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Grandes écoles : un modèle plébiscité mais sommé d'évoluer plus vite

Etienne Gless
Publié le
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Grandes écoles : un modèle plébiscité mais sommé d'évoluer plus vite
Le principal challenge pour les grandes écoles reste d’ouvrir davantage le recrutement pour promouvoir la mixité sociale et l’égalité des chances. // ©  Adobe Stock/ Kasto
Doutes sur leur capacité à former leurs étudiants dans les métiers en tension, insuffisance de diversité et de formations hybrides...L’enquête Ipsos pour le dernier congrès de la Conférence des grandes écoles (CGE) pointe les faiblesses des grandes écoles perçues par le monde professionnel. Pas de quoi toutefois remettre en cause ce modèle.

Sérieux, motivés, esprits structurés, puissance de travail et d'analyse, autonomie… Les qualités prêtées aux diplômés des grandes écoles continuent de placer leur CV en haut de la pile sur le bureau des recruteurs. Le modèle des grandes écoles a de l'avenir et conserve la confiance des jeunes, de leurs parents et du monde professionnel, selon les trois études publiées par Ipsos en octobre 2019 pour le congrès de la Conférence des grandes écoles (CGE) à Lyon.

Du côté des jeunes et de leurs parents, les grandes écoles conservent toute leur confiance : les 16–20 ans les placent même en tête des formations dans lesquelles ils ont le plus confiance (35%) pour les préparer aux métiers de demain, devant les BTS (21%) ou les formations universitaires (16%). L’argument numéro un pour convaincre les jeunes de rejoindre une grande école ? La possibilité offerte de se constituer un réseau professionnel (75%) devant la possibilité de travailler facilement à l’étranger (71%) ou de trouver aisément un CDI (71%) et le suivi personnalisé proposé (70%).

Lire aussi : Dix raisons de faire une grande école

La prépa, un modèle attractif pour 57% des 16–20 ans

L'essor des formations de grandes écoles post-bac en 5 ans ou de formations de type bachelor pourraient laisser croire que le modèle de la prépa est en perte de vitesse chez les nouvelles générations. Il n'en est rien. La classe préparatoire reste une voie royale pour celles et ceux qui envisagent de faire une grande école. Loin d’être boudée ou contournée, elle connait un regain d’intérêt pour ceux des 16–20 ans : 57% d'entre eux souhaiteraient intégrer une CPGE.

Ils étaient moins nombreux en 2016 lors d'une précédente étude. Mais ce sont surtout leurs parents qui plébiscitent (à 84%) la classe prépa pour leur progéniture. Les recruteurs quant à eux y sont moins sensibles : pour la majorité d’entre eux (56%) que le diplômé d’une grande école ait fait une classe préparatoire ou soit entrée à l'école par la voie des admissions parallèles n’a pas vraiment d’importance.

Lire aussi : Palmarès : le classement 2019 des prépas

Doutes sur capacité à former aux métiers et secteurs en tension

Si les entreprises et recruteurs jugent les grandes écoles plutôt en phase avec les évolutions de la société, celles-ci doivent néanmoins mieux former aux métiers et secteurs en tension et diversifier davantage leur offre et leur recrutement. Les doutes subsistent pour 54% des employeurs quant à la capacité des grandes écoles à former suffisamment leurs étudiants aux secteurs et métiers en tension.

La grande école ça ne suffit pas, en tout cas pas en start-up.

L’évolution amorcée par les établissements n’est pas jugée suffisamment visible. Ce qui explique peut-être pourquoi la concurrence émerge avec des filières d’excellence dans des secteurs comme le numérique : école 42, Gobelins, Epitech…"La grande école ça ne suffit pas, en tout cas pas en start-up", pointe le fondateur d’une entreprise de biotechnologies. Le cahier des charges des recruteurs a changé.

Le monde professionnel réclame des profils plus interdisciplinaires, plus adaptables, plus divers. Moins formatés en un mot. Confrontées au tsunami qu’exerce la transformation digitale sur leurs organisations, les entreprises recherchent des profils capables de s’adapter aux évolutions à venir. En amont, les grandes écoles se voient donc sommer d'innover encore davantage en termes de pédagogies pour adapter le contenu de leurs formations et multiplier les passerelles ou doubles diplômes pour générer davantage de profils hybrides : ingénieur-manager, ingénieur architecte, designer manager…

Lire aussi : Écoles du Web : comment se former au numérique ?

Le défi de l'ouverture sociale et de la diversité encore à relever

L'étude Ipsos souligne la nécessité d'amplifier les possibilités l'alternance ou d'apprentissage au sein des grandes écoles. Car le principal challenge reste sans doute d’ouvrir davantage le recrutement pour promouvoir la mixité sociale et l’égalité des chances. A l’heure où l’X accueille 12% d’élèves boursiers, HEC Paris 18% et l’ENS Paris 19% (contre 38% en moyenne dans l’ensemble de l’enseignement supérieur) le défi de l’ouverture sociale des grandes écoles reste entier. Au moins pour certaines des plus prestigieuses d’entre elles.


Etienne Gless | Publié le

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jc.

> Sérieux, motivés, esprits structurés, puissance de travail et d'analyse, autonomie… Mis à part peut être le dernier point, on retrouve à la sortie des grandes écoles le critère sur lequel les étudiants ont été sélectionnés à l'entrée. Bluffant non ? :P