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Exclusif. À Arts et Métiers, guerre ouverte entre le directeur et le président des anciens

Céline Authemayou
Publié le
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Façade des Arts et Métiers à Paris
Les nouveaux statuts d'Arts et Métiers, voulus par Najat Vallaud-Belkacem, doivent être publiés avant le 15 juillet 2016. // ©  Arts et Métiers
Mis en cause dans une lettre ouverte, diffusée au sein d’Arts et Métiers, Laurent Carraro, directeur général de l’école d’ingénieurs, a adressé à son tour une missive à Jacques Paccard, président de la puissante société des anciens. Le message est clair : cette guerre intestine doit cesser.

Les échanges épistolaires musclés sont en passe de devenir le principal mode de communication à Arts et Métiers. Dans une lettre envoyée au président de la société des anciens d'Arts et Métiers le 7 juillet 2016, et diffusée auprès de tout le personnel de l'école d'ingénieurs, Laurent Carraro, directeur général de l'institution, exhorte Jacques Paccard et sa garde rapprochée à stopper leurs "campagne de désinformation, tant auprès des sociétaires que de différents responsables publics et privés en énonçant de multiples contre-vérités".

Dans le document qu'a pu lire EducPros, Laurent Carraro revient sur les derniers épisodes de cette guerre larvée, ayant notamment conduit les anciens à communiquer des chiffres qu'il qualifie de "mensongers" auprès de "différents décideurs".

"[Vous expliquez] que le poids des industriels [au sein du conseil d'administration, ndlr] passera de 30 % à 10 %. Dois-je comprendre qu'à vos yeux seuls les Gadzarts méritent le qualificatif d'industriels ? questionne le directeur général. Car ce chiffre est totalement mensonger puisque dans les faits, nous devrions nous situer autour de 27 % d'industriels au Conseil, chiffre très peu différent de ce que nous connaissons à l'heure actuelle."

Anciens contre direction générale

Cette prise de position intervient quelques jours après la diffusion d'un autre document, tout aussi cinglant. Signée par Jérôme Gavois, représentant des enseignants au conseil d'administration de l'école, une lettre ouverte adressée à François Hollande a circulé dans les couloirs de l'institution, début juillet.

Le texte s'inquiète de la réforme en cours des statuts de l'école, voulue en février 2016 par Najat Vallaud-Belkacem à la suite de la publication le même mois d'un rapport de l'IGAENR (Inspection générale de l'administration de l'Éducation nationale et de la Recherche) remettant en cause la place jugée "hégémonique" des anciens dans la gouvernance de l'établissement public. Le "fort appui du milieu économique local", assuré selon Jérôme Gavois par la représentation forte des anciens au sein du conseil d'administration, est menacé par le projet de décret proposé par le ministère de tutelle.

Jérôme Gavois – lui-même Gadzart – va plus loin, ciblant directement le directeur général. "[Son] mandat semble avoir été rapidement marqué par une forte défiance vis-à-vis de l'ensemble des personnels ; et la défiance est mauvaise conseillère."

déja une lettre à françois hollande

En réponse à ces attaques, Laurent Carraro questionne Jacques Paccard sur l'origine de la lettre de Jérôme Gavois. "Je viens d'apprendre que le courrier 'spontané' d'un enseignant de l'école [...] implique vos collaborateurs les plus proches." Et le directeur général d'ajouter que le message en question provient de "sept personnels de l'établissement pour un effectif avoisinant les 1.100 [...]. Vous offrez là une piteuse image de l’action de votre association."

Cette littérature épistolaire, que Laurent Carraro ne souhaite pas commenter, complète la série entamée il y a quelques semaines. Le 15 juin 2016, la société des anciens publiait une lettre ouverte adressée au président de la République dans différents médias nationaux, exhortant François Hollande à freiner le processus en cours de réforme des statuts.

"Il est impossible de procéder à des changements si radicaux de façon peu démocratique, argumentait alors Jacques Paccard, président de l'association. Le délai entre la publication du rapport de l'IGAENR et la rédaction du projet de décret a été très court. C'est la ministre qui a choisi d'insuffler ce rythme. Nous ne le comprenons pas."

Un décret à paraître avant le 14 juillet

Le même jour, une pétition était par ailleurs lancée par l'association des anciens. Baptisée "Sauvons Arts et Métiers", elle rassemble, le 7 juillet 2016, 22.241 soutiens.

Autre initiative de la Soce (Société des ingénieurs Arts & Métiers), une lettre était envoyée mi-juin au cabinet d'Emmanuel Macron, les anciens souhaitant voir "leur" école rejoindre la tutelle du ministère de l'Économie et de l'Industrie, aux côtés de l'Institut Mines-Télécom.

L'initiative a eu le don d'agacer la rue Descartes et de laisser perplexes les équipes d'Emmanuel Macron. Dans les prochains jours, une réponse – écrite une fois de plus – devrait partir de Bercy. Mais le temps est compté : examiné début juillet en Conseil d'État, le projet de décret réformant les statuts d'Arts et Métiers doit être publié au journal officiel avant le 14 juillet, pour une application le jour suivant sa publication.

L'installation du prochain conseil d'administration de l'école interviendra le 8 septembre 2016. Un rendez-vous qui permettra aux deux camps d'échanger, cette fois-ci, de vive voix.


Céline Authemayou | Publié le

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