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L'innovation pédagogique prise en compte dans l'évaluation des écoles de commerce

Cécile Peltier
Publié le
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ESCP Europe, campus de Paris
Le patron d'ESCP Europe, Frank Bournois, prône une labellisation accélérée des écoles triplement accréditées, comme la sienne, par la CEFDG. // ©  ESCP Europe
Labellisation de nouveaux programmes facilitée, meilleure prise en compte de l'innovation pédagogique, et recentrage sur les "sciences de gestion" dans un esprit d'ouverture. La présidente de la Commission d'évaluation des formations et des diplômes de gestion, Carole Drucker-Godard, a présenté, mardi 10 juillet 2018, aux écoles de commerce réunies à Bercy, une version rénovée de son référentiel d'évaluation en phase avec les évolutions du secteur.

La Commission d'évaluation des formations et des diplômes de gestion n'a pas chômé. Neuf mois seulement après sa nomination à la tête de la CEFDG, également renouvelée de moitié, Carole Drucker-Godard a dévoilé, mardi 10 juillet 2018, à Bercy, un référentiel d’évaluation profondément revisité. Un "travail d’équipe" motivé par la volonté de corriger certains "points de vigilance" observés lors des auditions et surtout de mieux prendre en compte les nombreuses évolutions survenues ces dernières années dans l’enseignement supérieur et dans les écoles, à commencer par les innovations pédagogiques.

“Nous avons voulu nous concentrer davantage sur les programmes eux-mêmes et sur la gestion, et permettre aux écoles davantage d’ouverture, tout en garantissant, du côté de la Commission, toujours autant de rigueur”, résume la présidente.

Un volume minimal de cours de gestion

Ainsi, plusieurs nouveaux critères vont imposer un minimum de "gestion" à l'intérieur d'un programme. En matière d'enseignement : au moins 30 % des heures de cours d'un programme visé, et 50 % d’un programme conférant le grade de Master devront relever du domaine des "sciences de gestion". Mais aussi de composition et d'implication du corps professoral : la Commission va s'assurer qu’un pourcentage minimum des cours est non seulement assuré par des professeurs permanents, mais aussi par des professeurs permanents en gestion (30 % dans le cadre d’un programme visé, et 50 % dans celui d’un grade de Master). Un moyen, à l’heure où les formations se réclamant de la gestion se multiplient, de faire le tri, tout en laissant davantage de latitude aux écoles pour jouer la carte de la transversalité et de l'innovation.

“Un volume de 30 à 50 % de gestion peut paraître exigeant, mais ce pourcentage englobe non seulement le présentiel et le synchrone mais aussi l’asynchrone, de même que c’est à vous de nous dire ce que vous entendez par 'gestion'", précise Carole Drucker-Godard. Libre aux établissements, à côté des cours classiques de finance, de comptabilité ou de marketing, d'étendre la "gestion" à des enseignements de philosophie du management ou de droit des affaires pour peu qu'ils rentrent dans la formation de base de manager.

Les professeurs qui les dispensent seront alors comptés comme des professeurs permanents en gestion, mais ne seront considérés comme "publiants" qu’à partir du moment où ils publient dans des revues de gestion (listes Fnege et CNRS).

Nous avons voulu nous concentrer davantage sur les programmes eux-mêmes et sur la gestion, et permettre aux écoles davantage d’ouverture. (Carole Drucker-Godard)

En matière de recherche, les articles mais pas seulement

En matière de recherche, une école sollicitant un visa ou un grade de Master devra pouvoir justifier d’au moins 50 % de docteurs en gestion au sein de son corps professoral permanent. Si elle conserve le ratio de publication de 0,5 article en gestion par an et par professeur permanent docteur, elle introduit la distinction entre "professeurs publiants" et "professeurs produisants". Ainsi, les auteurs de contributions intellectuelles autres – ouvrages, études de cas, voire conférences – seront désormais valorisés par la CEFDG. Le nouveau référentiel prévoit qu'ils devront assurer au minimum deux tiers des cours de gestion. Une manière de favoriser le lien entre la recherche et l’enseignement.

Au rayon innovation pédagogique, la CEFDG va passer au crible études de cas, Mooc, pédagogies expérientielles et distantielles, en veillant à s'assurer que le niveau de qualité est le même que sur des cours classiques. "On va vous demander des indications sur l’accompagnement, le suivi, les modes d'évaluation des étudiants et regarder la manière dont les professeurs interviennent dans ces cours", développe la présidente.

