Réorientation et insertion : l’accompagnement version grandes écoles

Magali Clausener
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Réorientation et insertion : l’accompagnement version grandes écoles
L’ouvrage « Changer de voie, c’est possible », co-écrit par Magali Clausener et Frédérique Letourneux, est en librairie à partir du 13 novembre 2008 (Editions L’Etudiant). Il détaille quelques expériences intéressantes en matière d'orientation et d'insertion professionnelle des étudiants. Nous vous présentons en avant-première celles réalisées dans des grandes écoles. Que ce soit dans les universités, comme les extraits précédents l'ont montré, ou dans ces écoles de commerce ou d'ingénieurs l’ensemble de ces démarches ont un point commun. Elles sont basées sur les principes du bilan de compétences destiné traditionnellement aux salariés : connaissance de soi, analyse de son parcours et de ses compétences, élaboration de son projet professionnel. En voici les bonnes feuilles.

Certaines écoles de commerce ou d’ingénieurs ont aussi instauré un accompagnement de leurs étudiants dont l’objectif est de les aider à élaborer leur projet de formation et leur projet professionnel.  

Un bilan avant tout

« Nous recrutons des profils de plus en plus diversifiés et nous avons donc institué un bilan dès l’entrée des étudiants à l’école pour faire un diagnostic et leur proposer un parcours personnalisé, explique Pierre Aliphat, ancien directeur de l’ESIEA (École supérieure d’informatique électronique automatique). Les étudiants qui rencontrent des difficultés par la suite, peuvent bénéficier d’un nouveau bilan pour les accompagner et les conduire vers la réussite. »  

Quatre ateliers pour se cerner

L’ESC (École supérieure de commerce) de Rouen a mis en œuvre un programme parcours. Dès la première année, chaque étudiant est suivi par son tuteur (professeur, permanent du groupe ESC Rouen ou diplômé de l’école) et doit participer à quatre ateliers. Le premier est consacré à la construction du projet professionnel, les deux suivants au CV et à la lettre de motivation, et le dernier à l’entretien de recrutement.

« Avant de suivre les ateliers, les étudiants ont un “cours” en amphithéâtre pour les sensibiliser à notre programme et leur présenter notre démarche, explique Monique Le Brozec, responsable du programme parcours. Les étudiants doivent prendre conscience de l’intérêt d’approfondir leur réflexion pour élaborer leur projet professionnel. Les élèves issus des classes préparatoires ont souvent l’impression qu’ils ont déjà réalisé ce travail, car ils doivent présenter leur projet devant un jury lors du concours. Mais leur démarche est différente : ils doivent séduire le jury. Or, un projet peut évoluer notamment par des rencontres ou des découvertes de métier. » D’autant qu’à la fin de la première année, les étudiants doivent obligatoirement effectuer un stage de six mois en entreprise. « Ce premier stage est important, car il va leur permettre de confronter leur projet à la réalité », observe Monique Le Brozec.  

En deuxième année, l’école propose aux étudiants un approfondissement de la connaissance de soi via le test Echo-Oriente dont les résultats sont analysés et commentés par un psychologue. « Les étudiants ont acquis une certaine maturité qui leur permet de mieux comprendre les résultats », constate la responsable du programme. Ils suivent également un atelier consacré au réseau. En troisième année, l’étudiant peut affiner son projet professionnel grâce à des conseils personnalisés. S’il a encore des doutes sur son avenir professionnel, il peut participer à un séminaire de 12 heures, qui reprend l’ensemble de la démarche. « En 2007, seulement six étudiants se sont inscrits à ce séminaire. Il s’agit de jeunes qui s’interrogent sur leur avenir, parce que, finalement, leurs études ne correspondent pas à un choix personnel, relate Monique Le Brozec. Une étudiante avait intégré notre école pour faire plaisir à ses parents, mais, en réalité, la philosophie était sa passion. À l’issue du séminaire, elle a décidé de se réorienter et de s’inscrire à l’université. Aujourd’hui, elle est agrégée de philosophie. »  

