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Transfert de technologie : la révolution SATT

Frédéric Dessort  |  Publié le

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Le laboratoire des matériaux, surfaces et procédé pour la catalyse de Strasbourg (UMR CNRS - ECPM - UdS) © Pascal Disdier
Le laboratoire des matériaux, surfaces et procédé pour la catalyse de Strasbourg (UMR CNRS - ECPM - UdS) © Pascal Disdier

L'arrivée des SATT (Sociétés d'accélération de transfert de technologie) bouscule le paysage français de la valorisation de la recherche. A la clé : des moyens conséquents pour la maturation des technologies découvertes en laboratoire.

Financées dans le cadre des Investissements d'Avenir, les SATT (Sociétés d'accélération de transfert de technologie) commencent à prendre leurs marques, un an après leur lancement. Etablies dans dix régions, ces 11 entreprises portent une structure actionnariale à 100% publique, composée le plus souvent des PRES (Pôles de recherche et d'enseignement supérieur), de la CDC (Caisse des dépôts et consignations) et du CNRS, voire des universités locales.

Universités et écoles d'ingénieurs ont délégué aux SATT les activités de transfert de technologie assurées jusque-là par des services internes, parfois par des filiales spécialisées. Des transferts de personnels ont eu lieu. Les équipes restant dans les établissements ont conservé, pour la plupart, la gestion des contrats de recherche partenariale.

Les SATT ne sont pas les seules plates-formes publiques de transfert de technologie. Les CRITT (Centres régionaux d'innovation et de transfert de technologie) et les CTI (Centres techniques industriels), qui s'appuient sur des universités et des laboratoires publics, existent depuis longtemps. Mais ces centres se positionnent auprès des entreprises qui ont besoin de développer une technologie, alors que les SATT se destinent en premier lieu aux chercheurs et aux laboratoires.

900 millions d'euros sur 10 ans

Aujourd'hui, les moyens attribués aux SATT constituent l'atout indéniable de ces nouvelles structures. En effet, la dotation globale de l'Etat atteint pas moins de 900 millions d'euros consommables sur 10 ans. Une somme répartie entre onze SATT, chacune se voyant budgétée de 60 à 80 millions d'euros. Cela représente parfois un décuplement des moyens qui existaient dans les régions pour mener ces activités de valorisation de la recherche. "C'est autant de moyens conséquents dont disposent les chercheurs pour développer leur innovation du stade d'embryon technologique jusqu'à une version pré-industrielle. Un processus de maturation qui peut s'avérer très coûteux, nécessitant des plates-formes techniques et l'embauche d'ingénieurs", explique Olivier Fréneaux, président de la SATT Sud-Est.

Les SATT s'orientent résolument vers des perspectives "business"

Pragmatisme économique

Autre différence notable par rapport aux dispositifs précédents, les SATT s'orientent résolument vers des perspectives "business". Une démarche qui se traduit par le rapprochement de réseaux d'entreprises, tels que les pôles de compétitivité. En outre, le recrutement de professionnels du business-développement issus d'industriels est stratégique. Sur les 200 salariés que comptent les SATT, environ un tiers est issu des transferts de personnels des universités et des laboratoires, tandis que deux tiers ont été recrutés.

Exemple : Alain Tassy, président de la SATT Lutech, filiale de l'UPMC, a fait ses premières armes en tant que docteur-ingénieur de Télécom ParisTech, puis a embrassé une carrière de cadre dirigeant dans le secteur télécom-internet. Une expérience qu'il met à profit : "avant de décider de soutenir un projet, nous rapprochons la technologie du marché, en écoutant les entreprises. Nous avons ainsi mis en place un comité d'investissement qui compte des experts reconnus du transfert de technologie, des entrepreneurs et des représentants de fonds d'investissement. Ce qui permet également d'aider les chercheurs à trouver des fonds s'ils prévoient de créer une start-up", explique Alain Tassy.

Au demeurant, les SATT ont aussi la possibilité d'entrer au capital de ces jeunes pousses. En fait, ces nouveaux acteurs publics sont des entreprises à part entière, avec un impératif de rentabilité, certes fixé à un horizon assez lointain : dix ans.
Leur chiffre d'affaires proviendra en bonne part des revenus – ou "royalties"produits par les licences d'exploitation des technologies publiques. Ces dernières sont établies par les SATT entre l'établissement à qui revient la propriété intellectuelle, c'est-à-dire l'école ou l'université tutelle du laboratoire, et les entreprises qui veulent exploiter la technologie. En cas de succès commercial, les SATT prennent alors un pourcentage des royalties que perçoit l'établissement.

Convaincre les chercheurs

En fait, cet encadrement juridique de l'utilisation des technologies publiques par les industriels était une lacune importante du dispositif de transfert de technologie en France. "Une démarche parfois délicate : on entend encore des entreprises nous dire qu'elles ne vont pas nous payer des royalties, vu qu'elles payent déjà leurs impôts !", commente Nicolas Carboni, président de la SATT Conectus, basée à Strasbourg.

En miroir, les SATT auront aussi à convaincre les chercheurs de l'intérêt d'une démarche de transfert. La récusation d'une recherche publique trop poussée vers le monde économique est en effet prégnante dans le monde universitaire. Un rejet qui atteint certains bancs de l'Assemblée nationale. La politique volontariste de transfert de technologie de Geneviève Fioraso lui a en effet valu, entre autres, le vote négatif du Front de Gauche et d'Europe-Ecologie sur son projet de loi.

Frédéric Dessort  |  Publié le

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