Incubateurs en grandes écoles : se transformer pour durer

Éléonore de Vaumas
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Incubateurs en grandes écoles : se transformer pour durer
L'incubateur d'emlyon business school, ouvert en 1984, est l'un des pionniers de l'enseignement supérieur. // ©  Stephane AUDRAS/REA
Passée la phase d’euphorie où chaque école voulait son propre incubateur, la génération actuelle d’incubateurs académiques doit asseoir sa crédibilité en faisant preuve d’adaptation et de professionnalisme. Et, pour les plus ambitieux, en osant prendre des parts dans les projets.

Ils répondent aux noms d'IncubaGEM, Centrale-Audencia-ENSA, Essec Ventures, Edhec entrepreneurs, Blue Factory ESCP, TBSeeds, Creative Valley, IncubAlliance ou tout simplement incubateur… et leur présence se fait de plus en plus marquée sur le territoire français.

Poussées par une vague entrepreneuriale sans précédent, rares sont les grandes écoles à ne pas s’être dotée d’un incubateur. Si le paysage des incubateurs de l’enseignement supérieur est caractérisé par une forte hétérogénéité, beaucoup ont su tirer leur épingle du jeu en adaptant leur(s) programme(s) aux nouvelles exigences des étudiants et en devenant un acteur important en matière d’accompagnement de l’entrepreneuriat.

"Ce qui compte aujourd’hui dans les écoles et les universités, c’est d’expérimenter la démarche entrepreneuriale pour tout le monde, le plus tôt possible, même si cela n’aboutit pas à la création d’une start-up. Pour les établissements, il faut donc s’adapter, innover, coopérer pour offrir un processus d’accompagnement de qualité", analyse Joël Saingré, directeur d’Arts & Métiers Accélération et cofondateur, en 2010, du réseau IES (Incubateurs de l’enseignement supérieur).

Affiner le processus d’accompagnement

Face à l’évolution des mentalités, les structures se sont considérablement modifiées. Si la phase dite de pré-incubation reste l’une de leurs spécificités, leur champ d’intervention s’étend à "un positionnement d’incubateur de projets plus proches des marchés, tout en tentant de rester cohérents avec leurs missions de formation", pointe la CGE (Conférence des grandes écoles) dans une étude parue en 2017. Une transformation qui n’a pas épargné emlyon business school, dont l’incubateur, ouvert en 1984, est l’un des pionniers de l’enseignement supérieur.

Incubateurs : les grandes écoles s'interrogent sur le modèle à adopter

"Pré-incubateur pour le PGE, track spécifique de six mois pour les MBA, startup-camp, programme de mentorat, accélérateur, quelle que soit la typologie de l’étudiant à l’école, nous avons un dispositif adapté sur-mesure", annonce Alexander Bell, directeur de l’incubateur adossé à l’école lyonnaise. De son côté, la Blue Factory ESCP propose, avec son dispositif Scale, un soutien au développement des entreprises au-delà de deux ans. L’idée ? Faire appel à l’ensemble du réseau des entreprises incubées par l’école de management pour favoriser l’échange entre pairs, tout en développant des interactions avec les Alumni. "Au sein de notre communauté, nous avons des personnes prêtes à faire du mentorat ou à investir dans des projets. Il serait dommage de ne pas en profiter !", détaille Maëva Tordo, directrice de la structure.

La force du réseau

S’il faut reconnaître un atout majeur aux incubateurs "académiques", c’est leur capacité à fédérer des réseaux qui permettent aux porteurs de projets d’être mis en relation avec les meilleurs partenaires commerciaux, techniques, industriels, financiers, etc. "Au fil des années, on a compris que l’accompagnement ne pouvait être fait que par des gens qui ont de l’expérience. On a donc fait rentrer des experts qui se sont substitués aux conseils classiques des professeurs", retrace le cofondateur du réseau IES.

L'avenir des incubateurs de l'enseignement supérieur passera par leur faculté à investir dans les projets. C'est une opportunité pour qu'ils puissent accompagner la croissance des entreprises sur le long terme. (J. Saingré)

Avec près de quarante ans d’existence, l’incubateur des Mines d’Alès a fait de la force de son réseau une spécificité. Si la structure fonctionne avec seulement deux chargés d’affaires, elle possède un vrai dispositif de coopération à l’échelle régionale. "Nous avons fait le choix de ne pas élargir notre offre d’accompagnement pour nous inscrire dans un processus global d’incubation avec l’ensemble du réseau des pépinières locales. Pour moi, le rôle d’un incubateur est d’animer des écosystèmes", explique Anne Lichtenberger, à la tête de l’incubateur des Mines d’Alès.

Cinq millions d'euros par an pour l'entrepreneuriat étudiant

Un équilibre fragile

Dans un contexte toujours plus concurrentiel, la question du modèle de financement est également devenue centrale pour consolider et assurer la pérennité des incubateurs jusque-là tributaires du soutien variable des écoles et, pour certaines, de subventions publiques. En réaction, des dynamiques de mutualisation entre incubateurs commencent ainsi à émerger, facilitées par les logiques de rapprochement entre établissements. Une démarche que Sébastien Tran, directeur de l’EMLV, juge incontournable; "Dans certaines zones, comme la région parisienne, il y a beaucoup d’incubateurs, il n’est donc pas illogique d’envisager une meilleure structuration entre tous les acteurs".

"C’est difficile d’équilibrer un incubateur, abonde Alexander Bell. Cette notion de synergie est importante pour nous en termes d’organisation et de process internes car elle nous permet de délivrer plus de valeurs à un coût maîtrisé.". Enfin, autre levier de croissance, beaucoup d’écoles s’interrogent sur l’opportunité de prendre des participations dans des entreprises portées par les étudiants de chez eux. "L’avenir des incubateurs de l’enseignement supérieur passera certainement par leur faculté à investir dans les projets, subodore Joël Saingré. C’est une opportunité pour qu’ils puissent accompagner la croissance des entreprises sur le long terme, de sorte à pouvoir rémunérer la valeur ajoutée de leurs offres de formation au métier de chefs d’entreprises."


Éléonore de Vaumas | Publié le

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