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Thierry Mandon : "La sélection en master ne va ni augmenter, ni diminuer"

Camille Stromboni
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Thierry Mandon secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur et à la Recherche - rue Descartes
Le décret qui va lister les formations de master 2 autorisées à sélectionner se conformera à l'existant, explique Thierry Mandon. // ©  Jean Luc LUYSSEN/REA

Après la décision du Conseil d'État, jugeant illégale la sélection en master, Thierry Mandon détaille son projet de décret qui permettra de "sécuriser la situation des universités et des étudiants". Sans que cela ne remette en cause la position du gouvernement contre la sélection, défend le secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur.

La décision du Conseil d’État du 10 février 2016 pose l'illégalité de la sélection en master, en l’absence d’un décret établissant la liste des formations pouvant sélectionner. Vous avez annoncé vouloir prendre ce texte réglementaire. Que contiendra-t-il ?

Cette décision du Conseil d’État apporte un cadre juridique qui nous permettra de sécuriser la situation des universités et des étudiants, dès la prochaine rentrée. Nous préparons un décret qui listera les formations de master 2 concernées. Et ce, en liaison avec la CPU (Conférence des présidents d’université), qui fera un inventaire précis des masters 2 qui, aujourd’hui, sont sélectifs.

Il s’agit de se conformer à l’existant : nous n’irons ni plus loin, ni moins loin. La sélection en master ne va ni augmenter, ni diminuer.

Ce décret garantira-t-il aussi le droit à la poursuite d’études d’un étudiant de master 1 dans au moins un master 2 de son université, comme le demande l’Unef ?

Le décret réaffirmera le droit de tout étudiant à poursuivre ses études en master jusqu'au terme de ce cycle.

Les présidents d’université, comme ils le font aujourd’hui, veilleront  à ce que ce droit soit bien respecté. Mais rappelons que c’est déjà le cas : actuellement, il y a quasiment autant d’étudiants en M1 qu’en M2.

N’existe-t-il pas un risque d’instaurer un système à deux vitesses, entre des masters qui auront le droit de sélectionner et les autres, par là même dévalorisés ?

Nous ne créons aucune situation nouvelle. Rien ne change par rapport à ce qui se passe aujourd’hui, hormis que les universités ayant besoin de mettre en place des procédures spécifiques dans certains masters 2 pourront désormais le faire sans être dans l’illégalité.

Le gouvernement a rappelé, à de multiples reprises sous le quinquennat de François Hollande, son opposition à toute sélection. Prendre un tel décret remet-il en cause cette position ?

À l’université, nous défendons un principe de non-sélection. Cela n’empêche pas d’avoir des exceptions dans certaines filières qui le nécessitent, comme celles menant à des professions réglementées. Il n’y a donc aucun changement dans la philosophie que nous portons. Nous avons des principes, mais nous sommes pragmatiques.

Pourquoi ne pas intervenir à l’entrée du master, ce dernier étant, depuis la réforme LMD (licence, master, doctorat), un cycle à part entière dans lequel vous introduisez une coupure ? Valérie Pécresse dénonce à ce propos une décision "ubuesque"

Le décret a vocation à résoudre un problème urgent. Bien sûr, il ne permettra pas de régler toutes les questions qui se posent autour du master. En effet, il faut que le passage de la licence au master devienne un moment d’orientation mieux organisé qu’aujourd’hui. Des réflexions sont en cours sur le sujet, elles vont se poursuivre.

Quant à Valérie Pécresse, j’imagine qu’elle s’applique à elle-même ce qualificatif, puisque le master fonctionnait déjà de cette manière lorsqu’elle était ministre.

Ce qui nous différencie le plus fortement de la droite, c’est notre position par rapport aux droits d’inscription

Existe-t-il encore de véritables différences entre la droite et la gauche concernant la politique universitaire ?

Oui, et elles sont nombreuses ! Ce qui nous différencie le plus fortement, c’est notre position par rapport aux droits d’inscription.

