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L'AMI, un allié pour la transformation pédagogique ?

Youness Rhounna
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L'AMI, un allié pour la transformation pédagogique ?
L'INP Toulouse vient d'inaugurer un amphi nouvelle génération alliant technologies et innovation pédagogique. // ©  Lydie Lecarpentier / R.E.A
En cinq ans, les AMI (appel à manifestation d'intérêt) ont permis de faire émerger et de concrétiser de nombreuses initiatives pédagogiques. Toulouse INP, Arts et Métiers ParisTech et la Comue Aquitaine en ont bénéficié.

À l’occasion de son cinquantenaire, Toulouse INP a inauguré, fin janvier, un "amphi du futur" flambant neuf dans sa Prépa des INP. Plus de 190 prises HDMI disséminées un peu partout, 10 bornes wifi, des boîtiers de vote, des écrans aux quatre coins de la salle, des chaises à roulettes à la place des bancs rigides… ici, les étudiants évoluent dans un espace confortable, ultra-connecté et propice aux travaux collectifs. Conçu pour "rendre les cours moins magistraux, l’espace vise à renforcer l’interaction avec l’enseignant, plutôt que de limiter les élèves à réécrire le cours projeté au tableau", explique Dominique Astruc, directeur de la Prépa des INP.

Un coup de pouce aux porteurs de projet

Lauréate de l'AMI (appel à manifestation d’intérêt) 2017, pour son dispositif DyP (Dynamique pédagogique) dans la catégorie "Concevoir, développer un écosystème de soutien et d’accompagnement des équipes à la transformation des pratiques pédagogiques et numériques", Toulouse INP s'investit depuis plusieurs années dans une démarche d'innovation pédagogique. La DyP, qui regroupe des enseignants, des ingénieurs et des conseillers pédagogiques, mène des actions de développement et de soutien aux initiatives pédagogiques, qu'elle peut financer grâce aux Bonus innovations pédagogiques (BIP), dotés de 30.000 euros.

Les AMI "Transformation pédagogique et numérique", organisés une fois par an par une équipe de la DGESIP (Direction générale de l'enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle), sous la responsabilité de la MIPNES (Mission de la pédagogie et du numérique pour l'enseignement supérieur), participent à la diffusion de cette culture commune auprès des acteurs de l'enseignement supérieur.

Pour Marie-Claude Betbeder, chargée de mission Innovations pédagogiques de Toulouse INP, faire partie des lauréats a permis de mieux accompagner les enseignants-chercheurs pour diversifier leurs actions pédagogiques, soutenir les projets et concrétiser les expériences acquises.

La Comue Aquitaine est, elle, lauréate de l'AMI 2016 pour sa Fabrique pédagogique. Ce réseau d’experts de la pédagogie et de l’innovation dans l’enseignement supérieur regroupe quatre ingénieurs pédagogiques répartis dans les établissements membres : un à Pau, un à La Rochelle et deux à Bordeaux. "Les enseignants-chercheurs sont les pionniers de l’innovation, mais ils n'ont pas forcément le recul pour s'assurer qu'ils s'engagent dans de bonnes directions. Les ingénieurs pédagogiques jouent à la fois un rôle de prescripteur et d’artisan de cette transformation", explique Anaïs Muré, responsable de la mission numérique de cette communauté d’établissements.

Accompagnement et concertation

Si tous les projets n'aboutissent pas, certains lauréats connaissent des réalisations concrètes. Cette réussite intervient après un long travail de suivi et d'accompagnement de la DGESIP.

Trois réunions clés sont prévues la première année : juste après le début du financement, 6 mois, puis 1 an après. Ces rendez-vous sont nécessaires à la structuration des initiatives : “Cela permet d'échanger sur les problèmes rencontrés, de se partager les solutions, et, in fine, de développer des idées nouvelles", détaille Philippe Lalle, conseiller ministériel chargé du suivi des initiatives des AMI.

