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Enquête | Politique

Idex : les universités sélectionnées revoient leurs copies

Camille Stromboni  |  Publié le

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Universités - Idex
Les huit candidats présélectionnés pour la saison 2 de l'Idex sont entrés dans la dernière phase de sélection fin octobre 2015, avec le dépôt des dossiers. // © Montage EducPros

Les huit regroupements universitaires présélectionnés dans la compétition de l’Initiative d’excellence ont déposé leurs dossiers de candidature fin octobre 2015. Avec, pour Montpellier et la Lorraine, un véritable changement pour cette nouvelle phase de la saison 2 des Idex, quand les autres challengers ont procédé plutôt à des ajustements.

C’est la dernière ligne droite. Les huit candidats qui ont franchi la barre de la présélection des Idex – Lille, Nice, Grenoble, Montpellier, Lorraine, Bourgogne-Franche-Comté, Clermont-Ferrand, Paris-Est – ont déposé de nouveau leurs dossiers, le 22 octobre 2015. Objectif : franchir cette dernière phase de sélection de la compétition des Initiatives d’excellence, et prétendre ainsi aux millions d’euros d’un Idex ou d’un Isite.

Montpellier : le grand chambardement

Pour le Languedoc-Roussillon et la Lorraine, cet entre-deux-tours a été synonyme de fortes évolutions. Les deux sites, candidats à l’Idex, ont reçu du jury une recommandation importante : celle de prétendre plutôt… à un Isite. Soit le volet destiné aux candidats ne disposant pas forcément de toute la gamme de disciplines à un niveau d’excellence suffisant pour prétendre à un Idex, mais seulement de certaines thématiques.

Chez les Montpelliérains, lauréats de sept laboratoires d’excellence - un nombre conséquent - il a été décidé de poursuivre tout de même dans la catégorie "Idex". Avec un grand bouleversement : le projet a changé… de porteur ! Si la Comue (Communauté d’universités et établissements) Languedoc-Roussillon était pilote du dossier déposé lors de la phase de présélection, c’est désormais l’université de Montpellier, issue de la fusion de Montpellier 1 et 2, qui a repris la main.

"On nous a reproché une gouvernance trop élargie. Le jury ne veut pas d'une gouvernance 'molle'. Cette fois-ci, l'université de Montpellier portera le projet, avec un board resserré", justifie son président, Philippe Augé. Exit donc les universités de Nîmes, de Perpignan et Montpellier 3… qui n’ont pas manqué de dénoncer cette exclusion et une stratégie jugée suicidaire. La Comue fait tout de même finalement partie des partenaires du projet, comme associée au comité de pilotage.

Lorraine : d’un Idex à un Isite

La Lorraine a, elle, pris une autre décision : elle a redimensionné son projet au format d’un Isite, pour cette seconde phase de la sélection. "Forcément, cela a fait quelques déçus, mais nous ne l’avons pas vécu comme un électrochoc. Nous savons que nous sommes à la frontière entre un Idex et un Isite. Il nous manque des Labex (Laboratoire d’excellence) en sciences humaines ou en Stic (Sciences et technologies de l'information et de la communication) par exemple", décrit Pierre Mutzenhardt, président de l'université de Lorraine.

Le dossier a été recentré sur l’ingénierie, avec une prétention financière revue à la baisse d’un tiers, soit près de 10 millions d’euros d’intérêts par an demandés, et un renforcement des partenariats industriels. "Nous n’avons pas dénaturé notre projet. Au contraire. Nous l’avons centré sur le domaine où nous avions les meilleurs indicateurs. Et c’est un écosystème : les actions transversales pourront être utiles à tous", souligne le président lorrain.

Des ajustements divers et variés

Chez les autres prétendants, les évolutions ont été plus limitées. Chacun a essayé, à sa manière, de répondre aux recommandations et aux remarques du jury. "L’esprit général n’a pas changé", note Xavier Vandendriessche, président de l’université Lille 2 et coordinateur de l’Idex.

Beaucoup ont eu l’international en ligne de mire : ils ont essayé de valoriser les stratégies de partenariat ou d'établir de véritables comparatifs, comme l’a demandé le jury. Ce sont aussi les axes thématiques des dossiers qui ont été précisés ou resserrés. La formation n’est pas totalement absente des évolutions. "Nous avons mieux montré nos muscles de ce côté, en soulignant le continuum du master au post-doc", explique le président de Lille 2.

À Paris-Est, ce sont les politiques de ressources humaines qui ont été précisées. Un exercice de haut vol, reconnaît Gilles Roussel, président de l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée : "Ce sont des sujets difficiles, où il est toujours compliqué d’aller plus loin."