Nous portons l’ambition d’une démocratisation exigeante de l’enseignement supérieur, en vue d’un élargissement du nombre d’étudiants et de leur réussite. En conséquence, nous sommes persuadés que les droits d’inscription à l’université doivent demeurer faibles. Contrairement à la droite, qui propose elle de résoudre les besoins financiers des universités avec une augmentation massive des droits d’inscription. Toutes les études montrent pourtant que cela engendre une forte dissuasion pour la poursuite d’études des plus défavorisés.

Nous n’avons pas non plus la même vision de l’autonomie des universités. La droite l’a limitée le plus possible – à la stricte gestion des dépenses. Elle ne leur a pas donné d’autres pouvoirs. À l'inverse, nous pensons que cette autonomie doit être bien plus forte, sur la gestion de l’immobilier par exemple, ou encore sur le lien avec les entreprises. Nous faisons confiance aux universités dans leur capacité à se moderniser et à se développer, quand on leur en donne les moyens.


Camille Stromboni | Publié le

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Fab.

Sommes-nous tous devenus aveugles ? +] Position du ministère : pas de sélection (en gros le droit d'aujourd'hui par la faute du ministère lui-même) ni à l'entrée à l'université, ni à l'entrée du master... +] Critères (modèle SYMPA dont l'application est somme toute remarquablement floue) : taux de réussite en licence en 3 ans et taux de réussite en 2 ans du master... La France (mais qui en fait ?) veut 50, 60 % (demain 80 %) d'une classe d'âge au niveau licence, puis 50% (demain 80 %) d'une classe d'âge au niveau master... dans une société où les 80 % de réussite au bac sont installées depuis longtemps.... Ah oui j'oubliais, en bac pro, des cours de poursuites d'études... hummm n'y aurait-il pas une volonté généralisée quelque part ? Pendant ce temps là les (grandes) écoles privées délivrent au nom de l'état des (grades) de licences et des masters avec : sélection et liberté de la tarification sans être assujettis aux limitations des Universités... euh quelqu'un (syndicat ou autres) proteste-t-il ? Non... cqfd

David.

Bravo pour votre commentaire. Je vais même rajouter un mot sur ce qu'a dit Madame la Ministre : "La sélection, profondément rétrograde, s’oppose à la démocratisation et au renouvellement de nos élites," mais Madame la Ministre nos élites ne se renouvellent pas parce que à côté des Universités perdure un système avec sélection les écoles d'ingénieurs ou de commerce ET par l'argent avec frais d'inscription. Et quand par hasard, il n'y a pas de frais d'inscription comme à l'Ecole Polytechnique, le ministère de la défense verse 60 millions d'euros de plus en 3 ans à Polytechnique soit autant que le ministère de l'enseignement supérieur pour l'ensemble des Universités cette année (et en plus pour créer un "bachelor" payant). Et les syndicats ne disent rien ! L'élite va dans les grandes écoles sélectives, les autres à l'Université et l'ascenseur social par l'enseignement supérieur public est un leurre... C'est du "traitement social" du chômage.

yann Bisiou.

Comme Educpros nous y invite sur Twitter, voici mon commentaire. ;-) Je viens de l'écrire sur mon blog: le statu quo ne règle rien. 1° Va-t-on considérer tous les M2 comme sélectifs, y compris ceux qui ne font pas le plein? 2° Va-t-on limiter la sélection à certaines disciplines et, dans cette hypothèse, quelles disciplines? Seulement les 4 annoncées par le ministère (droit, gestion, biologie, psychologie)? Celles qui sont sous tension comme LEA, cinéma, géomatique, etc? 3° Va-t-on abandonner la sélection en M1 que certaines universités pratiquent aux marges de la légalité? 4° Le Master étant maintenant considéré comme un cycle, pourra-t-on encore accepter des étudiants en M2 s'ils n'ont pas fait le M1 correspondant ? (non sauf transfert selon moi) 5°A-t-on réalisé à quel point avec l'avis du conseil d'État, l'absence de sélection à l'entrée du M1 va pousser les universités à une sélection par l'échec en L3 ou en M1 pour ne retenir que les étudiants susceptibles de poursuivre en M2? 6° Comment va-t-on organiser la sélection dans les écoles qui recrutent au grade Master? C'est maintenant qu'il faut répondre aux étudiants et aux collègues, pas dans 2 mois, il sera trop tard.

