Développement durable : le monde de la recherche fait son introspection

Sarah Nafti
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Développement durable : le monde de la recherche fait son introspection
L'enjeu du développement durable est devenu crucial dans la recherche. // ©  H_Ko/Adobe Stock
Comment intégrer les questions de développement durable dans la recherche ? Plusieurs grandes institutions et acteurs de la recherche sont venus témoigner de leurs enjeux et travaux lors du colloque "Pour une recherche et une innovation responsables" organisé par la CGE (Conférence des grandes écoles) en janvier 2021.

L'enjeu du développement durable est, comme partout ailleurs, devenu crucial dans la recherche. "Cet enjeu est d'autant plus important que les domaines de recherche de l'Inrae – alimentation, gestion des ressources, environnement etc. – s'inscrivent dans un défi planétaire, celui d'assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, confirme Benoît Malpaux à l'occasion d'un colloque 'Pour une recherche et une innovation responsables' organisé par la CGE en janvier dernier.

Les efforts des établissements pour s'emparer du développement durable

Les organismes de recherche mettent l'accent sur le développement durable

La stratégie de l'Inrae a d'ailleurs été définie, selon un mécanisme participatif, autour de cinq grandes orientations scientifiques qui traduisent l'importance de cette question : répondre aux enjeux (adaptation au changement climatique, biodiversité…) ; accélération de la transition vers l'agroécologie ; bioéconomie (utilisation circulaire des ressources) ; approche globale de la santé ; mobiliser le numérique pour la transition.

"La recherche en matière agricole est perçue de manière ambivalente", remarque, de son côté, Sylvain Perret, directeur du département environnement et sociétés au Cirad, qui accompagne le développement agricole dans les pays du Sud. "Il y a beaucoup d'attentes, mais en même temps nous manipulons le génome, il y a le cas des OGM, de ces crises sanitaires, nutritionnelles pour lesquelles nous n'avons pas de réponses."

Le Cirad a mis en place 'Impress' (Impact of Research in the South) en 2018 afin d'évaluer l'impact de la recherche. Le but est de "clarifier" ce qui est fait "depuis l'intention de la recherche jusqu'à l'impact final". "La recherche doit être contributive et impliquer un réseau d'acteurs, ajoute-t-il. En partant de la vision d'un futur souhaitable, il faut réfléchir à la série d'actions et de partenaires à impliquer."

Il faut faire en sorte d'apporter des réponses originales et significatives aux enjeux sociétaux en travaillant de manière pluridisciplinaire. (A. Schuhl, CNRS)

Au CNRS, la recherche s'articule autour d'objectifs sociétaux : changement climatique, inégalités dans l'éducation, Intelligence artificielle, santé et environnement, territoire du futur et transition énergétique. Pour Alain Schuhl, directeur général délégué à la science au CNRS, "il faut créer une dynamique pour faire en sorte d'apporter des réponses originales et significatives à ces enjeux en travaillant de manière pluridisciplinaire."

Le CNRS cherche aussi à "diminuer l'impact environnemental des activités de recherche en gardant l'excellence", avec par exemple des outils de mesure de l'empreinte carbone. Un comité développement durable a été créé, avec l'ensemble des directions fonctionnelles. Il étudie notamment les questions de mobilités internationales ou encore des mesures RH à prendre sur le télétravail pour limiter les déplacements.

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L'importance d'intégrer le développement durable dans la formation

A l'Insa Lyon, la responsabilité sociétale est au centre de la formation. "Notre objectif est de former des ingénieurs citoyens de très haut niveau technique avec un sens de la responsabilité sociétale", explique ainsi Marie-Christine Baietto, directrice de la recherche de l'Insa Lyon.

La démarche de développement durable de l'école se décline au niveau du campus, "qui doit être notre vitrine des pratiques innovantes", de la formation et de la recherche. "La formation des élèves vise à répondre à la quête de sens, à en faire des acteurs formés et outillés pour se saisir des enjeux, afin qu'une fois en entreprise, ils soient à même de déployer des solutions en réfléchissant à l'impact environnemental ".

Dans la conception même des algorithmes, on peut être plus économe en énergie. (B. Plateau, Grenoble INP-UGA)

Mais "comment enseigner le développement durable ?" s'interroge aussi Brigitte Plateau, chargée de la stratégie réseaux européens Grenoble INP-UGA, qui juge que toutes les disciplines doivent faire leur introspection. Elle cite l'exemple de l'informatique : "dans la conception même des algorithmes, on peut être plus économe en énergie". Le numérique représente actuellement 4% des émissions de gaz à effet de serre, une proportion qui devrait doubler en 2025.

Elle note aussi que le fait de travailler au niveau européen amène à se poser la question de sa propre empreinte carbone : "Avant, on parlait de mobilité à tout prix, même dans la formation de nos étudiants à l'Europe", estime-t-elle. Aussi à l'image de ce qui est fait pour promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes, elle invite à réfléchir à "des outils musclés" et contraignants pour le développement durable.


Sarah Nafti | Publié le