A Sciences po, une rentrée en présentiel sur fond de changement de direction et de lutte contre les violences sexuelles et sexistes

Amélie Petitdemange
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Sciences po Paris, entrée rue Saint-Guillaume, octobre 2012
La rentrée 2021 de Sciences po se fait majoritairement en présentiel. // ©  Camille Stromboni
Rentrée 2021. A Sciences po, la rentrée se fait majoritairement en présentiel depuis le 23 août, avec deux autres modes d’enseignement pour les étudiants empêchés de venir sur les campus. L’institution lance par ailleurs un dispositif de lutte contre les violences sexuelles et sexistes.

Les étudiants de Sciences po ont rejoint les bancs de l’école ce lundi 23 août. Malgré un contexte particulier de crise sanitaire, la reprise se fait majoritairement en présentiel. "Il y a un fort taux de présence. Par exemple, nous avons 97% de présence dans le programme international qui compte 70% d’étrangers", annonce Bénédicte Durand, administratrice provisoire de Sciences po.

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"Revitaliser la vie étudiante"

Si l’établissement vise une rentrée la plus normale possible, la crise a permis d’innover et certaines adaptations pour assurer la continuité pédagogique sont maintenues. C’est notamment le cas des programmes hybrides, qui serviront en cas d’étudiants atteints du Covid ou d’une autre maladie. La possibilité de cours à distance est également maintenue, notamment pour les étudiants internationaux qui sont en zone rouge et ne peuvent pas rejoindre la France. Des cours enregistrés leur permettront de suivre malgré un éventuel décalage horaire.

L’école lance par ailleurs un label Welcome back to Sciences po avec des événements pour accueillir les étudiants, notamment lors de la pré-rentrée du 23 août. "Certains étudiants ne sont pas venus depuis trois semestres. Nous voulons revitaliser la vie étudiante", souligne Myriam Dubois-Monkachi, directrice de la scolarité et de la réussite étudiante. Une épicerie solidaire et un nouveau studio tv seront notamment créés.

Port du masque et vaccination

Les étudiants en présentiel sont tenus de porter un masque dans les espaces clos. Une consigne très bien respectée, assure Bénédicte Durand. "Les étudiants sont très motivés pour respecter les normes. Ils préfèrent se plier à ces contraintes plutôt que ne pas se voir ni profiter de la vie de campus". Myriam Dubois-Monkachi abonde : "Ils n’ont qu’une crainte : que cela s’arrête. Donc ils suivent les règles".

"Certains étudiants ne sont pas venus depuis trois semestres. Nous voulons revitaliser la vie étudiante" (M. Dubois-Monkachi)

Les étudiants peuvent par ailleurs se faire tester ou vacciner dans des centres partenaires de l’école, situés à l’hôpital Saint Joseph et à Station F. "La ministre Frédérique Vidal prévoit 80% d’étudiants vaccinés pour la rentrée. Nous n’avons pas le droit de contrôler la vaccination, mais le ratio est probablement plus fort à Sciences po. Nos étudiants tiennent à leur vie sociale et ils sont nombreux à venir de l’étranger", affirme Bénédicte Durand.

Election à la tête de Sciences po

Bénédicte Durand a par ailleurs annoncé sa candidature à la tête de l'institution. "Ai-je l’envie, la force de continuer de servir le projet de Sciences po ? Ai-je une vision pour cette institution pour les dix ans qui sont devant elle ? Ma réponse est deux fois oui". Les autres candidats seront annoncés le 20 octobre, même si certains se sont déjà faits connaitre dont le directeur de recherche au CNRS Claude Moog, déjà candidat en 2017. Le conseil d'administration se réunira le 10 novembre afin de voter pour une nouvelle ou un nouveau directeur, avant une nomination officielle le 20 novembre.

L’ex-directeur de Sciences po, Frédéric Mion, avait démissionné en février dernier. Il était mis en cause dans le rapport de la mission d’inspection à Sciences po, après les révélations d’inceste concernant le président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), Olivier Duhamel. Contestant l’omerta reprochée autour de cette affaire, il avait tout de même quitté les rênes de l’école après la démission d’Olivier Duhamel.

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Lutte contre les violences sexuelles et sexistes

L'affaire Duhamel avait par ailleurs entrainé une libération de la parole dans les IEP. Les semaines suivantes, des centaines de témoignages ont été publiés par des étudiantes sous le #SciencesPorcs pour dénoncer des violences sexistes et sexuelles dans l’établissement. Un dispositif de lutte contre ces violences est par conséquent créé à la rentrée 2021. Il repose sur trois piliers : la prise en charge des victimes, le déclenchement systématique d’une enquête interne, et la construction d’une culture de l’égalité et du respect.

Le dispositif d’écoute et de veille devrait faciliter l’écoute, l’orientation et l’accompagnement des victimes. Il est gratuit et ouvert à tous les étudiants, enseignants, enseignants-chercheurs et personnels. Il est géré par des infirmières sur chaque campus mais aussi par France Victimes, afin de rendre ce service confidentiel. Ces équipes extérieures à Sciences po qualifient les faits et offrent un accompagnement juridique, psychologique et social.

Par ailleurs, chaque signalement sera transmis à la Cellule d’enquête interne préalable (CEIP). Présidée par une personnalité extérieure (magistrat de l’ordre judiciaire ou administratif), elle établit un rapport et formule ses recommandations à l’issue de son enquête. Le chef d’établissement se fonde sur ces recommandations pour décider de saisir ou non la section disciplinaire compétente.

Enfin, à partir de septembre 2021, les membres de toutes les communautés de Sciences po suivront une formation sur le consentement et les sanctions encourus. Pour les étudiants, il s’agit d’un module d’une durée d’1h30. Une campagne de sensibilisation, baptisée "NO MORE", est aussi lancée à la rentrée 2021.

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Amélie Petitdemange | Publié le