Des ouvertures de programmes facilitées

Alors que les écoles se développent à un rythme rapide, la CEFDG va, dans le même esprit d'ouverture, faciliter la création de nouveaux programmes, en particulier "lorsqu’ils sont très innovants". Désormais, lorsqu'elle inaugurera une formation, une business school pourra prétendre à l'octroi des labels CEFDG dès l'ouverture, sans attendre les trois promotions réglementaires. À une condition : disposer déjà, pour l'un de ses programmes, d’un grade de Master d’au moins quatre ans. Elle sera alors éligible au visa pour la durée du programme, plus un an. Les écoles qui détiennent déjà un grade de cinq ans, auront, elles, accès à un visa et un grade pour la durée du programme plus un an.

Mieux, en cas de simple duplication d'un programme existant sur un nouveau campus, en France ou à l'étranger, l’accord de la CEFDG sera systématique. Sous réserve bien entendu que tous les critères (corps professoral permanent, taux de couverture par les enseignants permanents, recherche…) soient respectés sur chacun des sites concernés. Et avec le risque de voir le visa, le grade ou leur durée remis en cause, sur tout ou partie des campus.

Un gage de confiance de l'instance d'évalutation envers les écoles, sachant "qu'en cas de doute une audition, voire une visite sur site pourront être programmées”, remarque Carole Drucker-Godard, qui ne veut "faire courir aucun risque aux programmes et aux écoles".

La stratégie d'internationalisation à la loupe

Sans parler de nouveautés, la Commission va préciser certains critères concernant le recrutement des étudiants. Elle va se pencher sur la sélectivité des programmes, les modalités de concours, et en particulier des concours propres lorsqu’ils existent (transparence des modalités de recrutement et contrôle du nombre d’admis). Ainsi que sur le respect du nombre de places ouvertes, qui ont fait l’objet de nombreux "points de vigilance" lors des dernières auditions.

La stratégie d'internationalisation va aussi être scrutée de près, qu'il s'agisse des modalités de reconnaissance, du contrôle des cours, des notes et des équivalences en cas d’échange ou de double diplôme des écoles. "On avait des informations sur ce volet, mais peut-être pas assez et l’idée est de pouvoir faire des recommandations", insiste la présidente.

Des visites sur site

À compter de la rentrée, la CEFDG, qui entre dans un processus de validation de ses procédures d’évaluation par le HCERES (Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur), organisera des visites sur site : "Il est important d’aller voir vos écoles. Cela permet de discuter avec vous ailleurs que dans les salles du ministère et de voir les étudiants", commente Carole Drucker-Godard.

Des évolutions qui vont s’accompagner d’un effort en matière de communication, avec un nouveau site Internet à la rentrée, et dès maintenant, un logo relooké, que les établissements sont invités à faire figurer sur leurs plaquettes. "Aujourd’hui, les écoles s’appuient beaucoup sur les accréditations internationales qui leur coûtent très cher, contrairement aux labels de la CEFDG, mais cela va sans doute changer avec le nouveau logo", espère Carole Drucker-Godard. Un sacré challenge quand on connaît les moyens limités de la commission constituée de membres volontaires (voir encadré).

Des évolutions "qui vont dans le bon sens"

Ces nouvelles exigences seront valables dès septembre 2018. "On a fait quelques simulations mais on sait que, la première année, il va y avoir des questions", reconnaît la présidente de la Commission.

Autour de la grande table aux faux air d'ONU, les directeurs n'ont bizarrement pas ou peu de questions, si ce n’est pour saluer la transparence de la Commission et des évolutions qui "vont dans le bon sens". "Cela va permettre de valoriser notre recherche mais aussi le volet pédagogique, tout aussi essentiel”, se réjouit Christine Bousquet, la directrice du Master grande école de Montpellier Business School, à l'issue de la réunion.

"On est très satisfaits des évolutions qui répondent à des préoccupations que nous avions exprimées dans le passé, la principale étant la possibilité donnée aux directeurs d'école '[de] dire ce que vous entendez par gestion'", ajoute le directeur général d'IMT School of Business, Denis Guibard.

