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Bac : politiques et syndicats se préparent pour une grande réforme

Erwin Canard
Publié le
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Une épreuve du bac // © Drivepix- Fotolia
Le bac va-t-il être rapidement chamboulé ?
Petites phrases de candidats à la présidentielle, notes émanant de Terra Nova comme du ministère, projets de plusieurs syndicats… Le baccalauréat (re)devient un objet concret de réflexion pour les acteurs du monde éducatif. Autant de signes avant-coureurs d’une prochaine réforme ?

Ils avancent leurs pions. Le Sgen-CFDT, en septembre, et le Snalc, mardi 25 octobre, ont présenté leurs projets de réforme du baccalauréat. Le SE-Unsa est en train d’écrire le sien pour le proposer à son prochain congrès, en mars 2017. "On sent qu’une réforme est dans les tuyaux", assure Jean-Rémi Girard, vice-président du Snalc. 

Ce serait une première depuis 1995 et le remplacement des sections A, B, C, D et E par les filières L, ES et S. "Il y a une réflexion de tous les côtés", confirme Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa. La dernière réforme du lycée date, elle, de 2010.

la réforme du bac dans le viseur à droite comme à gauche

Les signes que la réforme du bac est dans toutes les têtes se multiplient. Du côté du gouvernement, d’abord. Lors de son intervention le jour de la rentrée scolaire, François Hollande expliquait que le lycée serait "la prochaine étape de nos réformes". "Le quinquennat s’est centré sur le socle commun, jusqu’au collège, rappelle Christian Chevalier. La question, désormais, est : qu’est-ce que l’on fait du lycée ? Il faut que le lycée soit en cohérence avec le collège d’un côté, et avec le supérieur de l’autre. La priorité sera le bac–3/bac+3."

Autre indice : la note publiée sur le sujet en juin par Terra Nova. "Ce n’est pas anodin, sachant que Terra Nova est proche du Parti socialiste…", estime Hubert Raguin, secrétaire général de la Fnec-FP-FO. En 2011, le think tank avait ainsi publié plusieurs notes qui ont inspiré le gouvernement depuis 2012 en matière de réforme éducative. Le nouveau directeur de cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, Olivier Noblecourt, est d'ailleurs l'un des experts de Terra Nova…

Du côté de l'opposition aussi, les idées fusent. Le favori de la primaire des Républicains, Alain Juppé, a indiqué, dans un entretien au Parisien magazine en août 2015, vouloir réformer l'examen.

Comment est-ce possible que ceux qui réussissent si bien au bac échouent si souvent dans la suite de leurs études ?
(J.-R. Girard)

préparer DAVANTAGE aux études supérieures

Au sein du ministère également, on s'active. Au début du mois d’octobre 2016 s’est terminée une succession de réunions entre le ministère, les syndicats et les organisations lycéennes et de parents d’élèves sur le bilan de la réforme du lycée mise en place en 2010. Dans une note conclusive qu'EducPros s'est procurée, la Dgesco (Direction générale de l'enseignement scolaire) souligne que "ce n'est pas l'existence du baccalauréat mais sa fonction qui a été réinterrogée par les différents groupes de travail. Alors que théoriquement le double objectif de ce diplôme est d'une part l'accès à l'enseignement supérieur et d'autre part la sanction des études secondaires, dans les faits, c'est ce second point qui l'emporte sur le premier".

Et la Dgesco de pointer comme causes "la complexité et la lourdeur organisationnelles, la pression certificative en fin de classe terminale, la suppression de plusieurs semaines de cours touchant également les classes de seconde et première".

Limiter le nombre d'épreuves

"Comment est-ce possible que ceux qui réussissent si bien au bac échouent si souvent dans la suite de leurs études ?", se demande Jean-Rémi Girard. Exemple : seule la moitié des bacheliers S obtiennent leur licence en trois-quatre ans, 48 % des ES et 43 % des L.

Pour améliorer cette situation, une proposition revient dans nombre de projets : diminuer le nombre d'épreuves terminales et, par conséquent, augmenter la part du contrôle continu.

Najat Vallaud-Belkacem souhaite ainsi un bac "avec moins d’épreuves et d’options", comme elle l'a déclaré, en juillet dernier dans un entretien aux "Échos". Même son de cloche dans la note de Terra Nova, qui préconise de limiter à quatre épreuves (deux en première, deux en terminale) l’examen du baccalauréat, les autres disciplines "étant évaluées en cours de scolarité".

Alain Juppé va dans le même sens : il espère réduire le bac "à quatre ou cinq épreuves" finales, notamment pour "économiser plusieurs centaines de millions d’euros".  Le projet du Snalc lui aussi contient seulement quatre épreuves terminales.

la place du contrôle continu en débat

Le projet du Sgen-CFDT va plus loin avec un baccalauréat entièrement évalué en contrôle continu. "Mais si l’on supprime le bac, c’est le feu !, juge Christian Chevalier. Je pense qu’il faut une alliance entre des épreuves terminales pour les disciplines qui sont au cœur du projet de l’élève et le contrôle continu pour le reste."

La Dgesco serait sur cette ligne. En juillet, dans un document envoyé aux syndicats, elle a estimé, au sujet des épreuves de langues vivantes qui se déroulent désormais en contrôle continu, que certains chefs d’établissement "se sont créé des contraintes supplémentaires en anonymisant des copies, entraînant ainsi une perte de temps considérable. […] Il est désormais précisé que l’organisation des épreuves n’exige pas de recours à l’anonymat." "Il est clairement sous-entendu par la Dgesco que le dispositif utilisé pour les langues vivantes, c’est-à-dire le contrôle continu et pas nécessairement anonyme, doit être étendu", en conclut Hubert Raguin.