Les rapports finaux sont ensuite transmis au ministère de tutelle. En novembre dernier, le gouvernement a présenté les résultats de la première cohorte de projets (AMI 2016), à l'occasion des journées de l'innovation pédagogique (JIPES).

Pour Anaïs Muré, la prise en compte au niveau national de ces initiatives et leur accompagnement dans le cadre du suivi des AMI, est déterminante pour que les projets puissent voir le jour. "Les enseignants-chercheurs qui, pour certains, consacrent beaucoup de temps aux innovations peuvent se mettre un peu en difficulté pour faire évoluer les pratiques. Il leur faut une reconnaissance qui ne soit pas uniquement financière, sinon on n'a aucun levier pour faire comprendre aux générations suivantes l'importance de la transformation des pratiques pédagogiques", indique-t-elle.

Obtenir l'adhésion des services

Si l’accompagnement de la DGESIP est essentiel, la pérennisation des initiatives dépend aussi de l’adhésion de l’équipe enseignante. Arts et Métiers ParisTech, lauréate de l'AMI 2017 pour son Accens (accompagnement des enseignants), a ainsi consulté les professeurs dès le lancement de l'appel à projets. "La réponse a été construite avec les enseignants et pas uniquement la direction générale ou le service innovation", se souvient Saida Mraihi, responsable du service pédagogie numérique de l'établissement.

Le projet est axé sur la création d'espaces physiques et virtuels au service du développement pédagogique des enseignants. "Au-delà de l'apport financier [l'école a remporté 70.000 euros, NDLR], l'AMI a permis de prioriser et de matérialiser nos idées sur un projet spécifique, poursuit la responsable. Un facteur qui a joué en faveur de l'adhésion des équipes et qui nous a permis d'avancer plus vite."

"Comme dans toute innovation, il ne faut pas complètement perdre les gens, complète Dominique Astruc, revenant sur l'expérience de "l'amphi du futur" à Toulouse. Certains sont tout de suite partants, d'autres, un poil plus nostalgiques, expriment plus de réticence. Il faut savoir doser pour que cela ne devienne pas un frein ou un barrage."

Pour mener à bien son projet, Arts et métiers ParisTech a dû identifier les contraintes propres à chaque acteur impliqué dans le projet pédagogique. "Si le point de départ de l'innovation est l’idée, ce n’est que la pointe émergée de l'iceberg. En dessous, il faut également penser à tous les éléments qui peuvent ralentir sa concrétisation, comme se mettre d’accord avec les services patrimoniaux et les sensibiliser sur les besoins de travaux, par exemple, s’arranger avec les services généraux sur la répartition des enseignants en fonction de la disponibilité des salles de cours, etc. Il faut faire le tour de tous les services pour s’assurer de leur soutien."

En complément des dotations publiques

À la clé, un enjeu de taille pour le développement d'un établissement. Xavier Kestelyn, directeur général adjoint en charge des formations d'Arts et Métiers ParisTech, trouve dans la participation aux AMI un élément de communication fort. "C'est l'occasion de se démarquer en tant qu'établissement faisant partie d'un réseau non seulement national mais aussi international."

Le DG adjoint craint, cependant, que les sommes accordées dans le cadre des AMI le soient au détriment des dotations publiques. "Si c'est le cas, cela risque d'être beaucoup moins intéressant pour nous", prévient-il. Philippe Lalle se veut rassurant : "L'AMI ne remplace pas les financements publics, ce n'est que de l'argent mis en plus."

Depuis 2016, l'engouement pour les AMI "Transformation pédagogique et numérique" ne faiblit pas. La DGESIP a déjà recensé plus d'une centaine de service d'appui à l'innovation pédagogique au sein des établissements de l'ESR. La clôture d'inscription de l'AMI 2019 a lieu le 12 avril. Le nombre de lauréats de cette quatrième édition, qui seront connus le 8 juillet prochain, confirmeront-ils cet engouement ?


Youness Rhounna | Publié le

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