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Enseignement supérieur : quel est le bilan de Barack Obama ?

Jessica Gourdon
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Le président Barack Obama (ici lors de la 250e cérémonie de remise des diplômes de l'université Rutgers, en mai 2016) a réussi à imprimer sa marque sur l'enseignement supérieur. // ©  ZACH GIBSON/The New York Times-REDUX-REA
Tour de vis donné au privé, mesures en faveur des prêts étudiants et des bourses. Tel est, en résumé, le bilan d'Obama dans l'enseignement supérieur. Ses mandats restent cependant marqués par la hausse vertigineuse du coût des études et de la dette étudiante. Le point au dernier jour de sa présidence.

Si son bilan dans l'enseignement supérieur n'a rien de spectaculaire, Barack Obama a tout de même réussi à imprimer sa marque. Il faut dire que le président des États-Unis affiche une sensibilité particulière pour ce sujet : pétri de culture universitaire, ce diplômé en droit est passé par les bancs des plus prestigieuses institutions américaines (Columbia, Harvard), et été pendant douze ans professeur à l'université de Chicago.

davantage de prêts, mais la hausse des frais de scolarité n'a pas été endiguée

Le premier axe de son bilan ? Le financement des études. Avec, d'une part, l'augmentation des bourses étudiantes fédérales, les “Pell Grants”, qui a permis à 2 millions d'étudiants supplémentaires d'en bénéficier. D'autre part, un vrai coup de pouce au système des prêts étudiants (aux États-Unis, l'État les subventionne et s'en porte garant), puisque des mesures les ont rendus plus accessibles, moins chers et qu'un dispositif limite les remboursements à 10 % du revenu annuel des jeunes entrés dans la vie active. Des déductions fiscales ont aussi été accordées aux parents d'étudiants.

Autant d'actions qui tentent d'atténuer les effets de l'envolée des frais de scolarité, préoccupation majeure des Américains. Le cout d'une année d'études est ainsi passé de 16.231 $ en moyenne en 2007-2008 à 21.003 $ en 2013-2014, selon les derniers chiffres disponibles. Soit une hausse de 30 % en six ans (+ 17 % lorsqu'on ajuste ce chiffre à l'inflation). Une tendance que le président a souvent dénoncée, mais sur laquelle il est resté impuissant (les principaux leviers restant entre les mains des établissements et des États). Sa proposition forte dans ce domaine – rendre gratuits les community colleges – est restée lettre morte, faute d'approbation au Congrès.

Ainsi, sous la présidence Obama, la dette étudiante a continué sa dangereuse escalade : elle dépasse aujourd'hui 1.300 milliards de dollars, et des millions d'étudiants sont en défaut de paiement. Cette situation potentiellement explosive s'ajoute à des statistiques peu flatteuses concernant le décrochage : aux États-Unis, 40 % des élèves qui entrent en première année de Bachelor abandonnent avant d'obtenir leur diplôme, tout en ayant souvent des prêts à rembourser.

Sous la présidence Obama, la dette étudiante a continué sa dangereuse escalade : elle dépasse aujourd'hui 1.300 milliards de dollars.

Contrôle des établissements privés et fermeture de certains

Le deuxième grand axe de la politique de Barack Obama n'est pas étranger à cette problématique. Le président a mis en place un contrôle accru du vaste secteur privé “for profit” (à but lucratif). Des institutions qui se caractérisent par un fort taux de décrochage : en moyenne, seul un quart de leurs élèves entrés en première année obtiennent leur diplôme. Certaines de ces universités étaient dans le viseur de l'Administration, accusées de survendre des cursus de qualité discutable à des jeunes qui s'endettent.

Sous l'impulsion de Barack Obama, l'Administration a demandé à ces établissements davantage de comptes sur leur fonctionnement, l'insertion de leurs étudiants, leurs investissements, sous peine que leurs étudiants ne soient plus éligibles aux bourses et prêts d'État. Elle a aussi créé un site, le College Scorecard, qui publie des données comparatives sur les coûts et débouchés de chaque institution, publique ou privée.

En 2015, un événement a frappé les esprit : la fermeture, sous pression de ces nouvelles règles, de Corithian Colleges, un énorme groupe privé (74.000 étudiants) dont le fonctionnement était entaché de pratiques illégales. L'année suivante, un autre poids lourd, ITT Tech (35.000 étudiants), fermait abruptement ses portes. Et en septembre, l'Administration a déclaré qu'elle ne reconnaissait plus l'organisme d'accréditation Acics, jugé trop complaisant à l'égard de ce secteur.

Enfin, la présidence de Barack Obama restera marquée par le combat, très médiatisé, contre le harcèlement et les agressions sexuelles sur les campus : création d'une “task force” à la Maison-Blanche, campagne de prévention, rapports, guide de bonnes pratiques, etc. Si l'impact est encore difficile à mesurer, ce volontarisme a en tout cas créé, aux États-Unis, une nouvelle prise de conscience sur ces sujets.


Jessica Gourdon | Publié le

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