Si l’on supprime le bac, c’est le feu !
(C. Chevalier)

encore loin du consensus

Toutefois, le consensus n'est pas total, loin s'en faut, puisque les deux premiers syndicats de l’enseignement secondaire sont en désaccord avec ces principes. "Nous souhaitons conserver l’architecture actuelle car le bac a ainsi la même valeur dans tous les établissements de France", estime Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU. Pour la syndicaliste, le baccalauréat n’est pas le principal problème dans l’orientation des étudiants.

Selon elle, il s’agirait plutôt de "redonner le droit à l’erreur à l’étudiant" en matière d’orientation, en instaurant des années de remise à niveau de type Manaa et en créant de nombreux postes dans l’enseignement supérieur permettant d’accueillir les nouveaux arrivants, qui seront d’ailleurs de plus en plus nombreux ces prochaines années.

Du côté de FO, "on souhaite le rétablissement d’un examen entièrement national, anonyme, ponctuel" et la fin des évaluations en contrôle continu pour le bac. "Il faut que le bac redevienne le premier titre universitaire, sinon, c’est la porte ouverte à toutes les sélections imaginables", poursuit Hubert Raguin.

Une réforme du bac entraînerait indubitablement une réforme du lycée. Les propositions ne manquent pas : un lycée "modulaire", pour le Sgen, des disciplines définies comme "majeures et mineures", pour le Snalc, des années organisées en semestres avec choix de disciplines prioritaires pour Terra Nova… De quoi en faire un enjeu de la campagne présidentielle ? Rien n'est moins sûr... 


Erwin Canard | Publié le

Vos commentaires (5)

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prof de prépa.

Enfin ! Les élèves qui veulent travailler pourront choisir de faire enfin des sciences (c'est-à-dire des mathématiques), et nous pourrons travailler correctement en prépa scientifique : actuellement, il est impossible de faire la différence entre un dossier d'élève normalement cérébré et un dossier de neuneu. Avec un minimum de 9 heures de maths par semaine (horaire de l'ex-Terminale C) il ne sera plus possible de monter des dossiers filandreux où les collègues donnaient des réponses de Normand à la question précise suivante : cette (cet) élève sera-t-elle (il) capable de suivre une prépa scientifique ?

François Vatin.

"Comment est-ce possible que ceux qui réussissent si bien au bac échouent si souvent dans la suite de leurs études ?", se demande Jean-Rémi Girard. Exemple : seule la moitié des bacheliers S obtiennent leur licence en trois-quatre ans, 48 % des ES et 43 % des L." Ces chiffres sont sans signification, car ils sont calculés sur les seuls bacheliers qui s'inscrivent à l'université dans une filière LMD. Or, 20 % seulement des bacheliers S sont dans ce cas. Ce sont, en moyenne, les "moins bons". On devrait plutôt s'étonner qu'en dépit de ce fait, les bacheliers S qui s'inscrivent à l'université y réussissent mieux que les autres. Les bacheliers L disposent de beaucoup moins de débouchés à l'extérieur de l'université. Ils s'y inscrivent donc pour les 2/3 d'entre eux. Pourtant, ils y réussissent moins bien que les bacheliers S qui ne constituent que la "queue" de la promotion. Si on travaillait sérieusement sur les statistiques universitaires, on pourrait peut-être tenter de dégager des voies raisonnables de réforme ...

Sandrine 86.

Ciel, les pauvres petits ! Submergés par un examen ! Au lieu de se tracasser avec l'organisation d'un tel examen, je serai d'avis de le donner avec un paquet de bonbons en prime ! au moins il y aurait du réconfort à la clé ! Ne faut il pas en outre poser le problème à l'envers ? Si le nombre d'échec est si grand en supérieur, ne serait ce pas du au niveau qui s'écroule en secondaire ? Le pont devenant de plus en plus grand à franchir entre le lycée et le supérieur que beaucoup de lycéens échouent à le traverser ? A quand une année de remise à niveau pour commencer réellement à étudier en supérieur ? Car dans tous les cas en entreprise les besoins et les attentes ne changent pas et ne diminuent pas. Arrêtons de cocooner nos enfants en les surprotégeant, la chute n'en sera que plus grande une fois dans la vie active car là, la réalité les rattrapera.

Frédéric.

Le problème à l'entrée dans le supérieur est que les élèves ne savent pas travailler : ils pensent que travailler c'est faire ce que l'on vous dit de faire alors ils sont perdus dés qu'il s'agit de prendre des initiatives et de construire une démarche personnelle d'apprentissage, ils sont embarrassés lorsqu'il faut transposer des connaissances et faire preuve d'agilité intellectuelle. Une expérience professionnelle quelle qu'elle soit est plus utile que le bac pour réussir dans le supérieur. Voire quelques mois de prépa militaire afin d'apprendre à être réactif, présent dans ce qu'il y a à faire et d'une façon générale moins infantile dans le rapport au travail.

Émilie.

Ils ont enfin compris que toutes ces épreuves c'était trop, ils vont enfin faire quelque chose, espérons que se soit adopté et mis en place dés l'année prochaine !

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