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Sélection à l'entrée de l'université : les doyens planchent sur les prérequis

Natacha Lefauconnier, Aurore Abdoul-Maninroudine
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Université Versailles Saint Quentin en Yvelines, faculté de droit et sciences politiques
À quoi ressembleront les prérequis à l'entrée des licences ? Cinq doyens répondent à la question. // ©  Christian Lauté / UVSQ
Alors que la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, Frédérique Vidal, a annoncé la mise en place de prérequis à l'entrée des licences, des doyens réfléchissent à des dispositifs. Loin de plébisciter une sélection généralisée, ils détaillent un large éventail des possibles.

À la rentrée 2018, le tirage au sort à l'entrée des licences ne devrait être qu'"un mauvais souvenir". C'est du moins ce qu'espère Frédérique Vidal, la nouvelle ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, qui a annoncé qu'elle ne serait pas la ministre qui "pérennise[rait]" cette pratique "ni efficace, ni juste". 

Dans cette perspective, un système de prérequis devrait être expérimenté dans certaines filières. Système qui soulève de nombreuses interrogations : quelles licences pourraient être touchées, en quoi consisteront ces prérequis, et surtout seront-ils "indicatifs" ou "coercitifs" ?

Il y a urgence : pour que la session 2018 d'Admission postbac puisse être paramétrée conformément aux décisions prises par le ministère, ce dernier devra trancher d'ici au début de l'automne.

Alors que plusieurs conférences de doyens (Staps, droit...) se réunissent la semaine du 19 juin 2017 pour évoquer le sujet, EducPros leur a demandé leur avis.

Djillali Annane, doyen de l'UFR des sciences de la santé de l'UVSQ (université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines)

"Sur la question des prérequis, il n'y a pas de consensus chez les doyens de médecine. La moitié se montre plutôt favorable à une forme de sélection à l'entrée, en établissant des critères qui élimineraient d'emblée une partie des candidats à la Paces (Première année commune aux études de santé). Une option qui nécessiterait une modification de la réglementation.

Ce n'est pas du tout la position que je défends. Cela ajouterait un second niveau de sélection, en plus du concours en fin de Paces. Or, nous avons besoin de former des médecins et d'éviter que les étudiants partent se former à l'étranger.

Par ailleurs, instaurer des prérequis pose la question du type de médecins que l'on veut former en France. Il n'est pas certain que les bacheliers scientifiques mention très bien soient les meilleurs praticiens. D'autres filières sont intéressantes, même si, aujourd'hui, le concours est conçu de manière à filtrer les meilleurs profils scientifiques.

Avec les outils modernes, pourquoi continuer à entasser des étudiants en amphithéâtre ?

Je pense, comme l'autre moitié des doyens, qu'il vaut mieux jouer sur la notion de capacité d'accueil des universités. En Paces, elle est évaluée sur le nombre de places dans les amphithéâtres. Avec les outils modernes, pourquoi continuer à y entasser des étudiants et leur faire cours dans un brouhaha ?

À l'UVSQ, pour l'année universitaire 2017-2018, nous allons mettre en place une dématérialisation complète de certaines matières du second semestre. Concrètement, le temps en présentiel se fera en petits groupes et sera consacré à des exercices, à des questions aux enseignants et à des tests de connaissances. Si l'expérimentation est concluante, elle sera mise en place dès le premier semestre de la rentrée 2018

Il faudra alors que le numerus clausus évolue proportionnellement au nombre d'étudiants formés, puisqu'ils seront plus nombreux. Pas question de les pénaliser."

Philippe Saltel, ancien président de la CDUL (conférence des doyens et directeurs des UFR de lettres, langues, arts et SHS) et doyen à l'université Grenoble-Alpes

"Si les prérequis sont indicatifs, leur mise en place ne conduira pas obligatoirement à une sélection des étudiants. On peut tout à fait imaginer que l'université délivre un avis, favorable ou défavorable, sur les vœux d'orientation des étudiants. Le logiciel d'Admission postbac pourrait prendre en compte les notes du contrôle continu et, dans un second temps, les notes au bac pour délivrer cet avis.

Les prérequis pourraient être indicatifs et l'université pourrait délivrer un avis, favorable ou défavorable.

En cas d'avis défavorable, l'étudiant pourra tout de même s'inscrire mais devra savoir à quoi il s'engage : un contrat pédagogique pourrait être signé et corrélé à une forme de remédiation. La licence pourrait se faire en quatre ans, avec un accompagnement spécifique. L'étudiant devra avoir conscience qu'obtenir sa licence lui demandera du temps et des efforts supplémentaires.

