Maison d'éducation de la Légion d’honneur : les raisons de son succès auprès des familles

Sophie de Tarlé
Publié le
Envoyer cet article à un ami
???
??? // ©  Sophie de Tarlé
La Maison d’éducation de la Légion d’honneur connait un succès sans précédent. L’établissement profite de l’engouement actuel pour les internats. Retour sur les raisons de son succès.

La Légion d’honneur, c’est tendance. Cet établissement public créé en 1805 par Napoléon croule sous les demandes. Prestigieuse, cette institution réservée aux filles, accueille 480 internes à partir de la sixième au collège des Loges à Saint-Germain en Laye (78), et 500 élèves à Saint-Denis (93) à partir de la classe de seconde. L’école qui a longtemps accueilli des filles de bonne famille en difficulté scolaire, doit désormais refuser du monde.

« En seconde il y a eu presque 400 demandes cette année, pour environ 55 places (en plus des places réservées aux élèves du collège des Loges, Ndlr) , contre seulement 235 l’année précédente », constate Huguette Peirs, surintendante de l’établissement. « La plupart des élèves de la Maison d’éducation des Loges à Saint-Germain-en-Laye souhaitent venir à Saint-Denis, alors qu’il y a encore trois ou quatre ans la moitié des effectifs partait pour d’autres établissements », ajoute t-elle.

Et le grand chancelier, le général Jean-Louis Georgelin, qui gère les deux « Maisons » à la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur  a désormais plus de demandes pour les internats que pour le célèbre ruban rouge de la légion d'honneur! D’où vient cet engouement pour cette école publique au charme suranné créé pour les filles des soldats morts à Austerlitz ? 

La surintendante a fait venir d'excellents enseignants 

Comment la Légion d'honneur explique-t-elle ce succès récent ? D'abord, l’établissement obtient d’excellents résultats, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé. En 2011, il y a eu 100 % d’admis au bac, avec 41 % de mentions très bien dans les bacs généraux. « Il y a dix ans, il n’y avait presque pas de mentions », ajoute Huguette Peirs. Et les classes préparatoires littéraires (9 sous-admissibles aux ENS en 2010) et le BTS de commerce international (100 % de réussite en 2010) commencent à se tailler une bonne réputation.

L’école possède une équipe d’enseignants de grande qualité détachés de l’Education nationale et recrutés par l'établissement. La dynamique surintendante a réussi à faire venir en 2008 son ami, le charismatique Bernard Clerté qui organise à Saint-Denis des stages de préparation à Sciences-po . Des professeurs de cette prépa connue comme être la meilleure de France sont depuis devenus des enseignants de l’institution. Certains d’entre eux sont aujourd’hui des habitués des plateaux télé et radio à l’instar de Charles Pépin et d’Olivier Dhilly, professeurs de philosophie, auteurs de nombreux ouvrages*. Les élèves sont aussi très encadrés, bénéficient d’une étude surveillée chaque soir, et d’un devoir sur table obligatoire chaque samedi depuis la seconde.  

Certaines familles ne comprennent pas que leur fille soit refusée à l’entrée

L’école bénéficie aussi d’une forte couverture médiatique. Les nombreux reportages (un par an en moyenne) comme celui dernièrement sur TF1 et prochainement sur France 3 permettent de faire connaître l’école au plus grand nombre. Les images de jeunes filles en uniforme, faisant la révérence, recevant leurs prix en fin d’année, bref les traditions fortes de l’école séduisent les familles et les élèves avides de rigueur et d’un encadrement qui n’ont plus cours ailleurs, même dans les lycées privés les plus chics. Beaucoup de familles  (issues de tous les milieux) réalisent alors qu’elles peuvent y inscrire leur fille. Il faut en effet avoir un aïeul (jusqu’à l’arrière grand père de l’enfant) titulaire de la légion d’honneur, la médaille militaire ou de l’ordre national du mérite pour postuler dans cet internat, pour un tarif très attractif (environ 1800 € par an).

Revers de la médaille, cet engouement fait aussi beaucoup de déçus parfois très vindicatifs. « Il devient difficile de dire aux familles que nous ne pouvons pas prendre leur fille, certaines le prennent très mal », conclut Huguette Peirs.  

 


Sophie de Tarlé | Publié le