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L'université en demande de "tiers lieux"

Marine Miller
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Université Paris 2 - Assas - © Camille Stromboni - 2012
L'université est en demande de lieux "dédiés" à la collaboration. // ©  Camille Stromboni

Les "tiers lieux", ces espaces de rencontre informels à mi-chemin entre la maison et le travail, sont-ils en train de gagner les couloirs des universités ? Éric Chérel, directeur du numérique de l'université Paris-Descartes, revient pour EducPros sur le développement de ces lieux "neutres", censés favoriser les rencontres interdisciplinaires.

Eric Chérel, DSI de l'université Paris-Descartes // DRLes "tiers lieux" sont-ils en train de s'installer dans les universités ?

Les universités utilisent rarement ce terme, mais nous avons effectivement besoin d'espaces de collaboration, qui ne soient ni spécifiquement dédiés aux études, ni à la recherche.

Ces endroits de partage, de restauration, de rencontres vont favoriser le lien entre la recherche et les étudiants, ainsi que l'interdisciplinarité. C'est un réel besoin des universités, pourtant, les contraintes budgétaires et les freins culturels gênent le développement de ces lieux d'innovation et de ces nouvelles pratiques.

Les locaux de l'université sont-ils appropriés à l'innovation pédagogique ?

De plus en plus. Nous avons la chance d'avoir le CRI (Centre de recherche interdisciplinaire) associé à Paris-Descartes. Cette structure originale est dédiée aux pédagogies innovantes et à l'interdisciplinarité. Les étudiants sont impliqués dans les activités de recherche dès la première année de licence. Ses résultats sont spectaculaires ; on peut considérer le CRI comme un "tiers lieu" de grande ampleur.

Il y également iLumens, notre département de simulation en santé, qui permet aux étudiants en médecine de s'entraîner directement sur des robots-patients et des simulateurs physiques et numériques. Ce projet a été réalisé en partie grâce au mécénat et à des collaborations avec l'industrie.

En droit, discipline traditionnellement plutôt conservatrice, la faculté met en place des simulations de tribunaux, crée des ateliers collaboratifs, développe une clinique du droit pour que les étudiants proposent des consultations juridiques gratuites au public. Cette mise en situation est très appréciée des étudiants. 

Comment repensez-vous la réorganisation de l'espace à l'université Paris-Descartes ?

Dans le bâtiment du centre universitaire de la rue des Saint-Pères, où des milliers d'étudiants et de chercheurs circulent tous les jours, nous aimerions offrir des espaces nouveaux dédiés à la collaboration, avec un "living lab" [laboratoire d'innovation ouverte] ouvert sur la ville et facilitant les projets des étudiants ainsi que les collaborations avec des start-up.

Nous voudrions mettre en place sur nos principaux sites des espaces pédagogiques innovants, sans estrades, dont les tables seront organisées en îlots et favoriseront le travail de groupe, ainsi que les déplacements des étudiants comme de l'enseignant.

Nous menons aussi, grâce aux moyens de l'opération Campus, la rénovation complète de la faculté de pharmacie. Elle fournira des outils de simulation, dont un espace physique où les étudiants joueront le rôle d'un pharmacien. L'espace de restauration sera multi-usage et restera ouvert aux étudiants et au personnel en dehors des heures de repas, ce qui en fera un espace convivial, permettant le travail individuel et collaboratif. Dans ces grands travaux, même si le coût des équipements numériques est mineur comparé aux coûts des travaux immobiliers, il est souvent difficile à financer.

On nous annonce depuis plusieurs années la disparition de l'université, rendue obsolète par les Mooc, mais cela n'est pas encore le cas.

Comment voyez-vous l'avenir du "lieu" université ?

On nous annonce depuis plusieurs années la disparition de l'université, rendue obsolète par les Mooc, mais cela n'est pas encore le cas. Les cours en ligne se développent, mais restent des compléments aux cours classiques. En revanche, la porosité devient de plus en plus grande avec les milieux professionnels, qui bâtissent de plus en plus de projets avec les universitaires et avec les étudiants.

D'autres tendances dont on parle depuis longtemps n'ont encore qu'un impact réduit sur la pédagogie, comme l'évaluation des enseignements. En revanche, la modularisation poussée des cours devient une réalité.

La réussite de nos établissements ne dépend pas simplement des moyens financiers, les universités nord-américaines ont des ressources énormes, mais nous n'avons pas à rougir de nos résultats. En ce qui concerne le développement du numérique, la créativité de nos équipes nous permet de rivaliser avec les universités américaines en ayant des moyens bien plus réduits...

Éric Chérel est intervenu début février lors d'une journée organisée par la CPU (Conférence des présidents d'université) sur les tiers lieux.

Marine Miller | Publié le

Vos commentaires (1)

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En passant.

Il y a aussi ce vieux machin qu'on appelle "Bibliothèque universitaire"... C'est là, ça coûte de toute façon fort cher (car on n'a tjrs pas réussi à se débarraser des lieux pour la documentation, des espaces de travail et du personnel - qualifié, en plus- pour s'en occuper), les étudiants les utilisent, et il y a déjà une réflexion sur la bibliothèque comme "tiers lieu" assez développée dans la profession. Il est donc parfaitement logique et rationnel de ne pas les associer, de ne même pas les mentionner, lorsque l'on évoque ce genre de projet. Ce serait d'une certaine manière associer certains des personnels BIATOSS à une réflexion sur la pédagogie, la réussite des étudiants, et le bien être de la communauté universitaire... Totalement incongru.

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