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Sélection en master : les universités rendent leur copie

Sophie Blitman
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Gilles Roussel, président de l'université Paris-Est Marne-la-Vallée
Président de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU, Gilles Roussel, également président de l'Upem, commente la liste de M2 sélectifs que les universités ont fait remonter. // ©  UPEM
La liste limitative des M2 sélectifs, établie par les universités, va être remise au ministère le 17 mars 2016. Une première étape pour Gilles Roussel, qui gère le dossier pour la CPU. Les présidents d'université continuent de prôner la sélection à l'entrée en M1 et travaillent à la mise en ligne d'un portail masters d'ici à fin 2016 pour améliorer l'orientation des étudiants.

La CPU (Conférence des présidents d'université) s'apprête à transmettre au ministère la liste des masters sélectifs que les universités souhaitent voir apparaître dans le décret afin qu'il n'y ait plus de contestation juridique possible. Comment cette liste a-t-elle été établie ?

Chaque université a fait remonter les formations, selon sa politique d'établissement, voire d'UFR, de manière très hétérogène. En droit notamment, quasiment tous les masters font partie des listes. Mais au-delà de cette discipline, il n'y a pas de règle liée à la taille de l'établissement ou sa situation géographique.

Les universités ont procédé selon leur positionnement, leurs usages, ou simplement leur compréhension du terme sélectif
 : si l'on inclut les étudiants étrangers ou ceux venant d'une autre université, tous les masters sont sélectifs… À l'inverse, certaines composantes ont l'habitude d'examiner les dossiers avant l'entrée en M1 et considèrent qu'il n'y a pas besoin de sélection en M2.

Au total, nous obtenons une liste de quelques milliers de masters que nous transmettons au ministère, sans intervenir sur son contenu : la CPU n'a pas vocation à rendre des arbitrages. Nous avons un rôle de conseil et d'accompagnement.

Quelles difficultés ont rencontrées les universités pour établir leurs listes ?

La communication du ministère n'a pas forcément été très claire au départ. Les présidents ont reçu un courrier de Simone Bonnafous [la directrice générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle] un peu tard, le 15 mars, pour préciser quels masters pouvaient entrer dans le décret.

Sont par exemple exclus ceux qui proposent au moins un parcours non sélectif. Par ailleurs, il s'agit bien de mentions, non de spécialités, celles qui apparaîtront dans l'offre de formation 2016, une nuance importante pour les établissements en pleine vague de réaccréditation.

Enfin, la liste se rapporte aux étudiants venant de la même mention M1 du même établissement : dans tous les autres cas, la sélection demeure pour tous les masters. Nous souhaitons d'ailleurs que cela soit précisé dans le décret afin que cette liste limitative ne soit pas attaquable.

Une fois la liste déposée Rue Descartes, qu'attendez-vous du ministère ?

Notre objectif est de sécuriser le fonctionnement actuel des masters à travers ce décret dont nous espérons qu'il reprendra la liste telle quelle, signe que le ministère suit les universités dans leur autonomie. S'il désire vraiment limiter davantage la liste, nous souhaitons que cela se fasse en concertation avec les établissements concernés, et non de manière unilatérale, en précisant notamment ce que signifie le terme "limitatif" car les interprétations du terme sont très variables. Il en va de la solidité du décret.

En théorie, il faudra réviser le texte tous les ans pour l'adapter à l'évolution de l'offre de formation mais nous souhaitons traiter le sujet définitivement. En particulier, nous allons reposer la question de la sélection à l'entrée en M1, que la CPU continue de privilégier afin d'éviter de nouveaux recours juridiques, car même avec ce décret, il y aura toujours des cas particuliers à trancher. Nous aimerions que tout soit clarifié avant 2017, mais je ne suis pas certain que ce soit dans le calendrier du ministère, même s'il se dit prêt à lancer la négociation

Chaque université a fait remonter les formations de manière très hétérogène.

Au-delà de la sélection, la CPU entend améliorer la visibilité de l'offre de formation en master grâce à une plateforme dédiée. De quoi s'agit-il ?

Nous travaillons avec l'Amue (Agence de mutualisation des établissements) et les Crous pour mettre en place un portail qui répertoriera l'ensemble des masters et donnera aux étudiants toutes les informations sur le contenu des formations, les critères de recrutement, les capacités d'accueil… Et ce, de manière transparente sur l'ensemble du territoire. En outre, un étudiant qui s'intéressera à tel master pourra se voir proposer d'examiner tel autre que les utilisateurs du portail ont consulté.

L'objectif est de simplifier les démarches des étudiants qui à terme, pourraient déposer un seul dossier de candidature via ce portail et indiquer à quelle formation il veut l'envoyer. Pour autant, ce portail masters ne sera en aucun cas un "APB bis", avec des vœux à formuler et des algorithmes complexes qui classeront les dossiers : chaque établissement continuera à gérer ses recrutements de manière autonome

Le portail se focalisera avant tout sur l'information et l'orientation des étudiants, de manière à améliorer leur répartition sur le territoire. Surtout qu'entre la L3 et le M1, les flux sont stables. Il y a donc de la place pour tous les étudiants qui souhaitent poursuivre en master. À condition, toutefois, qu'ils soient prêts à changer de région. Afin de favoriser la mobilité des étudiants, nous travaillons avec les Crous.  

Des initiatives similaires existent déjà dans certaines disciplines, comme le droit ou l'économie. Cette fois, il s'agit de couvrir l'offre de formation au niveau national. Nous voulons que le portail soit accessible fin 2016, afin que les étudiants puissent s'en emparer pour préparer leur rentrée 2017.


Sophie Blitman | Publié le

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