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Parcoursup : pour le comité d'éthique et scientifique, un réel progrès, mais perfectible

Étienne Gless
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Les six membres du comité scientifique et éthique de Parcoursup (CESP), avec la ministre Frédérique Vidal, mercredi 7 février 2018, rue Descartes.
Les six membres du comité scientifique et éthique de Parcoursup (CESP), avec la ministre Frédérique Vidal, mercredi 7 février 2018, rue Descartes. // ©  MESRI/XR Pictures
Transparence de l'algorithme, délais de la procédure d'affectation, instauration de quotas de boursiers... Dans son premier rapport au Parlement, rendu public le 15 janvier 2019, le comité éthique et scientifique chargé d’évaluer Parcoursup délivre un satisfecit général à la plate-forme, mais pointe d’importants axes de progression.

"ll est bien trop tôt pour exprimer un jugement définitif sur ce système particulièrement innovant." Pour son premier rapport rendu au Parlement, le Comité éthique et scientifique de Parcoursup joue la carte de la prudence.

À la fois support d'informatique de la procédure nationale de pré-inscription dans l'enseignement supérieur, procédure d'affectation cadrée par un calendrier et processus d'orientation, Parcoursup a "ses grandeurs incontestables. Il a aussi ses faiblesses qui devront être corrigées au fur et à mesure des retours d'expérience", estiment les auteurs du rapport.

Principales vertus reconnues au nouveau dispositif qui a succédé à Admission postbac ? "Parcoursup a eu le grand avantage de permettre une personnalisation des décisions d’affectation des candidats. Il a mobilisé comme jamais la communauté enseignante du secondaire et du supérieur qui ont entretenu un dialogue tout au long de la procédure."

Une transparence accrue pour éviter les infox

Après un rappel des différences entre APB et Parcoursup et du bon déroulé de la première campagne grâce à la mobilisation de tous les acteurs, le CESP salue la publication de l'algorithme national et invite à poursuivre cet effort de transparence.

Parmi les recommandations, les auteurs du rapport invitent l’administration centrale, les rectorats et les universités à aller plus loin que leurs obligations légales en publiant de façon proactive des documents liés directement à la procédure d'affectation : outil d'aide à la décision, décisions, critères de choix, etc.

Lire aussi : Parcoursup : front commun sur la transparence des algorithmes

Ils invitent également à un meilleur usage des indicateurs. Ceux-ci devraient être définis davantage en concertation avec les utilisateurs, être plus intelligibles et surtout ne pas être modifiés en cours de procédure comme ce fut le cas en 2018 ; ce qui a induit en erreur des candidats.

L'ergonomie même de la plate-forme peut être améliorée. Et pourquoi pas réaliser un film d'animation pour rendre compréhensible par le grand public l'algorithme général, suggèrent les rapporteurs.

Des délais de procédure à raccourcir impérativement

Le rapport consacre tout un chapitre aux délais de la procédure d'affectation, qui ont été très commentés en 2018 : "Sans remettre en cause la progressivité de l’orientation, […] le déroulement de la procédure d’affectation mérite certains infléchissements." La trop longue attente a généré de l’angoisse chez les candidats.

Elle a pu aussi créer un biais social et territorial, pointent les rapporteurs : "Les candidats qui doivent régler des questions matérielles avant le mois d’août (mobilité géographique, recherche de logement, etc.) sont désavantagés par rapport à d’autres candidats bénéficiant d’une offre importante accessible depuis leur domicile".

Lire aussi : Parcoursup : changement du calendrier et des délais de réponse en perspective

Pour raccourcir les délais, le CESP énumère plusieurs pistes : parmi elles, les formations sélectives sont incitées à revoir leurs listes d'appel pour remédier à l'insuffisance de propositions, les candidats sont invités, de leur côté, à ne pas limiter leurs vœux aux seules formations sélectives pour multiplier leur chances d'obtenir une affectation.

Toujours dans le but de décongestionner le système, la gestion des sorties de la plate-forme peut être améliorée : encore faut-il s'assurer que les formations hors Parcoursup respectent l'obligation d'inscription des candidats s'ils fournissent l'attestation de sortie de la plate-forme. Ou que l'acceptation définitive d'une proposition entraîne parallèlement la suppression des vœux en attente.

Le comité s'interroge sur la possible réintroduction à moyen terme de la hiérarchisation des vœux, après la publication des résultats du baccalauréat. Objectif : finaliser plus rapidement l'affectation des candidats et renforcer l’efficacité et la gestion des listes d'attente l'été. Mais pas avant 2020 et l'évaluation des deux campagnes 2018 et 2019 de Parcoursup.

Renforcer les quotas de boursiers

Le CESP se réjouit de l'instauration de quotas minimum de boursiers comme "un outil de progrès social". Les quotas produisent déjà leurs premiers effets : à l’issue de la campagne 2018, le pourcentage de boursiers ayant reçu une proposition augmente de 1,5 point sur un an (de 71,7 % à 73,2 %). Cela se vérifie tout particulièrement dans certaines filières sélectives par rapport à la dernière campagne d’APB, comme en BTS (de 19,2 % à 21,7 %) ou en DUT (de 6,1 % à 6,7 %).

"En revanche, la proportion de boursiers admis en CPGE en 2018 est restée inchangée (3,3 %)", note le rapport. Note positive : le nombre de candidats boursiers admis dans les CPGE parisiennes est passé de 545 à 697.

Pour aller plus loin, le CESP propose, entre autres mesures, d'étendre les quotas de boursiers aux établissements privés sous contrat ou à ceux placés sous une autre tutelle que celle du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation.

Lire aussi : Orientation et réussite des étudiants : des quotas de boursiers dans les filières sélectives

Des progrès restent encore à faire pour améliorer le sort des bacheliers professionnels et des étudiants en réorientation. Le comité plaide ainsi pour une hausse de l'offre de formations professionnelles "ne se résumant pas à l'offre en BTS" ou pour une meilleure prise en compte des candidats en réorientation qui ont des difficultés économiques et sociales.

Devant l'afflux massif de bacheliers professionnels – de 120.000 par an en 2010 à 180.000 depuis 2015 –, l'offre de formations adaptée à ce public n'a pas suivi. "

Si l’ouverture de 4.000 places supplémentaires en BTS à la rentrée 2018 représente un progrès significatif, et même en tenant compte des quelques 5.000 contrats d’apprentissage en BTS supplémentaires en dix ans, cet effort demeure insuffisant pour soulager la demande", écrivent les rapporteurs. Parcoursup reflète le système éducatif… y compris ses défaillances.

Un feu vert pour la mégabase base de données Orisup
Consulté sur le projet d’arrêté du 23 novembre 2018 créant un méga fichier de données personnelles de lycéens et d’étudiants et baptisé Orisup, le CESP a rendu un avis favorable, y voyant "une avancée majeure". Orisup doit faciliter les travaux scientifiques, en particulier ceux destinés à évaluer la politique d’orientation dans l’enseignement supérieur. En effet, les membres du comité estiment que les travaux de recherche sur l’enseignement supérieur en France sont trop rares, et demandent que les chercheurs aient accès aux données personnelles sur Orisup.
La création de la mégabase de données a été officialisée avec la publication d’un arrêté au "Journal officiel" du 28 décembre 2018. Publiée en annexe, la liste de données que traitera ce fichier à des fins statistiques et de recherche est impressionnante et ne va pas sans soulever quelques inquiétudes. Les données pourront être conservées 15 ans maximum par le service statistique ministériel de l’Enseignement supérieur (SIES), sauf le nom de famille et le prénom (deux ans maximum).


Étienne Gless | Publié le

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