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Assises ESR : ce qui fait consensus... et ce qui fait encore débat

Olivier Monod
Publié le
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Assises ESR  : ce qui fait consensus... et ce qui fait encore débat

Les Assises nationales de l’enseignement supérieur et de la recherche se sont tenues les 26 et 27 novembre au Collège de France à Paris. En attendant la remise du rapport attendu pour la mi-décembre, EducPros fait le point sur les propositions qui font consensus et les sujets qui suscitent encore le débat.

Le rapport du comité de pilotage ne sera rendu que dans trois semaines, mais les derniers débats des Assises permettent de tester face aux acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche quelques-unes des 121 propositions ébauchées par le comité de pilotage. Certaines font consensus et devraient se retrouver dans le projet de loi attendu au printemps 2013. Pour d’autres, le gouvernement devra trancher.

Organisation nationale et territoriale de l’enseignement supérieur et de la recherche

Ce qui fait consensus

Les griefs à l’encontre de la LRU sont connus de longue date. Hyperprésidence, déséquilibre des pouvoirs… Roger Fougères, rapporteur de l’atelier, a insisté sur les thématiques défendues par le Premier ministre de « collégialité » et de « démocratie », sans pour autant rentrer dans le détail.

Le comité de pilotage devrait tout de même proposer un CA (Conseil d'administration) élargi, afin de permettre une meilleure représentation des élèves et des personnels administratifs. Vincent Berger, rapporteur général des Assises a aussi indiqué que, si le CS (Conseil scientifique) et le CEVU (Conseil des études et de la vie universitaire) ne seront pas fusionnés dans un Sénat scientifique, ils seront appelés à se réunir régulièrement afin de mettre en concordance les politiques de recherche et de formation des établissements.

Le rapport devrait donc proposer un nouveau cadre légal plus démocratique et plus lisible pour les PRES (Pôles de recherche et d'enseignement supérieur) dont le nom devrait changer.

Ce qui fait débat

La question du rôle exact des personnalités extérieures au sein du CA reste un point de débat. Leur droit de vote lors de l’élection du président est un réel point d’achoppement.

L’évaluation est certainement le sujet qui anime le plus une salle d’enseignants-chercheurs. Cet intérêt ne permet toutefois pas d’établir une modalité précise et consensuelle d’évaluation des institutions et des personnes. L’avenir de l’AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) divise d’ailleurs la communauté. Le rapport devrait tout de même amener des propositions précises comme la suppression des notes remplacées par « des avis motivés » selon Vincent Berger.

Ce qui a été recalé

Les débats de la veille ont déjà obligé le comité de pilotage à reculer sur certaines de ses 121 propositions. Ainsi, l’idée de créer un conseil de la vie étudiante, à côté du CEVU, au sein des établissements a été mal accueillie. Les participants se demandaient pourquoi créer un conseil supplémentaire à l’heure de la simplification des structures.

Afin de mieux valoriser l’implication des collectivités territoriales et notamment des Régions dans les établissements, l’idée de signer des contrats tripartites « université-Etat-Région »  a été également émise et recalée. Il faudra se contenter de contrats bilatéraux élaborés de manière « concomitante ».

 Nous sommes dans un contexte budgétaire contraint. Je ne suis pas la fée Fioraso

Financement et organisation de la recherche

Ce qui fait consensus

L’avenir de l’ANR (Agence nationale de la recherche) n’a pas été remis en cause lors des débats mais son fonctionnement, oui. « L’ANR est un opérateur, pas un stratège » a tenu à rappeler Pierre Tambourin, rapporteur de l’atelier sur le sujet en l’absence de Cédric Villani. Le consensus sur le sujet se dirige vers moins d’appels d’offres, pour des projets plus longs et valorisant les jeunes chercheurs et les PME innovantes.

Autre point d’agrément : le constat sur la multiplication des précaires dans l’enseignement supérieur et la recherche. Une situation que Pierre Tambourin « a découvert » lors des débats. Les Assises auront donc au moins permis de sensibiliser l’ensemble des acteurs à ce problème. Une reconnaissance dont ne peuvent se targuer les ITA et BIATOSS dont les problèmes ont été peu évoqués, de l’aveu même du rapporteur.

Ce qui fait débat

Les limites exactes de la précarité sont toutefois encore en débat. En effet, peu de responsables considèrent les doctorants non rémunérés ou les post-doctorants comme des statuts précaires. Une opinion différente de celle des associations et syndicats.