Cette option me semble bien plus réaliste que d'organiser des cours d'été – d'ailleurs, qui les donnerait ? Tous les enseignants étant alors en vacances – ou de créer des années de remédiation qui pourraient stigmatiser certains étudiants.

Pour les licences sous tension, en revanche, cet avis pourrait être contraignant. Dans tous les cas, la sélection généralisée n'est pas la solution. Il faut laisser sa chance à la vie, et donc à nos jeunes."

Didier Delignières, président de la C3D (Conférence des directeurs d’UFR STAPS) et doyen à l'université de Montpellier

"Nous allons discuter de la mise en place éventuelle de prérequis, puisque c'est la piste envisagée par le ministère pour l'avenir. Nous y sommes complètement favorables : cela éviterait que des étudiants dont la filière Staps était un projet de longue date ne se retrouvent éjectés par un tirage au sort. Cette situation est insupportable.

Nous ne sommes pas favorables à des prérequis liés à la 'série du bac'.

Mais nous ne sommes cependant pas favorables à des prérequis liés à la 'série du bac'. Même si les profils scientifiques réussissent mieux en Staps, nous pensons que nous avons aussi une mission sociétale : celle de permettre la réussite de tous les bacheliers. Nous envisageons plutôt des prérequis sur une trajectoire sportive – et non des performances, comme les notes en EPS (éducation physique et sportive). Un jeune inscrit depuis dix ans dans un club sportif, qui aura pris des responsabilités, qui sera jeune arbitre ou entraîneur, impliqué dans la vie associative, devrait avoir des chances d'être pris, qu'il soit titulaire d'un bac scientifique ou d'un bac technologique.

Je doute que ces prérequis puissent être mis en place dès 2018 en Staps, car cela demande beaucoup de changements dans le paramétrage d'APB."

Sandrine Clavel, présidente de la conférence des doyens de droit et doyenne à l'UVSQ (université Versailles-Saint-Quentin-en Yvelines)

"Quand on dit 'prérequis', il est difficile de ne pas penser à une sélection. La question est de savoir si nous voulons reproduire le modèle de sélection des grandes écoles ou si nous voulons créer autre chose.

Si chaque composante ne veut prendre que les meilleurs élèves, que fera-t-on des autres ?

À cet égard, et à titre personnel, je m'interroge sur la pertinence des prérequis, qui soulèvent de nombreuses difficultés pratiques. Il sera, en particulier, très difficile d'effectuer un tri dans la grande masse des bacheliers généralistes. Si chaque composante ne veut prendre que les meilleurs élèves, que fera-t-on des autres ? Et quelles matières du baccalauréat devra-t-on regarder ? Le français, l'histoire, la philosophie, ou encore les mathématiques, qui sont très utiles dans la préparation au raisonnement juridique ?

Chaque année, nous accueillons des bacheliers généralistes ayant obtenu leur bac avec des notes très moyennes mais qui réussissent en licence. Il faut leur laisser une chance.

Autre question : si une sélection sur dossier était mise en place, qui s'occupera de traiter les dossiers sachant que nous souffrons d'un sous-encadrement chronique en droit, avec un enseignant-chercheur pour 66 étudiants ?

Les bacheliers technologiques et professionnels constituent, en revanche, un cas particulier, avec un taux de réussite en licence autour de 0,33 %. Pour eux, on pourrait inverser le principe d'accès à l'université : ils n'auraient pas accès a priori aux licences sauf s'ils en font la demande expresse. Leur dossier serait alors examiné par une commission pédagogique."

Yves Bertrand, président de la CDUS (Conférence des doyens et directeurs des UFR scientifiques) et doyen de l'UFR de sciences à l'université de Poitiers

"Les doyens de sciences sont, dans une large majorité, favorables à l'instauration de prérequis. Mais contrairement au système de recrutement privilégié par les écoles d'ingénieurs, il n'est pas question de classer les candidats.

La CDUS penche pour un traitement différencié, selon la série du baccalauréat.

La CDUS penche pour un traitement différencié, selon la série du baccalauréat. Tous les bacheliers scientifiques devraient pouvoir rentrer de plein droit dans une licence de sciences, quel que soit leur niveau. Pour les bacheliers L, ES et technologiques, les dossiers de candidatures seraient examinées au cas par cas par une commission pédagogique. À l'exception, peut-être, des profils STI2D, qui pourraient éventuellement avoir un accès de plein droit.

