Philippe Pajot (auteur de « Parcours de mathématiciens ») : « Les mathématiciens se désolent de l’état de l’université française »

Propos recueillis par Sylvie Lecherbonnier
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Philippe Parjot
Philippe Parjot
Après avoir décrit les trajectoires d’avocats, de journalistes, de physiciens ou de géographes, les éditions « Le Cavalier bleu » s’intéressent, dans un livre à paraître le 20 janvier 2011, aux « parcours de mathématiciens » comme Stella Baruk, Jean-Pierre Bourguignon, Nicole El Karoui ou Wendelin Werner... Trois questions à Philippe Pajot, journaliste scientifique et auteur de l’ouvrage.

Comment avez-vous choisi les douze mathématiciens dont vous retracez le parcours ?
Je ne voulais pas décrire uniquement les parcours des médailles Fields mais montrer la diversité des mathématiciens et des pratiques mathématiques. Il pourrait d’ailleurs y avoir un deuxième tome avec douze autres chercheurs aux approches encore différentes tant la discipline est riche. Les parcours de mathématiciens décrit dans le livre illustrent l’importance de la culture mathématique aujourd’hui. De plus en plus de métiers font appel à cette discipline qui ne doit pas faire peur et seulement apparaître comme une machine à sélectionner. Les interactions entre les mathématiques et les autres sciences (physique, biologie, statistiques mais aussi les sciences sociales…) vont aller croissantes. On ne voit pour le moment que le haut de l’iceberg.

Comment ces parcours mettent-ils en évidence les particularités de l’école mathématique française ?
L’école mathématique française tire son excellence de son système de formation. Beaucoup de mathématiciens passent par les classes préparatoires puis entrent dans l’une des écoles normales supérieures (Paris, Lyon ou Cachan), ou passent parfois par l’Ecole polytechnique. Des filières sélectives qui facilitent la détection des élèves doués pour les mathématiques. Un système qui est pourtant déconnecté du système universitaire dans lequel travaillent plus tard la plupart des chercheurs.

Les mathématiciens interrogés sont-ils inquiets pour l’avenir de leur discipline ?
Ils se désolent avant tout de l’état financier de l’université française, ils trouvent dommage de gâcher un tel potentiel. Ces chercheurs renommés - souvent sortis des grandes écoles - se demandent eux aussi comment rapprocher ces grandes écoles et les universités pour que l’ensemble du système fonctionne mieux. Beaucoup jugent que la réforme du lycée ne va pas dans le bon sens, avec la diminution des heures de cours dans les matières scientifiques. Conserver le niveau d’exigence va être difficile. Le maintien des grosses structures de recherche permettra toujours de faire émerger de très bons mathématiciens, mais peut-être en moins grand nombre. En revanche, la diffusion de la culture mathématique risque de souffrir.



« Parcours de mathématiciens », de Philippe Pajot, éd. Le Cavalier bleu, 240 pages, 18 euros.


Propos recueillis par Sylvie Lecherbonnier | Publié le