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Budget du MESRI : les universités et écoles déçues et inquiètes

Marie-Alix Maes
Publié le
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Budget du MESRI : les universités et écoles déçues et inquiètes
La hausse du budget de 500 millions d'euros du ministère de l'Enseignement supérieur ne satisfait pas tous les acteurs du sup. // ©  Xavier POPY/REA
Malgré une hausse du budget du ministère de l’Enseignement supérieur de 500 millions d’euros pour l’année 2020, les comptes ne sont pas bons pour plusieurs acteurs de l’enseignement supérieur.

Conformément aux engagements du gouvernement, le budget du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) inscrit dans la loi de finances pour 2020 est en hausse. Pas moins de 500 millions d’euros supplémentaires lui sont accordés par rapport à 2019, portant le budget total à 25,49 milliards d’euros.

Les universités reconnaissent que des efforts budgétaires ont été menés. "La poursuite de l’accompagnement dont nous bénéficions, pour la mise en place de la loi relative à l’Orientation et à la Réussite des Etudiants notamment, est une bonne chose", souligne Jean-François Balaudé, président de la commission des moyens et des personnels de la Conférence des présidents d’université (CPU).

Lire aussi : L'enseignement supérieur et la recherche gagnent 500 millions supplémentaires

Elles estiment en revanche que les moyens supplémentaires accordés par le MESRI, 160 millions d’euros, ne leur permettront pas de faire face à l’augmentation des effectifs étudiants et ni de mener à bien le déploiement des réformes en cours. Au total, la CPU évalue ses besoins à minimum 250 millions d’euros supplémentaires.

Plus d’étudiants, moins de financements

Même constat parmi les écoles d’ingénieurs, déçues par le budget 2020. "Nous connaissons une forte croissance du nombre d’étudiants pour répondre à la demande des entreprises, avec l’encouragement de l’Etat, explique Romuald Boné, président de la commission ressources humaines et financières de la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs (Cdefi). Malheureusement les financements n’ont pas suivi."

Optimisation des fonctionnements, recherche de ressources propres, dématérialisation, nouvelles méthodes pédagogiques… Les écoles soulignent pourtant leurs efforts pour obtenir des gains de productivité. "J'ai rencontré les premiers directeurs d'école qui s'interrogent sur une décroissance des effectifs puisque l'Etat ne relie pas les moyens au nombre d'étudiants", témoigne-t-il.

Au MESRI, on souligne le dialogue avec les différents acteurs, qui permet d’être à l’écoute des besoins. La ministre Frédérique Vidal a d’ailleurs annoncé, en janvier, débloquer neuf millions supplémentaires, sous forme d’appel à projets, pour financer la réforme des études de santé. "L’idée n’est pas de jeter une réforme si lourde et ne pas donner les moyens aux acteurs de la mener", explique son cabinet.

65 millions d’euros sont par ailleurs prévus dans le cadre du Dialogue stratégique et de gestion, afin d’accompagner les établissements d’enseignement supérieur et les aider dans la mise en place des différents réformes stratégiques. "Ce dialogue permet d’avoir un suivi efficace des besoins réels des acteurs et de pouvoir adapter les accompagnements au cas par cas", explique le cabinet de la ministre.

Lire aussi : Budget 2019 : 123 millions d'euros pour le plan étudiant

Les écoles d’ingénieurs exclues du dialogue stratégique

Cependant, le dialogue stratégique et de gestion, dont font partie 70 universités et 10 écoles de plus de 2.500 étudiants, n’inclut pas, de fait, tous les acteurs du supérieur. Les écoles d’ingénieurs notamment en sont en grande majorité exclues en raison de leur taille. Elles ne pourront donc pas bénéficier des financements prévus dans ce cadre-là et font part de "leur regret de ne pas avoir un espace d’échanges suffisant pour porter leur parole".

Autre inquiétude partagée par les acteurs du supérieur, l’annonce du MESRI de ne plus compenser systématiquement le glissement vieillesse technicité (GVT). "Les établissements ayant une masse salariale qui croît vont désormais être obligés de le compenser. Ayant beaucoup travaillé sur l'optimisation du modèle économique, les écoles gèleront des emplois ou recourront à des contrats plus précaires", se désole Romuald Boné. "Le fait d’internaliser la couverture du GVT dégrade notre capacité à recourir à un encadrement pédagogique et de recherche de haut niveau", alerte Jean-François Balaudé.

Enfin, universités et écoles déplorent la baisse de l’avantage fiscal relatif au mécénat d’entreprise. La loi de finances a en effet fait passer le taux de réduction d’impôt de 60% à 40%. "Les écoles se sont bien approprié ce dispositif au travers des fondations, donc le fait qu’en soit révisées les conditions est une préoccupation, bien qu’il soit encore très difficile d’en évaluer l’impact", reconnaît Romuald Boné. "87% des financements des fondations des universités dépendent des entreprises, rappelle de son côté Jean-François Balaudé. Nous espérons donc pouvoir introduire, à l’avenir, une exception pour le mécénat d’entreprise en faveur de l’enseignement supérieur."

50 millions d’euros pour la recherche contre l’épidémie de coronavirus

En plus du budget prévu pour le Mesri, un fonds d’urgence de 50 millions d’euros est mobilisé par l’Elysée et le MESRI pour "consolider [les] forces de recherches engagées contre l’épidémie de COVID-19."
La création de ce fonds s’ajoute aux 8 millions d’euros déjà dégagés et "garantira que toutes les pistes de recherche prometteuses qui émergeront pourront être financées sans délai."

Le gouvernement engage d’autres moyens dont "au moins 30 millions d’euros supplémentaires pour des projets de recherche qui contribuent à répondre aux grands enjeux de la santé globale et du vivant", et au moins 1 milliard d’euros supplémentaire par an "pour l’ensemble de ce secteur de recherche (infrastructures, revalorisation des rémunérations, moyens pour les laboratoires, projets financés, etc.)."

Le gouvernement a aussi décidé d'augmenter de 5 milliards d’euros le budget annuel de la recherche publique à horizon dix ans. "Ce seront des moyens entièrement nouveaux", précise le ministère de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.


Marie-Alix Maes | Publié le

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Christofol hervé.

C'est ce qu'avait déjà analysé le @SnesupFSU lors des débats parlementaires sur la loi de finance initiale pour l'enseignement supérieur et la recherche et lors du CNESER du 19 novembre 2019 : https://www.snesup.fr/article/intervention-sur-le-plf-2020-cneser-du-19-novembre-2019 Le sous-financement est bien plus important que ne l'estiment la CPU et la CTI.