Arts et Métiers : les anciens demandent à François Hollande d'intervenir

Céline Authemayou
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Façade des Arts et Métiers à Paris
Le projet de décret modifiant les statuts des Arts et Métiers passe actuellement en Conseil d'État. // ©  Arts et Métiers
La puissante société des anciens des Arts et Métiers hausse le ton : elle en appelle directement à François Hollande pour régler le conflit qui l'oppose au ministère autour des statuts de l'école d'ingénieurs. Jacques Paccard, son président, assure que c'est en "désespoir de cause" qu'il porte ce désaccord sur la place publique.

Jacques Paccard, président de la Société des ingénieurs Arts et métiersLa Société des ingénieurs Arts et Métiers écrit une lettre ouverte à François Hollande, publiée le 15 juin 2016 dans "Les Échos", pour s'opposer à la réforme des statuts de l'établissement en cours. Pourquoi ce choix de prendre position publiquement ?

Nous n'avons pas l'habitude de porter nos craintes sur la place publique, nous préférons travailler avec les parties prenantes de façon directe. Nous avons donc tenté de nouer un dialogue constructif avec le ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, tutelle de l'école, pour trouver une solution.

Mais nous n'avons pas reçu les réponses attendues. En désespoir de cause, nous avons décidé de passer à l'action.

Le ministère de l'Éducation nationale a pourtant été très clair. À la suite du rapport de l'IGAENR (Inspection générale de l'administration de l'Éducation nationale et de la Recherche) de février 2016, Najat Vallaud-Belkacem s'est prononcée en faveur d'une évolution rapide des statuts pour réduire l'influence jugée excessive des anciens dans la gouvernance de l'établissement...

Vouloir réduire la présence des anciens au sein du conseil d'administration aura une conséquence dramatique pour l'école, celle d'éloigner complètement l'établissement du secteur industriel. Car lorsque les anciens siègent au conseil d'administration, la casquette "industrielle" l'emporte très largement sur celle d'alumni.

Et contrairement à ce qu'on peut entendre parfois, nos positions ne sont en aucun cas dogmatiques.

Très modestement, nous avons toujours essayé d'user de notre influence pour améliorer la qualité de la formation. Et aujourd'hui, la force du réseau des Gadzarts est certainement le point le plus positif à mettre en avant lors du recrutement des étudiants...

Les statuts actuels ont été rédigés de concert entre l'école, la tutelle et les alumni en 2012. Ils représentent pour nous un équilibre remarquable entre pouvoir central, campus en régions et industriels. Pourquoi vouloir casser cette particularité et éradiquer toute présence industrielle ?

Le projet de décret modifiant les statuts de l'école passe en ce moment même en Conseil d'État. Qu'espérez-vous de cet appel au président de la République ?

Il est impossible de procéder à des changements si radicaux de façon peu démocratique. Le délai entre la publication du rapport de l'IGAENR et la rédaction du projet de décret a été très court. C'est la ministre qui a choisi d'insuffler ce rythme. Nous ne le comprenons pas.

Il est temps d'arrêter cette réforme, le décret n'étant pas encore publié, et de réouvrir le dialogue.

S'est greffée à la réforme statutaire la discorde autour de la marque d'Arts et Métiers. Alors que l'école s'apprêtait à annoncer son changement d'identité visuelle, la Soce (Société des ingénieurs Arts et Métiers) l'a devancée en mettant en ligne sur son site web les nouveaux logos...

Nous avons travaillé en parfaite harmonie avec l'école sur le sujet pendant un an et demi. Nous avons défini un logo, une image, pour promouvoir une marque dont nous sommes détenteurs depuis 1997 – que cela plaise ou non à notre ministère de tutelle.

L'école n'a pas poursuivi sur cette voie pour des raisons qui lui appartiennent. Nous avons nous décidé d'utiliser le nouveau logo. Et pour cause : nous en avons financé le développement et nous en avons les droits partagés.

La Soce écrit (aussi) à Emmanuel Macron
Le 15 juin 2016, les représentants de la Société des ingénieurs Arts et métiers ont fait parvenir une autre lettre, adressée cette fois ci à Emmanuel Macron. La "Soce" milite en faveur d'un rattachement de l'école d'ingénieurs au ministère de l'Economie et des Finances, comme c'est le cas pour les écoles de l'Institut Mines-Télécom.

L'établissement dépend aujourd'hui du ministère de l'Education, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Céline Authemayou | Publié le