Un audit perso

L’École de management Audencia, à Nantes, a développé un portfolio des compétences qui suit les étudiants durant toute leur scolarité. Basé sur les compétences génériques d’un manager, cet outil permet aux jeunes de réaliser un self audit grâce à des exercices et des tests de personnalité. Des rencontres avec des professionnels et des directeurs de ressources humaines sont aussi organisées. « Nous insistons beaucoup sur le fait que leur projet professionnel doit être motivant et en adéquation avec leurs compétences mais aussi avec le marché de l’emploi », note Agnès Marchand, conseillère Carrières à l’école. Pour aider les étudiants à réaliser ce travail de réflexion, Audencia utilise le test MBTI. Ce test d’auto-évaluation permet de comprendre comment on fonctionne de manière naturelle en matière de préférences (réflexion et action), de recueil d’informations, de prise de décisions et de relations avec le monde extérieur. « Les étudiants travaillent ensuite sur des fiches métiers pour repérer les qualités et les traits de personnalité les plus adaptés aux métiers ciblés », détaille Agnès Marchand. Et de conclure : « Nous voulons personnaliser encore plus notre accompagnement. Par exemple, le portfolio de compétences devrait évoluer par spécialité ou par métier. »  

Le projet personnel individualisé

L’INSA (Institut national des sciences appliquées) de Rennes a, depuis 2004, mis en place le projet professionnel individualisé. Il s’agit d’une action de formation destinée à l’ensemble des élèves de première et deuxième année afin de faciliter l’élaboration du projet professionnel et l’acquisition d’une meilleure connaissance du monde de l’entreprise et des secteurs d’activité de l’ingénieur. Au travers d’interventions d’enseignants, d’ingénieurs, de spécialistes de ressources humaines mais également des stages et des relations internationales, le PPI permet à chaque élève de mettre en place une démarche et une réflexion sur son approche du métier d’ingénieur. Cette démarche comprend quatre étapes.  

Le bilan personnel et professionnel permet à l’élève d’analyser sa formation, ses expériences professionnelles (stages, jobs…), ses expériences personnelles (voyages, projets associatifs, loisirs, etc.) et d’identifier ses centres d’intérêts, ses qualités et défauts, ses traits de personnalité, ses aspirations professionnelles ainsi que ses exigences comme la maîtrise d’une langue étrangère ou la mobilité géographique. La deuxième étape – du bilan au projet : les pistes de recherche – consiste à déterminer deux ou trois métiers d’ingénieur intéressant l’élève à partir de ses motivations, des débouchés de l’INSA, des petites annonces. L’élève doit alors valider son projet en recherchant des informations précises sur les métiers visés. Recherche documentaire, rencontres avec des professionnels, stages sont autant d’outils que les futurs ingénieurs doivent utiliser pour confirmer ou infirmer leur projet. Dernière étape : l’élaboration d’une stratégie personnelle. L’élève doit établir un état des lieux des différentes formations et définir ses projets de stage en adéquation avec son projet professionnel. Pour l’INSA, ce travail est une préparation à l’insertion professionnelle et permet à l’élève de « donner un sens à sa formation et un lien avec l’après INSA ».  

Les bilans des organismes privés

Le BIOP, le Centre d’orientation de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris a mis en place il y a deux ans le Passeport pour l’orientation, qui comporte quatre rencontres de deux heures avec un consultant. Le service a reçu jusqu’à présent environ 200 étudiants. Un nombre qui devrait augmenter, car le BIOP a signé un partenariat avec des universités parisiennes.

Les organismes de soutien scolaire s’engouffrent aussi sur ce marché. Acadomia Orientation propose depuis mars 2006 un bilan d’orientation effectué en trois séances (cinq heures au total) réparties sur deux semaines qui aboutit, in fine, à la proposition de trois secteurs professionnels et, dans chacun, à un ou deux métiers. CPS (Conseil en pédagogie et scolarité) offre depuis septembre 2007 une gamme de bilans de compétences d’une durée variable (de 2 heures et demie à 10 heures). Sans compter les cabinets et autres prestataires ! Mais l’étudiant doit avoir les moyens : il faut, en effet, compter de 300 € à plus de 800 € selon la formule choisie et le nombre de séances.


Magali Clausener | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires