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L'université Paris 1 accueille des réfugiés grâce à un influent diplômé du Qatar

Isabelle Maradan  |  Publié le , mis à jour le

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Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre Panthéon
111 réfugiés ou demandeurs d'asile, essentiellement syriens, âgés de 18 à 28 ans, sont concernés par le dispositif. // © Camille Stromboni

600.000 euros pour un an. Tel est le budget dont dispose Paris 1 Panthéon-Sorbonne pour accueillir une centaine de réfugiés, très majoritairement Syriens. Une somme conséquente offerte à l'université par le Qatar, sous l'impulsion d'un ancien étudiant en droit, devenu procureur général du petit État du Golfe. Une exception dans le paysage universitaire.

Accueillir des étudiants étrangers peut avoir des conséquences inattendues. Surtout quand ils deviennent aussi influents qu'Ali Bin Fetais al-Marri, le procureur général du Qatar. C’est, en effet, à cet alumnus, docteur en droit, que Paris 1 Panthéon-Sorbonne doit d'avoir obtenu une aide financière de 600.000 euros par année universitaire, pour une durée pouvant aller jusqu’à trois ans, pour accueillir des réfugiés, de la part de l'émirat.

Ali Bin Fetais al-Marri, procureur général du Qatar.

"Pour moi, c’est la meilleure université du monde. L’émir du Qatar est toujours prêt à l’aider sur des grands projets comme celui-là", a assuré le quatrième personnage le plus puissant de l’État du Golfe, lors de la conférence de presse qui s’est tenu lundi 7 mars 2016, à Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Peu avant, le président de l’université, Philippe Boutry, s'était déclaré "extrêmement reconnaissant de l’aide financière du Qatar", avant de préciser que l’accord ne prévoyait "aucune exigence de genre, de religion ou même de nationalité" pour les bénéficiaires. Une façon de répondre aux critiques suscitées par l’annonce du coup de pouce de Doha à la Sorbonne, en septembre 2015Le Qatar n’accueille, lui, aucun réfugié syrien sur son sol.

Formation en FLE ou reprise d'études

Essentiellement Syriens, les 111 réfugiés ou demandeurs d’asile concernés par le dispositif sont âgés de 18 à 28 ans.

Parmi eux, 86 suivent un parcours d’intégration d'un semestre de formation en FLE (français langue étrangère) et 25 avaient un niveau suffisant en anglais, pour intégrer des diplômes passerelles en anglais de niveau master 1, en économie et mathématiques appliquées, ou l’aisance nécessaire en français pour suivre des études dans l'une des composantes de l'université.

67 étudiants ont commencé les cours fin octobre 2015 et 48 étudiants ont débuté leur semaine d’intégration en janvier 2016.

"un budget très confortable"

Pourquoi Paris 1 a-t-elle besoin de 600.000 euros pour accueillir 111 réfugiés quand l’université de Strasbourg a réussi à offrir des cours de FLE à 75 réfugiés cette année avec 45.000 euros seulement ? "100.000 euros des fonds qataris servent à l’organisation du programme en FLE et à l’accompagnement des étudiants, 250.000 euros sont consacrés aux logements et aux assurances et 250.000 euros permettent de garantir des bourses et la Sécurité sociale aux bénéficiaires", détaille-t-on du côté de l’université.

"C’est un budget très confortable. Je suis très heureux pour eux", commente Mathieu Schneider, vice-président de l’université de Strasbourg chargé de la coordination du dispositif porté par l’Unistra. "Mais il ne faut pas tout réduire à une question d’argent, poursuit-il. On ne fait pas forcément mieux en termes de conseil et d’accompagnement avec 600.000 euros qu’avec la motivation des personnels."

Citant l’exemple de sa voisine haut-rhinoise, l’UHA (université de Haute-Alsace), qui accueille une vingtaine de réfugiés, il estime que "chacun, à son échelle, peut faire quelque chose". L’Unistra a d’ailleurs finalement décidé de renouveler ce dispositif et compte l’étendre à 100 bénéficiaires à la rentrée prochaine, avec un budget voisin de celui de l’an dernier.

"Nous accueillons avec les moyens dont nous disposons. Proposer de la formation et de l'éducation, c'est un réflexe sociétal contre l'obscurantisme", estime Alain Beretz, qui préside l'université de Strasbourg. De quoi encourager les universités dépourvues d'alumni qataris à s'engager – quand même – dans l'accueil des réfugiés.

Medhi Lazar, géographe, spécialiste des questions de géopolitique et d'éducation. Spécialiste des questions de géopolitique et d’éducation, Mehdi Lazar est docteur de l’université Panthéon-Sorbonne. Selon lui, les fonds qataris versés à Paris 1 sont une chance pour des réfugiés syriens d’étudier dans une bonne université. Mais la pression internationale doit continuer à s’exercer sur cet État du Golfe pour l'aider à progresser en matière de respect des droits humains, notamment.

Qu’est-ce qui motive un investissement aussi important du Qatar sur l’accueil des réfugiés à Paris 1 ?
Il y a d’abord l’implication du Qatar sur le dossier syrien, comme dans les printemps arabes, où il a soutenu les acteurs et s’est impliqué, y compris sur le terrain, en Libye ou en Syrie. Même s’il est plus en recul depuis le changement d’émir, le Qatar souhaite peser directement sur ce dossier.

D’autre part, c’est aussi une manière d’agir pour un pays qui n’accueille pas de réfugiés syriens. C’est paradoxal, mais au regard de la situation interne post-printemps arabes des pays concernés, le Qatar fait attention à ce qui pourrait déstabiliser le régime.

Les craintes exprimées à l’égard de ces fonds qataris sont-elles fondées ?
Le Qatar a une réputation sulfureuse en France, à tort ou à raison. Je dirais plutôt à tort, car le Qatar est un allié de la France avec laquelle il a de bonnes relations. Ce pays a changé, il s’est ouvert à la critique en s’impliquant dans les printemps arabes.  

La famille royale représente une élite assez progressiste dans un pays où la population est conservatrice, donc il est dur de faire changer ce qui ne va pas. La pression internationale les aide aussi à évoluer. Il faut la maintenir et dénoncer ce qui doit l'être – les conditions de vie des travailleurs étrangers, des gouvernantes, par exemple – sans ostraciser le Qatar dans des investissements qu’on peut qualifier d’humanitaires, comme le soutien de l’accueil des réfugiés à Paris 1.

(1) Mehdi Lazar est l’auteur de Qatar, une Education City  en 2012.

Isabelle Maradan  |  Publié le , mis à jour le

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