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Portrait d'université. Toulon joue la carte de l'innovation

Isabelle Dautresme  |  Publié le

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Les nouveaux bâtiments de SeaTech, l'école d'ingénieurs de l'université de Toulon
Les nouveaux bâtiments de SeaTech, l'école d'ingénieurs de l'université de Toulon // © Université de Toulon

Faire émerger l’innovation pédagogique et renforcer l’adaptabilité des étudiants, tel est l’objectif visé par l'université de Toulon depuis trois ans. Avec les sessions de cocréation, elle fait travailler ensemble des étudiants aux profils variés. Une manière de se distinguer pour cette université de moins de 10.000 étudiants coincée entre les deux mastodontes Marseille et Nice.

Une semaine en immersion pour imaginer un produit ou un service innovant sur le thème du gaspillage. C'est le défi que devront relever en avril environ 50 étudiants de master des UFR information-communication (Ingémédia) et informatique, ainsi que de l'école d'ingénieurs SeaTech de l'université de Toulon, tous volontaires.

L'objectif : "que des étudiants d'horizons et de cultures différents apprennent à s'écouter et à se comprendre", détaille Laurent Collet, enseignant-chercheur en info-communication, en charge de la cocréation. L'idée est partie du constat que dans la vraie vie, une fois leur diplôme en poche, les étudiants seront amenés à travailler avec des personnes qu'ils ne connaissent pas et dont la culture peut être très éloignée de la leur. "D'où l'intérêt de les y préparer", pointe Nadège Thirion-Moreau, professeure à l'école d'ingénieurs SeaTech et coresponsable du dispositif.

Une stratégie qui s'impose. Coincée entre deux mastodontes que sont les universités d’Aix-Marseille et de Nice, l’université de Toulon (9.258 étudiants) a mis le cap sur l’interdisciplinarité et la culture de l’innovation pour renforcer son attractivité. Ce dispositif de cocréation s'inscrit dans le cadre d'une démarche pédagogique qui vise à encourager le travail par projet sur des thèmes innovants. Pour l'heure, surtout présente dans l'UFR info-com (voir encadré), cette démarche a vocation à s'étendre aux autres composantes de l'université. 

Ambiance start-up

Pendant toute la durée de la session de cocréation, les étudiants issus de différentes composantes sont répartis aléatoirement par groupes de six à huit et hébergés dans les locaux flambant neufs, à l'architecture directement inspirée de l'"esprit start-up" de TVT innovation (Toulon Var technologies innovation).

L'association, financée par les collectivités territoriales et dont la mission est d'accompagner les entreprises innovantes met à la disposition des "innovateurs en herbe", un espace de coworking (la Cantine) et un fablab. "Le fait que les étudiants soient accueillis dans une structure professionnelle est très stimulant. Ils se sentent davantage responsables", fait valoir Maud Pélissier, enseignante et à l'initiative du dispositif de cocréation.

Pour orchestrer la semaine, l'université fait appel à un professionnel d'un cabinet de conseil en design thinking.

Pour orchestrer la semaine, l'université fait appel à un professionnel tout droit sorti d'un cabinet de conseil en design thinking. Sa mission ? "Relancer les groupes qui n'avancent pas assez ou qui développent une opposition", détaille Nadège Thirion-Moreau. Quant aux enseignants, ils suivent l'évolution du travail de leurs étudiants via un tumblr que ces derniers doivent renseigner périodiquement.

Université de Toulon

Des étudiants dans l'obligation de sortir du cadre

"À la fin de la semaine, la moitié des groupes parviennent à produire quelque chose qui tient la route", commente Laurent Collet. Quant à ceux dont la production est jugée moins satisfaisante, ils n'ont pas pour autant perdu leur temps. "Ce qui est important, c'est que les jeunes se prennent en charge et soient mis en situation de pouvoir innover, à la limite, peu importe le résultat", insiste Nadège Thirion-Moreau.

Une démarche qui n'a rien d'évident, surtout pour de futurs ingénieurs, "formés à appliquer un cahier des charges sans le remettre en question. Là, ils sont dans l'obligation de sortir du cadre et d'oser", fait valoir Laurent Collet. Ce qu'ils n'apprécient pas toujours. "Les étudiants sont de nature plutôt conformiste et ce genre de méthode a de quoi les déstabiliser", confirme Maud Pélissier.

Pourtant, à écouter les enseignants, les bénéfices sont nombreux. "Les étudiants qui ont participé au dispositif sont plus ouverts, ils osent davantage s'exprimer et ont plus confiance en eux. Il y a un avant et un après", commente ainsi Nadège Thirion-Moreau. Et Laurent Collet d'ajouter : "Au final, nous leur faisons gagner du temps en début de vie professionnelle. La preuve, ils sont nombreux à revenir nous le dire après un ou deux ans d'expérience."

Les étudiants qui ont participé au dispositif osent davantage s'exprimer et ont plus confiance en eux. Il y a un avant et un après.

Côté enseignants aussi, l'expérience se révèle enrichissante. Depuis qu'elle anime des sessions de cocréation, Nadège Thirion-Moreau a revu ses pratiques pédagogiques et veille par exemple à davantage "alterner théorie et application".

Un dispositif qui devrait prendre de l'ampleur

À terme, la cocréation a vocation à prendre de l'ampleur et devrait s'ouvrir à d'autres étudiants. Des partenariats sont en cours avec l'université de Saint-Étienne et celle de Montréal. "Mais un tel développement exige des moyens", pointe Nadège Thirion-Moreau. Sans parler de la complexité à monter de telles sessions.

Cette année, Kedge et l'Isen organisent leur propre semaine de cocréation. "Nous ne sommes pas parvenus à rendre nos agendas compatibles", regrette Maud Pelissier. Les étudiants de Toulon ne pourront donc compter que sur eux-mêmes pour "révolutionner" le gaspillage.

Une culture de l'innovation
Le département info-com n'a pas attendu que des sessions de cocréation se mettent en place pour faire travailler ses étudiants en équipe et sur des projets innovants."L'apprentissage par expérimentation et la culture de l'innovation sont dans l'ADN de l'UFR info-com depuis plus de quinze ans", indique Philippe Bonfils, directeur du département qui accueille environ 400 étudiants du L3 au doctorat en plein centre-ville de Toulon.

À l'écouter, la cocréation n'est qu'une "complexification" de ce qui se pratique déjà, à savoir : la "réalisation collective". Partant du principe que pour apprendre il faut expérimenter, chaque année, les étudiants de son UFR planchent par groupes de six à huit étudiants sur un projet commun à l'ensemble de la promotion. Ce peut être un webdoc sur la ville de Toulon, un pitch de création d'entreprise, un serious game pour la formation des pilotes d'Airbus Helicopters, ou encore un opéra virtuel. "L'idée est de mettre les étudiants en situation professionnelle et de les amener à travailler avec des partenaires différents qu'il s'agisse d'entreprises, d'administrations ou d'un centre culturel", détaille Philippe Bonfils.

Isabelle Dautresme  |  Publié le

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