Dernier cas, celui des bacheliers professionnels, dont le taux de réussite est de moins de 1 % : il n'est pas raisonnable d'espérer rattraper trois ans de physique-chimie... Seuls quelques candidats de filière professionnelle ayant suivi un parcours d'excellence – avec des enseignements complémentaires au lycée – pourraient y être éligibles. Ils pourraient alors suivre une année de rattrapage, l'année 'zéro' que proposent déjà certaines universités, avant de poursuivre dans le cycle classique de licence... à condition d'avoir réussi l'examen de fin d'année."


Natacha Lefauconnier, Aurore Abdoul-Maninroudine | Publié le

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Florent.

Il faut surtout pas de sélection à l'université . D'ailleurs cette sélection est interdite ce gouvernement se croit tout permis , déjà il y'a n'a qui ont bossé dure pour avoir le bac et ont leur imposera une sélection en plus c'est scandaleux tout les bacheliers doivent être admis à l'université il s'agit de liberté d'étudier qui est fondamentale et pas la liberté des universités de sélectionner. Ce gouvernement fait tout pour ruiner les etudiant .

Ben.

Je comprends ce désir d'égalité d'opportunités. C'est une bonne chose que chacun puisse postuler dans les filières qu'il souhaite suivre. Mais je ne vois pas en quoi c'est définitivement une bonne chose d'accepter toutes ces candidatures ou, quand il n'y a pas suffisamment de places, de mettre le sort de ces jeunes dans les mains du hasard. Pourquoi est-ce qu'une personne qui a choisi une filière "par défaut" et qui n'a pas réellement envie d'y aller serait-elle prise devant une personne qui a réellement envie de suivre cette formation? C'est une facette de ce problème. Une autre est que le Bac, tout comme certaines licences et filières universitaires, est devenue quelque chose à laquelle tout le monde a droit. Nous n'avons pas le DROIT d'avoir le Bac. Le Bac est un examen, c'est une preuve du travail que l'on a fourni lors des années de lycée. En effet, c'est un diplôme qui se mérite et qui (malheureusement), de par sa démocratisation excessive, a perdu beaucoup de sa valeur. La même chose vaut pour beaucoup de licences : les licences universitaires ont énormément perdu en valeur dans le monde du travail (notamment les licences de langues et les sciences pures). Dans la plupart des secteurs, un diplôme spécifique et plus professionnalisant est requis, sans parler du nombre d'emplois qui requièrent des études plus poussées (très souvent un master ou équivalent). Cela nous amène sur les deux sujets qui, pour moi sont centraux : une perception générale assez mauvaise des études dites professionnelles et la sélection préexistante entre les niveaux Bachelor et Master. Abordons dans un premier temps les formations professionnelles. Celles-ci sont perçues par les jeunes (et surtout les parents) comme des formations de "nuls". Comme si c'étaient les personnes moins intelligentes qui y allaient. C'est totalement faux. Les formations professionnelles sont spécifiques, elles sont destinées aux personnes qui savent ce qu'ils veulent faire relativement tôt. Elles ont un but qui est de former relativement rapidement une personne qui pourra ainsi intégrer le marché du travail rapidement aussi. Et pour ceux qui disent que ces formations sont comme une "poubelle" où ceux qui ne sont pas assez intelligents pour les études générales sont jetés, je réponds ça requiert simplement des capacités simplement différentes pour être un ébéniste, un boulanger ou un coiffeur (à transposer au féminin aussi bien évidemment) que celles requises pour être un ingénieur ou un chercheur. Ce sont des compétences différentes. Enfin, il faudrait que les jeunes et leurs parents se réveillent un peu et qu'ils se rendent compte que le piédestal sur lequel nous mettons les filières générales (et surtout la filière scientifique) n'est qu'illusoire. J'en viens alors au deuxième sujet : le goulot d'étranglement post-bachelor. Le saviez-vous? seuls 72% des personnes inscrites en L3 continuent en Master et seuls 43% d'entre ceux-ci réussit leur Master en 2 ans (durée normale). En tout, seuls 57% des étudiants inscrits en M1 obtiennent leur diplôme de Master (statistique de 2008-2009). C'est un taux qui est alarmant par sa faiblesse. Je ne pense pas me tromper énormément quand je suppose que ce chiffre est largement dû aux inscriptions massives en Licence parce que c'est la solution "par défaut". Donc je vous pose une question. Lorsque le taux d'échec avoisine les 50% pour les masters, n'y a-t-il pas un problème de qualité des personnes qui se présentent? Dans la majorité des filières qui sont plus "vocationnelles", les taux de réussite sont plus élevées, aux alentours de 77%. Cela en dit long sur l'implication et la qualité moyenne des étudiants dans ces filières par rapport aux autres plus générales. Je crois sincèrement que c'est le résultat de l'effet que j'ai décri au paragraphe précédent que l'on pourrait résumer succinctement comme l'effet : "la licence, la solution pour tous". C'est plutôt, pour 1 étudiant sur 2 qui veut son master pour trouver du travail pour lequel la L3 ne suffit pas, le "casse-pipe" comme on dit familièrement. Donc au lieu de faire perdre des années entières à la moitié des étudiants des filières générales, il faudrait leur épargner la désillusion et mettre en place des critères et des exigences préalables comme veut le faire ce gouvernement. En somme, je pense que la vision que l'on a des filières professionnelles doit être réévaluée, que des façons de remettre des élèves à niveau dans des matières clés devraient être disponibles selon les critères de leur filière de prédilection et que les élèves soient mis au courant de ceux qu'ils devront réussir pour entrer dans une licence avec possibilité de recours en cas de circonstances réellement exceptionnelles pour éviter de faire perdre du temps et de l'argent à l'Etat comme aux familles.

