publics" vers le projet de Paris-Saclay. "L'État participe aux projets d'enseignement supérieur et de recherche de Paris-Saclay pour un montant total estimé à 684 millions d'euros. Il finance également les opérations d'aménagement dans leur ensemble, soit 2,624 milliards d'euros pour le volet immobilier et 1,954 milliard pour le volet consacré aux transports, ligne 18 du métro incluse", détaille le rapport. Il précise que "le montant total des financements publics prévus pour le projet Paris-Saclay, qui comprend des crédits déjà engagés, est estimé par la Cour à 5,262 milliards d'euros".

L'État s'est lancé dans le projet très ambitieux de Paris-Saclay sans avoir au préalable défini clairement les moyens permettant de le réaliser.

Malgré ces sommes importantes, la Cour estime le chiffrage "incertain et peu transparent". En cause : "Bien que la direction du budget ait tenté d'établir un chiffrage global, aucun service n'est chargé de suivre l'ensemble des financements, si bien que l'exhaustivité du montant indiqué ne peut être assurée."

La Cour ajoute que le "coût final de l'opération globale augmente au fur et à mesure des décalages de calendrier". "Entre juillet 2011 et septembre 2016, le coût des projets de l'École centrale Paris, d'Agro ParisTech et de l'Institut Mines-Télécom est passé de 554 millions à 648 millions d'euros, augmentant de plus de 17 %. Cette progression n'est pas due à un dérapage du coût des projets, mais à l'omission initiale d'une partie d'entre eux", conclut l'institution. Malgré tout, avec les déménagements déjà réalisés, un retour en arrière semble impossible pour la rue Cambon.

une absence de stratégie globale

La rue Cambon pointe encore "l'absence de stratégie et de gouvernance d'ensemble". Le rapport rapelle tout d'abord "les échecs successifs de l'initiative d'excellence", "lors de la première vague de sélection de 2011", justement à cause de la question de la gouvernance, puis la période probatoire décidée par le jury de l'Idex, portée à dix-huit mois par le gouvernement.

La Cour estime notamment que le projet Saclay "a souffert dès son lancement d'une absence de stratégie globale". "Aucune structure de décision ne réunit de manière opérationnelle l'ensemble des parties prenantes du projet", complète le rapport, citant l'État, la fondation, la Comue, l'établissement public d'aménagement, les collectivités territoriales et les acteurs économiques.

Deux modèles "qui s'opposent" au sein de la Comue

Autre point relevé par le rapport : le modèle d'université, qui est "encore à définir". La Cour des comptes estime que la présence de la Comue dans le classement de Shanghai reste "incertaine", car cela ne pourra "devenir réalité que si tous les membres acceptent de renoncer à être classés individuellement". Une condition non remplie selon la Cour.

Derrière cette question "s'opposent au sein de la Comue" deux visions de Saclay : d'un côté, celle d'une université unifiée, "de l'autre, celle poursuivie par la plupart des membres de l'ancien Pres ParisTech, avec pour chef de file l'École polytechnique, qui craignent de diluer leur réputation d'excellence dans une université encore sans renommée et peu sélective", pointe le rapport. Deux visions que l'afflux de fonds publics n'a pas réussi à faire concorder.

Évolution du nombre d'étudiants sur le campus de Saclay
En 2016 : 44.600 étudiants sur le plateau, dont 17.600 à l'UVSQ, 16.000 à Paris-Sud, 5.000 à HEC et 2.900 à l'X.
En 2017 : 47.660, avec l'arrivée de l'École centrale de Paris (désormais CentraleSupélec) et de l'Ensae ParisTech. 
En 2018 : 49.290, avec l'installation de l'ENS Paris-Saclay.
En 2019 : 51.450, avec l'Institut Mines-Télécom.
En 2020 : 53.680, avec Agro ParisTech

Laura Makary | Publié le

Vos commentaires (3)

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Martine.

Cela me semble une bonne illustration d'une démarche qui veut unifier l'université et les écoles, sans reconnaître que l'on peut accepter d'être sélectif et autonome sur certains programmes des l'entrée, ouvert et sélectif progressivement sur d'autres. Également accepter l'autonomie et la subsidiarite des écoles, revoir la gouvernance des universités pour l'aligner sur celles des universités mondiales, définir une stratégie de recherche globales, etc.. tout ce que nos structures et instances de décisions ESR refusent au plan national.

Frida.

Ne jamais sous-estimer la frustration générée par 2/3 années de prépa et la rente à vie à rentabiliser pour nos X-(wo)men

Clément.

Le plus instructif dans tout cela, ce sont les réponses respectives des Président-e-s de l'X et de Paris-Sud (consultables en fin du rapport de la Cour des comptes). Rien de nouveau sur le Plateau : on campe bien sur ses positions des deux côtés, et l'université intégrée n'est pas près de voir le jour. Au bout du compte on pourrait aboutir à une structuration autour de 2 entités bien distinctes : Paris-Sud/ENS/CentraleSupélec/UVSQ d'un côté, et X/ENSTA/Agro/Télécom de l'autre. Mais comment va-t-on se partager la manne de l'IDEX entre ces 2 pôles ? Faut-il prévoir une guerre sur le Plateau pour 2020 ? N'y aurait-il pas plutôt moyen de mettre en place un collegium d'Écoles, qui serait interne à l'université, mais conserverait une personnalité juridique ? Ainsi les Écoles seraient toujours maitresses de leur budget ainsi que des modalités de sélection de leurs étudiants. Il me semble que c'est ce qui a été fait à Nancy, avec l'Université de Lorraine qui englobe l'INP Lorraine. Si ça marche ailleurs, pourquoi pas à Saclay ? Je crois que c'est aussi un schéma de ce type qui est prévu à Nantes. En tout cas, après 2 ans d'existence l'Université Paris-Saclay ressemble toujours à une coquille vide, malgré les gros efforts de communication. Quand ça veut pas...

Frida.

Déficit commercial : 48 Mds. Comment croire que nos polytechniciens allaient réussir un projet pareil ?

Fedon.

Pourquoi attribuez-vous le déficit commercial aux seuls polytechniciens? Au niveau public, très peu sont ou ont été ministres, très peu sont ou ont été membres du parlement (députés ou sénateurs), très peu sont ou ont été dirigeants d'exécutifs majeurs (présidents de région, de départements ou maires de grandes villes). Quant au niveau économique, l'Ecole polytechnique est numéro 4 dans le classement Mondial des meilleures universités pour la formation de chefs d’entreprises. Je vous rejoins sur un point; beaucoup d'encre versée sur l'organisation, les budgets, les stratégies marketing, ... mais rien - ou presque - sur les élèves ou les étudiants qui passeront par ces filières, ce qu'ils devront apprendre et la manière de les former en initial et tout au long de leur vie, alors que l'écosystème de la formation évolue à grands pas, et que commence à émerger des menaces majeures pour notre propre système national.

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