Sur le sujet, les participants ont bien indiqué que la titularisation des personnels précaires ne devrait pas entraîner une baisse du rythme des titularisations habituelles. « Nous sommes dans un contexte budgétaire contraint, a commenté la ministre. Il faudra trouver le bon équilibre mais je ne suis pas la fée Fioraso. »

L’utilité de l’HDR (Habilitation à diriger les recherchers) et l’impact réel du Crédit Impôt Recherche sont également à mettre au rang des sujets sur lesquels le gouvernement avancera en terrain glissant.

La réussite des étudiants

Ce qui fait consensus

La réussite des étudiants repose en partie sur la qualité de leurs formateurs. La formation des enseignants-chercheurs ainsi que leur évaluation doivent donc davantage prendre en compte la pédagogie.

De même, un consensus semble se créer pour que les bacheliers professionnels et technologiques aient des places réservées en IUT et en BTS afin de ne pas se retrouver dans des cursus pour lesquels ils ne sont pas préparés.

Enfin, Vincent Berger appelle de ses vœux une stratégie innovante, ambitieuse et massive en faveur de la pédagogie numérique afin que la France se place dans le peloton de tête sur thème d’avenir. « Ce serait une erreur historique de ne pas voir la révolution en cours », a-t-il martelé.

Ce qui fait débat

Ces initiatives pédagogiques risquent tout de même de se heurter à des conservatismes. Le comité de pilotage voudrait par exemple obliger tous les enseignants-chercheurs à enseigner en premier cycle, alors que dans le même temps, le paléontologue Yves Coppens, à la tribune, défendait le droit de certains chercheurs à ne pas enseigner.

De même la volonté de créer des passerelles entre le supérieur et le lycée bute sur la mise en place d’une réelle mobilité des enseignants entre le secondaire et le supérieur. De même, plusieurs voix se sont déjà élevées contre le projet d’une licence pluridisciplinaire en première année et se spécialisant progressivement vers la troisième année.

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Olivier Monod | Publié le

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Dubois.

Pauvreté des propositions des Assises sur la formation tout au long de la vie. Chronique : "Droit à la formation initiale différée pour les bacheliers professionnels et technologiques" http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/11/30/droit-a-la-formation-initiale-differee/

Romain.

Une erreur s'est glissée dans votre article. Concernant les précaires de l'enseignement supérieur et de la recherche (ESR), vous avez ecrit: "Les Assises auront donc au moins permis de sensibiliser l’ensemble des acteurs à ce problème [la précarité]. Une reconnaissance dont ne peuvent se targuer les ITA et BIATOSS dont les problèmes ont été peu évoqués, de l’aveu même du rapporteur." Sachez que sous le terme "précaires" sont regroupés de manière indifférenciée les Technicien, Administratif, Ingenieur (donc les ITA et BIATOSS) ainsi que les chercheurs et enseignant chercheur en contrat post doctoral. De fait, les collectifs de précaires défendent l'ensemble des personnels de l'ESR.

HENRY.

Sur le point "la réussite des étudiants" faut-il rappeler: 1- que les futurs étudiants venant des bac professionnels ou technologiques ne sont pas plus "préparés" à aller en IUT qu'en UFR. 2- Si des places leur sont "réservées" (à ne pas confondre avec un quelconque QUOTA) elles ne seront pas nécessairement utilisées selon les spécialités de département d'IUT. Il faut en effet constater qu'il y a deux grandes familles de bacheliers technologiques: les secondaires et les tertiaires et les flux des lycéens souhaitant aller en IUT sont très différents selon le type de bac d'origine. Cette proposition est un serpent de mer depuis au moins 25 ans!!!

Benoit.

Serpent de mer qu'il est grand temps de tuer !!! La situation actuelle est absurde où les filières technologiques "courtes" (BTS et IUT) recrutent sur dossier les étudiants ayant les meilleures capacités à réussir en Licence et au delà (comme le démontre le % de poursuite d'étude de ces étudiants et leur réussite au delà de la moyenne en master, voire en doctorat) alors que dans le même temps des élèves médiocre (voir pire) de bac technologique, mais aussi ( on l'oublie trop souvent) de bac général se retrouvent bien malgré eux en première année de Licence avec un avenir quasi nul (sauf exceptions dont j'ai fait partie). L'idée de places réservée est stupide, ce qu'il faut c'est stopper la sélection à l'entrée des IUT et BTS et inviter le plus grand nombre à suivre ces formations plébiscitées, et surtout ceux issus des formations technologiques et les plus mal à l'aise parmi ceux des formations générales.