Filloque Jean-Marie.

L’article L612-6 dit : "L'admission dans les formations du deuxième cycle est ouverte à tous les titulaires des diplômes sanctionnant les études de premier cycle ainsi qu'à ceux qui peuvent bénéficier des dispositions de l'article L. 613-5 <https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006071191&idArticle=LEGIARTI000006525198&dateTexte=&categorieLien=cid> ou des dérogations prévues par les textes réglementaires.La liste limitative des formations dans lesquelles cette admission peut dépendre des capacités d'accueil des établissements et, éventuellement, être subordonnée au succès à un concours ou à l'examen du dossier du candidat, est établie par décret après avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. La mise en place de ces formations prend en compte l'évolution prévisible des qualifications et des besoins, qui font l'objet d'une évaluation régionale et nationale." C'est très clairement l'accès au M1 qui est visé et non celui au M2. Du coup, la proposition de T. Mandon est d'entériner la non gestion des flux en entrée et laisser des étudiants validant le M1 sans accès aux M2 correspondant… c’est revenir à avant Bologne… Le réseau des VP CFVU a en juin 2015 ré-affirmé sa position pour une procédure adaptée d'orientation à l'entrée du Master, et la publication du décret qui doit l'organiser. une procédure d'urgence pour régler un problème connu depuis 14 ans ne nous semble pas la plus adaptée, même au non d'une hypothètique "real-politic"...

DUBOIS Pierre.

La campagne de candidature des formations de master de l’Université Paris-Saclay pour l’année universitaire 2016-2017 est ouverte. Près de 150 M1 et 350 M2 à travers 43 mentions de master sont proposés par la COMUE et ses partenaires... Avec sélection à l'entrée du M1, ce qui est logique pour un cycle en 2 ans. Mandon laissera faire : il n'a pas plus de courage politique que ses prédécesseurs.

Ferrand-Nagel.

Bonjour "Pierre", je suis aussi à l'UPSay. Pour préciser votre commentaire, disons que les Masters font en début de M1 un "recrutement", terme utilisé pour les commissions dédiées, pour s'assurer que les parcours étudiants collent aux profils attendus. Et que parallèlement chaque université membre s'assure ensuite que tous ses diplômés de licence trouvent bien une place dans le domaine de leur choix (mais pas dans le master de leur choix nécessairement).

yann Bisiou.

Chère Ferrand-Nagel, Pierre Dubois a raison: aucun "recrutement", aucune "sélection" n'est possible en M1. Ce n'est pas l'université qui décide de l'orientation, c'est l'étudiant qui décide de son master. Pour l'instant il n'y a pas de recours car les étudiants refusés vont aller chercher le M1 de leur choix dans une autre université. Dès la rentrée ils seront plutôt incités à faire un référé pour vous obliger à les accueillir.

Jérôme Vaillant.

Le décret prévu par Thierry Mandon règle l'urgence pour permettre à l'existant de fonctionner, il ne règle rien sur le fond. La seule vraie question est de concevoir les masters comme un cycle d'études en deux ans formant un tout et non, sur le modèle hérité du passé, comme une maîtrise+ et un DEA ou un DESS.La question des prérequis se pose alors à l'entrée en M1 et il ne peut plus y avoir dès lors et dans quelque domaine que ce soit une sélection entre M1 et M2. Il aurait fallu y penser lorsqu'on a créé les masters au lieu de créer une exception française de plus.

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