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Grande école du numérique : un label déjà convoité

Céline Authemayou
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Hackathon Elysée
À l’occasion du lancement de la grande école du numérique, l’Élysée a accueilli un hackathon, réunissant une soixantaine de jeunes issus de formations des métiers du numérique. // ©  RGA / R.E.A

Annoncée par François Hollande en février 2015, la grande école du numérique a officiellement été lancée le 17 septembre 2015. Elle prendra la forme d’un label attribué à des formations courtes ouvertes en priorité à de jeunes décrocheurs. Les premières labellisations sont attendues pour janvier 2016.

Ne dites plus grande école du numérique mais GEN. L’acronyme va devenir au cours des prochaines semaines un sésame très désiré par les acteurs du secteur numérique. Jeudi 17 septembre 2015, François Hollande a officialisé le lancement du projet, annoncé en début d’année.

Jusqu’alors, le mystère était complet sur la forme que prendrait cette "grande école" ayant pour objectif d’offrir à des jeunes exclus du système classique de formation un cursus qualifiant dans le domaine du numérique. "L’expression grande école peut donner l’impression qu’il s’agit là d’une initiative sélective, a reconnu le président de la République. En réalité, cette école est grande car elle est ouverte à tous et implantée sur tout le territoire."

S’il s’agit de répondre à une demande pressante des acteurs économiques du secteur en manque de profils qualifiés, le but est aussi et surtout de permettre à des jeunes sans qualification d’accéder à une formation courte, pratique et professionnalisante.

"Ce projet s’adresse à un public que l’enseignement supérieur classique n’arrive pas à capter", reconnaît Gilles Roussel, président de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée et l’un des trois auteurs du rapport de préfiguration, remis ce 17 septembre au président de la République.

Un label attribué à des "fabriques"

Cette grande école du numérique prend donc la forme d’un label. GEN sera aussi bien attribué à des formations qu’à des structures, existantes ou nouvelles. Toutes ces "fabriques" devront répondre à un cahier des charges précis et seront auditées par un comité de labellisation indépendant en cours de constitution.

"Plusieurs critères seront indispensables à l’obtention du label, explique Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du Numérique. Tout d’abord, aucun prérequis académique ne pourra être exigé. La sélection se fera sur le talent et la motivation." La formation durera de trois mois à deux ans maximum et utilisera les pédagogies innovantes (apprentissage de pair à pair, pédagogie par projet, etc.).

S’adressant en priorité au public décrocheur, le projet s’ouvre aussi à tous les jeunes intéressés par le numérique. Le cahier des charges devrait tout de même obliger les fabriques à accueillir au minimum 50% de jeunes sans emploi. Enfin, un lien étroit devra être construit entre le cursus et les entreprises. "GEN répond à une urgence sociale, rappelle Axelle Lemaire. Il est essentiel d’assurer l’insertion professionnelle des jeunes formés."

L’expression grande école peut donner l’impression qu’il s’agit d’une initiative sélective. En réalité, cette école est grande car elle est ouverte à tous et implantée sur tout le territoire.
(F. Hollande)

50 formations en 2016, 200 en 2017

Si GEN séduit tant les acteurs du secteur, c’est qu’elle leur permettra de jouir d’une reconnaissance officielle. "Cet élément est très important pour notre public, constate Mathilde Chaboche, coordinatrice de SimplonMars, initiative menée depuis quelques mois par Simplon et l’École centrale de Marseille. Pour nos jeunes, l’impact est symbolique, il légitime leur démarche et il rassure les recruteurs."

Cette reconnaissance passera par l’obligation pour les fabriques d’inscrire leur cursus au RNCP (répertoire national des certifications professionnelles). En contrepartie, les élèves pourront bénéficier d’un système de bourses, délivrées sur les mêmes critères que celles accordées aux étudiants. Un fond de 10 millions d’euros a été débloqué pour permettre leur financement.

L’appel à projets lancé dès ce 17 septembre est ouvert jusqu'au 19 octobre 2015. Les premières formations labellisées GEN ne seront, elles, connues que fin 2015. Chaque fabrique recevra une dotation de 70.000 euros. Elles devraient être 50 dans un premier temps. L’objectif du gouvernement étant de porter dès l’an prochain ce chiffre à 200, pour 10.000 jeunes formés. Certains acteurs sont déjà bien positionnés pour obtenir le sésame, à l’image de Simplon.

écoles et universités candidates

Mais des établissements d’enseignement supérieur "classiques" sont aussi sur les rangs. Comme l’université de Haute-Alsace, avec UHA 4.0. Le cursus s’adresse aujourd’hui à des titulaires de baccalauréat, mais il devrait s’ouvrir à tous les publics via un DAEU (Diplôme d'accès aux études universitaires).

"J’attends de cette labellisation qu’elle m’offre un peu plus de liberté administrative, concède Pierre-Alain Muller, vice-président de l’université. De plus, si GEN permet d’apporter une source de financement, on ne rechignera pas !"

L’école d’ingénieurs Télécom Saint-Étienne va également déposer un dossier. Pensée avec Simplon, le Cnam et des acteurs locaux du numérique, l’initiative entend former en trois ou quatre mois des jeunes à la conception numérique. "Les entreprises membres du label FrenchTech local seront intégrées à la démarche, détaille Jacques Fayolle, directeur de l’école. Il n’y aura pas plus d’apprenants que d’entreprises partenaires, pour assurer une insertion professionnelle optimale." La formation, qui permettra d’obtenir un diplôme d’université, sera lancée en janvier 2016. Que le label GEN soit obtenu ou pas.

Le label Grande école du numérique (GEN) en chiffres :
- 50 "fabriques" labellisées d’ici à début 2016, avec un objectif de 200 en 2017
- 10.000 élèves formés d’ici 2017

- Des fabriques issues du monde associatif, mais aussi de l’enseignement supérieur
- Un appel à labellisation ouvert jusqu’au 19 octobre 2015
- Un label obtenu pour trois années après appel à projets
- Un comité indépendant de labellisation

- Une structure nationale prenant la forme d’un GIP (groupement d’intérêt public)
- 70.000 euros alloués pour chaque fabrique
- Un budget de 10 millions d’euros consacré à GEN pour l’attribution de bourses délivrées sur critères sociaux.

Céline Authemayou | Publié le

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