Primaires socialistes : ce que feraient Martine Aubry et François Hollande pour l'université

Propos recueillis par Camille Stromboni
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M.Aubry-F.Hollande © M. Delmestre (08/11)
M.Aubry-F.Hollande © M. Delmestre (08/11)
A quelques jours du second tour des primaires socialistes, opposant Martine Aubry et François Hollande, nous avons voulu faire le point sur les positions de chacun des deux candidats sur l'université. Autonomie, sélection, vie étudiante... Isabelle This Saint-Jean, vice présidente au conseil régional d'Ile-de-France, en charge de l'enseignement supérieur dans l'équipe de Martine Aubry, et le député Jean-Yves Le Déaut, son homologue auprès de François Hollande, répondent à nos questions, sur cette thématique qui rapproche plus qu'elle ne clive les deux prétendants.

Que comptez-vous faire avec la loi LRU (autonomie des universités) ? Souhaitez-vous l’abroger ?

Isabelle-THIS-SAINT-JEAN-équipe-de-Martine-AubryIsabelle This Saint-Jean : Il faut très clairement la reprendre. Nous le ferons à la suite d’Assises avec la communauté universitaire, organisées lors des six premiers mois de la mandature, afin de revenir sur l’ensemble du dispositif législatif actuel, contre lequel la communauté scientifique s’est tant mobilisée. Sur la loi LRU, il faut d’abord revoir le système de gouvernance des universités, afin d’assurer la collégialité, en redonnant du poids aux conseils et en limitant l’hyper-centralisation autour du président.

Jean-Yves Le Déaut : Nous ne souhaitons pas remettre en cause l’autonomie des universités, mais celle-ci ne peut exister sans les moyens suffisants. Plutôt qu’une abrogation de la loi LRU, nous prévoyons une large concertation à l’issue de laquelle sera créée une loi-cadre sur l’enseignement supérieur et la recherche. Nous conserverons de la loi LRU seulement ce qui est nécessaire.

Comptez-vous renforcer la sélection à l’entrée de l’université ?

"Une augmentation des frais d’inscription ne peut que renforcer l’autocensure de tous ces jeunes qui croient que les études, ce n’est pas pour eux"

Isabelle This Saint-Jean : Non. A un moment où la démocratisation recule avec une baisse du nombre de jeunes accédant à l’enseignement supérieur, toute barrière est inopportune. Nous souhaitons surtout mettre en place un grand service public de l’orientation.

Jean-Yves Le Déaut : Non. Nous voulons plutôt assurer une meilleure orientation des jeunes. Pour cela, il faudra réfléchir à une meilleure adéquation entre la carte des formations et le marché de l'emploi.

Envisagez-vous une augmentation des frais d’inscription à l’université, en fonction des revenus parentaux ?

Isabelle This Saint-Jean : La réponse est clairement non, pour les mêmes raisons : une augmentation des frais d’inscription ne peut que renforcer l’autocensure de tous ces jeunes – trop nombreux – qui croient que les études, ce n’est pas pour eux. Les arguments des défenseurs de cette idée ne tiennent pas. Cela ne résoudra pas la question du financement des universités et la redistribution s’effectue déjà en amont, via l’impôt, afin d’assurer la gratuité de certains services publics – dont l’université.

Jean-Yves Le Déaut : Non. Un système, même modulé, n’a pas grand intérêt, car cela représente un gain très faible, par rapport au budget nécessaire pour le fonctionnement d’une université. Ensuite, des frais d’inscription élevés, comme ceux des grandes écoles de commerce, accroissent les inégalités. Le nombre d’étudiants issus de familles modestes est en train de diminuer à l’université, il faut par tous les moyens inverser la tendance.

Comment réduirez-vous l’échec en premier cycle universitaire ?

Isabelle This Saint-Jean : Il faut profondément réformer la licence, pour offrir aux étudiants à l’université les mêmes conditions qu’à ceux des classes prépa, avec au minimum 25 heures d'enseignements par semaine.

"Afin de limiter le nombre d’heures en amphi, nous envisageons par exemple l’intervention de doctorants en licence"

Les moyens mis à disposition des établissements doivent être renforcés. Le Plan licence, sans les moyens humains et les locaux, ce n’est pas possible. Lorsqu’on veut limiter le nombre de cours en amphi, en faveur des enseignements en petits groupes, cela signifie qu’il faut un plan pluriannuel d’emploi, afin d’assurer également un meilleur encadrement administratif pour les étudiants. C’est dans notre projet.

Nous prévoyons également de diminuer la charge d’un enseignant à 150 heures d’enseignement [au lieu de 192], ce qui lui donnera plus de temps pour être disponible auprès des étudiants, et pour se consacrer à la recherche.

Jean-Yves-LE-DEAUT-équipe-de-François-HollandeJean-Yves Le Déaut : Le cœur de notre projet, c’est la jeunesse, avec deux  priorités : les conditions de vie des étudiants et la réussite en premier cycle universitaire. Pour assurer cette réussite, il faut absolument des personnels pour encadrer les étudiants.

En parallèle de notre projet de rétablissement en cinq ans de 60.000 postes à l’école, il faudra, suite à la discussion générale sur l’enseignement supérieur et la recherche, créer des emplois supplémentaires à l’université. Les établissements sont actuellement ponctionnés pour financer des plans comme le Grand Emprunt , pour lesquels l’argent n’arrive toujours pas aux universités. Ce n’est plus possible.

Il faut également encourager l’effort pédagogique pour assurer la diversité sociale et la réussite en licence. Afin de limiter le nombre d’heures en amphi, nous envisageons par exemple l’intervention de doctorants en licence, qui pourraient assurer un accompagnement en petits groupes. Notre objectif est de multiplier par deux en dix ans le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur, et d’atteindre ainsi 50% d’une classe d’âge diplômée.

Vos premières mesures pour les étudiants seront …

Isabelle This Saint-Jean : Nous mettrons tout d’abord en place une allocation d’études, conditionnée aux revenus, qui refondra l’ensemble du système d’aides aux étudiants, aujourd’hui insuffisant et injuste. Il faut également un plan massif de construction et de rénovation. Un engagement fort est aussi nécessaire sur la santé étudiante. Il n’est pas possible de laisser les étudiants sacrifier leur santé, faute de moyens. Il faut des structures de soin qui leur soit dédiées, comme des maisons de santé étudiantes, en plus des aides individualisées. Enfin, les étudiants souffrent souvent d’isolement en arrivant à l’université, il est important de développer l’animation des campus, pour assurer leur réussite. 

Jean-Yves Le Déaut : Nous allons créer une allocation de formation globale, en fonction des revenus parentaux. Les bourses actuelles sont très insuffisantes, comparé au coût réel de la vie pour un étudiant. Il faut également construire et rénover des logements pour les étudiants, en tenant compte de leur manière de vivre, avec des appartements adaptés à la colocation par exemple. Nous comptons aussi financer des espaces de convivialité dans les universités. Enfin, il faut renforcer l’accueil des étudiants étrangers.

Aller plus loin

Lire le détail du projet de Martine Aubry sur l'enseignement supérieur et la recherche
Lire son interview sur l'université (PDF - blog Universitas)

Lire le détail du span style="font-weight: bold;">projet de François Hollande sur l'enseignement supérieur et la recherche
Lire son interview sur l'université (PDF - blog Universitas)

Lire la biographie d'Isabelle This Saint-Jean
Lire la biographie de Jean-Yves le Déaut

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