Laurent Batsch.

La concertation sur les pré requis s'annonce riche d'innovations positives. On n'en connaît pas encore le déroulement et le calendrier, mais on a compris qu'il s'agit de déboucher sur des dispositions applicables à la rentrée 2018. Il reste deux sujets. D'abord, donner aux universités un cadre légal pour le développement de leurs filières de type "doubles licences". Il ne s'agit pas d'introduire la sélection, puisque ces filières existent déjà, mais celles-ci doivent pouvoir être reconnues et "popularisées" auprès des bacheliers au moment de leurs choix. C'est aussi une question d'équité à l'endroit des universités en compétition avec les classes prépas. Ensuite, le sujet de la licence technologique en 3 ans, principalement dédiée aux bacs techno. Les directeurs d'IUT lancent un parcours DUT + 1 qui en est la préfiguration : cela mérite d'être soutenu, et inscrit formellement dans le cadre du cycle de Licence. De même pourrait-on faire commencer les meilleures "Licences pro" (de niveau L3) dès le L1, sur un programme cohérent en 3 ans. Le candidat Macron annonçait la création de 100 000 places supplémentaires dans les "filières courtes professionnalisantes". Où iront ces créations ? Le Ministre Jean-Michel Blanquer, qui exprime sa préférence pour les diplômes bac + 2, pourrait revendiquer des STS. Mais au moment où la démographie étudiante repart à la hausse, les universités pourront revendiquer des places supplémentaires avec d'autant plus de légitimité qu'elles sauront inscrire la formation "courte professionnalisante" dans le cycle de Licence. A défaut, le MESR abandonnerait le terrain aux bachelors du secteur associatif ou privé, c'est aussi un choix.

Jean Hernandet.

Séparé de l'université française depuis de longues années j'ai suivi de loin son évolution. Le problème me semble complexe car à plusieurs entrées et peuplé de non-dits : - le bac est-il toujours un diplôme du niveau d'entrée à l'université ? - l'accès libre et obligatoire à l'université n'est-il pas un droit suranné, inadapté au 21ème siècle ? - la licence n'a-t-elle pas remplacé le bac comme le brevet puis le bac ont remplacé le certificat d'étude (dans le sens d'un diplôme généraliste indispensable) ? - la licence, cet enseignement (complémentaire ?) de masse doit-il passer par les universités ? etc... la liste des questions pourrait être longue, "gênante" et déjà posées. - le master doit-il être la suite plus ou moins logique de la licence ou bien un autre cursus de professionnalisation (recherche, industrie, administration) et dans ce cas dissocié clairement du précédent et celui là clairement dans la vocation universitaire ? Je suis certain que mes collègues y ont pensé mais que le poids des hésitations, des demi mesures, des bricolages (disons-le) ne facilite pas des solutions réalistes. L'enseignement supérieur français doit faire sa révolution, pas une adaptation aux besoins ou à une pression démographique. C'est l'université qui doit fixer ses nouveaux objectifs pédagogiques et professionnels, c'est l'université qui doit préciser ses relations avec le nouveau monde du travail et de la recherche, c'est l'université qui doit être à l'initiative et pas éternellement en position défensive.

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