En Bourgogne-Franche-Comté, c’est le montant demandé  qui a été revu… à la hausse ! Le capital espéré est passé de 313 millions à 421 millions. Le jury a en effet laissé entendre aux porteurs qu’étant donné le nombre d’actions en vue, cela serait plus judicieux. Une analyse confortée par le soutien promis par les entreprises – 9 millions d’euros potentiels en moyenne par an, provenant de 73 entreprises, indique Alain Dereux, coordinateur du dossier.

Comment dessiner une grande université bien identifiée, unissant l’ensemble des partenaires, y compris les écoles et les organismes ?

une question juridique en suspens

L’ensemble des candidats était appelé enfin, pour ce dernier round, à préciser la trajectoire pour les quatre ans à venir. "Nous avons détaillé les étapes jusqu’à notre point d’arrivée : une université", déclare Patrick Lévy, président de l'université Joseph-Fourier (Grenoble), à propos du projet grenoblois, retenu pour un Idex.

Avec une difficulté institutionnelle, relevée par plusieurs sites : comment dessiner une grande université bien identifiée, unissant l’ensemble des partenaires, y compris les écoles et les organismes ? Sous quelle forme, sachant que le modèle du "grand établissement" a été mis au placard par le gouvernement, que la fusion paraît inenvisageable entre des entités de nature si différente, et que la Comue ne correspond pas au même périmètre d’acteurs ni à la même gouvernance…

"C’est une question juridique qui nécessite l’aide de l’État. Le ministère a indiqué qu’il s’en préoccupait, rappelle le président grenoblois. Nous avons, quoi qu’il en soit, détaillé précisément les étapes d’intégration fonctionnelle que nous visons ensemble d’ici 2020, c’est le plus important. Le mécano institutionnel suivra."

Même remarque du côté de son homologue auvergnat, en lice lui pour un Isite. "Nous prévoyons la fusion des entités [universités d’un côté, écoles d’ingénieurs de l’autre ndlr], leur coordination puis l’intégration, avec les organismes de recherche, au sein d’un établissement unique, à terme. Nous connaissons la cible, mais pas le dispositif juridique exact pour l’atteindre. Il va falloir faire preuve d’imagination, mais cela dépend aussi des tutelles", prévoit Philippe Dulbecco, président de l’université d’Auvergne.

Reste le mystère niçois. Motus et bouche cousue de ce côté. Retenu pour un Idex, le pôle du Sud-Est, qui n’était pas forcément le plus attendu, ne souhaite pas s’exprimer sur ce sujet "sensible" pour l’instant, a-t-il indiqué à EducPros.

Prochaine et dernière étape : l’audition devant le jury en janvier 2016. "Maintenant il faut gagner ! Nous n'avons jamais été aussi proche de l’Idex et nous irons chèrement vendre notre peau", promet Xavier Vandendriessche. Comme tous ses collègues.

Bourgogne-Franche-Comté : un pôle multi-sites qui a passé la barre de la présélection
Le dossier porté par la Bourgogne-Franche-Comté est le seul projet muti-sites à avoir convaincu le jury. Une exception, alors que plusieurs présidents d'université se sont élevés contre des règles du jeu faussées, au profit des projets de fusion et au détriment des modèles fédéraux.

"Nous avons une douzaine de sites, pour certains éloignés de  400 kms, décrit le coordinateur du projet, Alain Dereux. Cette dispersion géographique ne nous empêche pas de défendre un modèle d’université-cible fédéral, fort et efficace, en s’inspirant de Cambridge ou d'Oxford. Tous les établissements conservent leur identité et leurs enseignants-chercheurs, et la recherche est gérée au niveau fédéral. Quant à la gouvernance du projet Isite – à ne pas confondre avec celle de l'UBFC (Université Bourgogne Franche-Comté) – , il ne s’agit pas seulement d’avoir un comité de pilotage resserré (15 membres dans notre cas). L’essentiel est d’avoir des règles de fonctionnement claires, qui vote sur quoi et comment sont alloués les moyens."
Idex-Isite : les autres vagues
Dans le calendrier des investissements d'avenir figurent deux autres rounds à venir. Tout d'abord, concernant cette saison 2 des Idex et des Isite, une dernière phase de sélection va être lancée en novembre 2015. Outre les 13 candidats malheureux jusqu'ici dans cette compétition, revient également dans le jeu le pôle lyonnais.

Fin 2015 débutera enfin l'évaluation des huit Idex sélectionnés lors de la saison 1, qui achèvent leur période probatoire de quatre ans. Bordeaux, Paris Sciences et Lettres, Strasbourg, Toulouse, Aix-Marseille, Sorbonne Paris Cité, Saclay et Sorbonne universités repasseront devant le jury international pour obtenir la pérennisation des dotations obtenues lors de la saison 1 des Idex.

Camille Stromboni  |  Publié le

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