Quand des écoles ont reçu un label pour cinq ans de la part de trois structures différentes, on pourrait imaginer que la CEFDG puisse leur accorder une procédure allégée. (François Bonvalet)

Une évolution "qui nécessitera toutefois un échange préalable avec la CEFDG sur la définition de ce qu’on entend par 'professeur de gestion', car, en cas de changement, cela pourrait avoir des incidences sur les ratios", pointe le directeur de l'EMLV, Sébastien Tran, par ailleurs ravi qu’on redonne plus de poids aux autres contributions intellectuelles. "Les écoles sont très absentes du débat sociétal qui est pourtant, selon moi, indispensable."

Des ajustements à prévoir

Même son de cloche du côté de Frank Bournois : "Je me réjouis que l'on dispose d'un système d'évaluation qui s'adapte aux évolutions des écoles", indique le patron d'ESCP Europe, qui estime que des réponses seront à apporter sur la manière dont la Commission va évaluer la qualité des formations à distance : "C'est un énorme chantier, avec beaucoup de questions en suspens : par exemple, si un professeur quitte l'école, à qui revient le mérite de lancement du programme, au professeur qui l'a conçu ou à l'établissement ?", s'interroge l'ancien président de la CEFDG.

Favorable à une ouverture facilitée des nouveaux programmes, il plaide toutefois pour l'instauration "d'un indice de volatilité", qui permettrait de vérifier la stabilité d'une offre de formations. "Une école qui lance sans cesse de nouveaux programmes pour les fermer aussitôt, ce n'est pas bon signe."

Il prône par ailleurs, à l'instar d'une partie du Chapitre, pour une procédure de labellisation accélérée pour les écoles triplement accréditées."Quand des écoles ont reçu un label pour cinq ans de la part de trois structures d'accréditation différentes, on pourrait imaginer que la CEFDG puisse leur accorder une procédure allégée. Et si on va plus loin, on pourrait envisager pour ces établissements un audit global de la Commission tous les cinq ans", confirme François Bonvalet, le directeur de TBS et vice-président du Chapitre. Un moyen aussi de faciliter le travail de la CEFDG, qui va voir arriver les grandes écoles avec des wagons de MSc…

Des chantiers en perspective pour la Commission, qui veut profiter des trois ans à venir pour poursuivre ajustements et évolutions

Quid du grade de licence ?
Qu'en est-il du grade de licence, dont la CGE (Conférence des grandes écoles) a fait son cheval de bataille, et qui n'a pas été abordé en commission ?
Pour Carole Drucker-Godard, la raison est simple : le sujet, "très politique", n’est pas à l’agenda du ministère pour l’instant, et même si certaines écoles poussent à la roue, ce n’est pas du ressort de la CEFDG : "Si on nous demande de s’en saisir, on le fera, mais ce n’est pas à la Commission de le faire."

Pour l'un de de ces prédécesseurs, Frank Bournois, ardent défenseur du grade de licence, ce dernier est une nécessité : "Il n'y a aucune reconnaissance juridique du Bachelor qui permette aux familles de s'y retrouver et de rassurer les étudiants français et étrangers qui constituent un pourcentage substantiel de nos effectifs. Ce grade existe déjà pour d'autres formations, on l'a fait au niveau Master, je ne comprends pas pourquoi c'est si dur… alors que la plupart des écoles françaises excellent dans les classements internationaux", regrette le patron de l'ESCP. Un grade qui aurait le mérite "de montrer la force de l'enseignement supérieur français" au niveau mondial.

La CEFDG en chiffres
En 2017–2018, la CEFDG, composée de 16 membres bénévoles a auditionné 22 écoles et 29 formations, à raison de 4 évaluateurs par formation, soit un cumul de 35 heures d’audition et 160 heures d’évaluation préalable. Des dossiers qui ont nécessité "pas mal d’informations complémentaires". "J’espère qu’avec le nouveau référentiel cette ligne tombera à zéro”, remarque Carole Drucker-Godard.
Elle annonce à la rentrée 2018 105 formations visées dans 53 établissements, dont 5 nouvelles par rapport à 2017, qui se décomposent de la manière suivante :
– 34 formations visées à bac + 3 ;
– 10 formations visées à bac + 4 ;
– 61 formations visées à bac + 5, dont 52 conférant le grade de Master.


Cécile Peltier | Publié le

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